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Bitcoin & géopolitique - Semaine 50

mar 13 Déc 2022 ▪ 20h00 ▪ 8 min de lecture - par Nicolas Teterel

Apatride, non censurable et non inflationniste, le bitcoin est taillé comme une monnaie de réserve internationale. Tout effritement du petro dollar nous approche un peu plus du dénouement.

petrodollar vs petro yuan vs petro bitcoin

L’axe Riyad-Pékin se renforce

Alors que les États-Unis sont occupés à monter l’Europe contre la Russie, l’Empire du Milieu avance ses pions au Moyen-Orient.

La visite de trois jours du président chinois Xi Jinping en Arabie saoudite confirme le rapprochement entre les pays du Golfe et l’alliance multipolaire des BRICS.

Le faste de la réception de Xi contraste fortement avec l’humiliation du président américain de cet été. Joe Biden était venu mendier une augmentation de la production de pétrole pour finalement voir l’OPEP la réduire de deux millions de barils par jour !

A contrario, une salve de coups de canons et des alpha jets peignant les couleurs du drapeau chinois dans le ciel de Riyad ont salué l’arrivée de son homologue chinois fraichement réélu à la tête du PCC.

Ici, l’aurevoir très chaleureux :

Sa dernière visite datait de 2016, lorsque le royaume saoudien accepta de rejoindre les nouvelles routes de la soie. Ce projet titanesque relie 68 pays (4,4 milliards d’habitants) via la construction d’infrastructures portuaires, ferroviaires, terrestres, minières et énergétiques.

Xi y a rencontré une trentaine de chefs d’État à l’occasion de ce tout premier sommet sino-arabe. De nombreux contrats ont été signés. La China Energy Corp va par exemple construire une centrale solaire tentaculaire de 2,6 GW en Arabie saoudite.

De manière plus intéressante, les Chinois vont apprendre aux Saoudiens comment créer du combustible nucléaire à partir de ses vastes ressources en uranium. Le but est bien évidemment de se rapprocher de la bombe nucléaire, comme l’Iran, son voisin et rival chiite.

Cet embryon de programme nucléaire était probablement l’une des conditions pour envisager la vente du pétrole saoudien en yuan.

Petro Yuan ?

Xi Jinping a appelé vendredi les dirigeants des principaux États du golfe à vendre leur pétrole en yuan :

« La Chine continuera d’importer de grandes quantités de pétrole brut en provenance des pays du Conseil de Coopération du Golfe. Nous accroitrons nos importations de gaz naturel liquéfié. Nous renforcerons la coopération dans les services d’ingénierie, le stockage, le transport et le raffinage d’hydrocarbures. Et nous utiliserons pleinement les marchés financiers de la place de Shanghai pour régler le commerce du pétrole et du gaz en yuan ».

Cette déclaration a certainement retenti comme un coup de tonnerre à Washington. Mais ainsi va le monde. Les Chinois sont devenus depuis longtemps le premier partenaire commercial de la péninsule arabique.

Le commerce entre la Chine et l’Arabie saoudite s’est envolé de 40 % en 2021 pour atteindre 88 milliards de dollars. Pendant ce temps, le commerce américano-saoudien est passé de 76 milliards de dollars en 2012 à seulement 29 milliards de dollars l’année passée.

Le fait que les Saoudiens veuillent rejoindre les BRICS+ est également un signe qui ne trompe pas. Surtout que l’Argentine, la Turquie, l’Iran, l’Indonésie et l’Algérie sont déjà sur le seuil.

C’est une information cruciale car les BRICS ne cachent pas leur ambition de dédollariser les échanges globaux… Gage de bonne volonté, la banque centrale indonésienne a récemment demandé à ses importateurs et exportateurs de ne plus utiliser le dollar.

L’émergence d’un monde multipolaire ne se fera malheureusement pas sans heurts. L’Oncle Sam ne laissera pas son hégémonie monétaire dépérir sans coup férir.

Petro Dollar ?

Les États-Unis bénéficient d’un privilège exorbitant depuis les années 1970. C’est-à-dire lorsque l’OPEP fut forcée à vendre son pétrole exclusivement en dollar. Ne manquez pas notre article sur cette sale histoire…

Depuis, de nombreuses autres matières premières ont été libellées en dollars. Le billet vert règne en maitre sur les marchés mondiaux. Que ce soit le pétrole, le blé ou le cuivre, leurs prix est fixé en dollars. Même le thé ou les avions d’Airbus…

Il en découle que les nations préfèrent accumuler des dollars en réserve. D’après le FMI, le dollar représente 59 % des réserves des banques centrales. Soit 6 650 milliards de dollars. Le reste est essentiellement composé d’euro, d’or, et de yen.

C’est autant d’argent qui vient financer la dette publique des États-Unis tout en protégeant le pays d’un écroulement de son taux de change. Et cela malgré une balance commerciale chroniquement déficitaire.

En somme, le taux de change du dollar serait bien inférieur si le dollar n’était pas la monnaie de réserve internationale. Dit autrement encore, les Américains seraient obligés d’équilibrer leur balance commerciale et de se serrer la ceinture.

Il est donc couru d’avance que les États-Unis ne resteront pas les bras croisés si l’Arabie Saoudite embrassait le yuan.

Le Bitcoin pour remplacer le Dollar en douceur ?

Rappelons pour terminer que la guerre d’Irak fut une démonstration de force. L’objectif était de défendre le pétrodollar et montrer à l’Europe ainsi qu’à tous les pays du Golfe ce qu’il en coute de menacer la monnaie impériale.

Les ventes de pétrole seront rétablies en dollar immédiatement après la défaite de Saddam Hussein qui, deux ans auparavant, avait libellé son pétrole en euro plutôt qu’en dollar.

Tout cela pour dire que les États-Unis entretiennent des centaines de bases militaires à l’étranger et pourraient taper du poing sur la table si l’OPEP les défie.

L’Empire américain ne cèdera pas poliment son privilège exorbitant à la Chine. Ce sera la guerre. La guerre proxie en Ukraine est d’ailleurs la triste conséquence de ce bras de fer géopolitique.

Il se peut toutefois que Washington accepte de jouer à armes égales en acceptant d’en revenir à l’or. Sauf que déplacer des lingots d’or aux quatre coins du monde est bien trop lent et coute bien trop cher.

C’est un problème que le Bitcoin ne connait pas. Envoyer instantanément l’équivalent de millions ou de milliards de dollars en bitcoins à l’autre bout de la terre ne pose absolument aucun problème.

En outre, aucun pays ne pourrait sanctionner tel armateur ou telle compagnie arienne qui transporterait de l’or vers un pays sous embargo. Personne ne peut être « déconnecté » du Bitcoin.

Ainsi, l’Arabie Saoudite ferait bien de s’intéresser au Bitcoin. S’il y a bien une nation qui peut encaisser un peu de volatilité en attendant que le bitcoin pèse des milliers de milliards, c’est elle. « Better believe it… »

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Nicolas Teterel

Journaliste rapportant sur la révolution Bitcoin. Mes papiers traitent du bitcoin à travers les prismes géopolitiques, économiques et libertaires.

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