BRICS : Les divisions internes menacent le sommet de New Delhi
Les BRICS abordent un sommet décisif dans un climat de tensions inédit. Réunis à New Delhi les 12 et 13 septembre 2026, les dix membres du bloc doivent afficher une vision commune sur des dossiers stratégiques comme la dédollarisation et la coopération économique. L’exercice s’annonce délicat. Les rivalités territoriales entre certains partenaires, combinées aux pressions commerciales de Washington, fragilisent l’image d’un front uni. Ce rendez-vous dira si les BRICS peuvent encore transformer leurs ambitions en véritable alternative au système financier dominé par le dollar.

En bref
- Le sommet des BRICS prévus les 12 et 13 septembre 2026 à New Delhi s’annonce sous haute tension, fragilisé par l’échec d’une déclaration commune lors de la réunion préparatoire de mai.
- Les tensions militaires au Moyen-Orient ont provoqué un clash diplomatique direct entre l’Iran et les Émirats arabes unis, révélant de profondes divisions internes.
- En parallèle, Washington accentue la pression économique en menaçant d’imposer 10 % de frais de douane supplémentaires à tout pays s’alignant sur la stratégie de dédollarisation du bloc.
- Entre querelles territoriales, exigences de censure chinoises vis-à-vis des médias et menaces protectionnistes américaines, ce rassemblement constitue un test décisif pour la cohésion de l’alliance.
Des frictions diplomatiques et les querelles militaires au sein du bloc
Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères tenue à New Delhi les 14 et 15 mai 2026 pour préparer le sommet des dirigeants, le bloc des BRICS a essuyé un revers inédit en échouant à publier une déclaration commune, une première depuis plusieurs années. Face à l’impossibilité d’établir un consensus sur la formulation concernant le conflit au Moyen-Orient, l’Inde a dû se résoudre à publier une simple déclaration de la présidence. La tension est principalement liée aux échanges virulents suivants :
- L’accusation directe de l’Iran : le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a pris la parole de manière inhabituelle après l’intervention des autres membres. Il a déclaré : « Les Émirats arabes unis ont été directement impliqués dans l’agression contre mon pays. Lorsque les attaques ont commencé, ils n’ont même pas émis de condamnation » ;
- La riposte officielle des Émirats arabes unis : Abu Dhabi a rapidement répliqué pour appuyer la position de son ministre d’État, Khalifa bin Shaheen Al Marar. Dans son communiqué, la diplomatie émiratie indique que le ministre a « affirmé le rejet catégorique des Émirats face aux allégations de Téhéran et à toute tentative de légitimer les attaques terroristes iraniennes visant le pays ».
Cette altercation verbale repose sur un bilan sécuritaire lourd accumulé en amont du rassemblement. Selon les données avancées par Téhéran, près de 3 000 missiles balistiques, missiles de croisière et drones auraient frappé les Émirats arabes unis ainsi que d’autres États du Golfe pendant les hostilités. La persistance de ce chiffre dans les arguments mis en avant par la partie émiratie illustre la profondeur de la fracture sécuritaire entre ces deux membres clés.
Pour la diplomatie indienne, hôte du sommet, la gestion de ces rancœurs réciproques transforme un exercice de leadership multilatéral en une opération de neutralisation des crises internes. L’impossibilité d’aligner la politique étrangère de nations ayant des intérêts géopolitiques antagonistes fragilise le dogme d’une alternative unie aux institutions occidentales, révélant la vulnérabilité d’un groupe dont l’expansion rapide a multiplié les zones de friction.
L’étau protectionniste américain face aux velléités de dédollarisation des BRICS
Parallèlement à ces dissensions intestines, le projet de contournement du dollar américain fait face à une contre-offensive directe de la part de Washington. Dès le mois de juillet 2025, le président Donald Trump a affirmé sa volonté de sanctionner financièrement les pays cherchant à affaiblir la monnaie américaine. Donald Trump a averti sur Truth Social : « Tout pays s’alignant sur les politiques anti-américaines des BRICS se verra appliquer un tarif douanier SUPPLÉMENTAIRE de 10 %. Il n’y aura aucune exception à cette politique ».
Cette ligne ferme a été appuyée en septembre par le conseiller senior de la Maison Blanche, Peter Navarro, qui a ouvertement remis en cause la pérennité économique du bloc en déclarant : « en fin de compte, aucun de ces pays ne peut survivre s’il ne vend pas aux États-Unis, et lorsqu’ils vendent leurs exportations aux États-Unis, ils sont comme des vampires qui sucent notre sang avec leurs pratiques commerciales déloyales ».
Ces menaces explicites de représailles douanières visent directement à paralyser la dynamique d’intégration financière du bloc des BRICS avant même son officialisation. Face au risque réel d’un renchérissement de leurs exportations vers le marché américain, plusieurs membres émergents se retrouvent contraints d’arbitrer entre leurs impératifs commerciaux immédiats et leur adhésion aux mécanismes de paiement alternatifs prônés par le groupe.
L’offensive rhétorique et économique de la Maison Blanche instille ainsi un doute stratégique chez les partenaires les plus exposés au commerce international, freinant considérablement la transition vers des monnaies souveraines locales ou des cryptos de règlement transfrontalier.
Les perspectives pour New Delhi
Sur le plan diplomatique et organisationnel, la venue annoncée du président chinois Xi Jinping, son premier déplacement en Inde depuis l’affrontement meurtrier dans la vallée de Galwan en 2020, déclenche de nouvelles crispations. Des officiels Chinois ont en effet demandé aux autorités indiennes de restreindre l’accès à l’enceinte du sommet pour les journalistes travaillant pour des médias tibétains ou liés au Falun Gong, peu après le lancement du processus d’accréditation.
Ces contraintes d’organisation s’ajoutent à la présence d’un parterre de dirigeants clés comprenant Vladimir Poutine, Masoud Pezeshkian et Abdel Fattah El-Sisi, tandis que le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim représentera son pays en tant que partenaire. Pour l’Inde, il s’agit du plus grand défi diplomatique depuis le sommet du G20 de 2023.
Cette accumulation de pressions diplomatiques place l’hôte indien au centre d’une équation complexe où la crédibilité du bloc se joue dans les détails d’organisation. Les exigences de censure médiatique formulées par Pékin ravivent la méfiance bilatérale, tandis que la présence de partenaires non membres illustre les hésitations de certaines nations à s’engager pleinement dans l’alliance. Ainsi, la capacité de New Delhi à préserver un espace de dialogue fonctionnel malgré des revendications territoriales et idéologiques divergentes servira de test grandeur nature pour mesurer le degré de maturité institutionnelle de l’organisation.
Les répercussions de cette double pression, à la fois externe et structurelle, s’avèrent déterminantes pour l’architecture financière mondiale. Si la menace de représailles douanières américaines pourrait inciter certains membres prudents à modérer leur engagement en faveur d’un système monétaire alternatif, les blocages internes risquent quant à eux d’en ralentir l’exécution technique.
La capacité du sommet de New Delhi à accoucher d’une feuille de route monétaire crédible dépendra d’un arbitrage délicat entre le pragmatisme commercial des États membres et leur volonté d’autonomie financière. Les développements futurs diront si les BRICS parviendront à dépasser le stade de la rhétorique pour bâtir des infrastructures de marché résilientes, ou si le poids des divisions territoriales et des dépendances économiques mondiales freinera durablement leurs ambitions stratégiques.
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Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
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