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Indicateurs techniques : Interférences constructives et interférences destructives

jeu 18 Août 2022 ▪ 20h00 ▪ 15 min de lecture - par Thomas Andrieu

L’étude des cycles chez les analystes financiers n’est pas une technique très répandue. Pourtant, il existe des méthodes d’une faible complexité pour anticiper les évolutions futures des tendances du marché. L’étude de la coïncidence des cycles financiers est un nouveau domaine de l’analyse qui n’a encore jamais été abordé. Pourtant, pour avoir réalisé de nombreuses études relatives aux cycles, l’étude des interférences en bourse est d’une importance stratégique. Tout au long de cette publication pionnière sur les interférences en bourse, on se proposera de définir l’origine physique du phénomène, et son application à la finance. Enfin, une étude relative au cours de l’ethereum depuis 2018 ainsi qu’au cours de l’or depuis 2011 permettra de mettre en relief la grande pertinence de cette méthode.

Qu’est-ce qu’une interférence ?

Tout d’abord, nous devons garder à l’esprit que le cours de chaque actif est composé d’une multitude de cycles (Qu’est-ce que le cycle de Hurst en analyse technique ? – Cointribune). De plus, on rappellera que cette publication est la première au sujet des interférences en bourse. Elle intervient dans le cadre de l’écriture d’un prochain livre de recherche financière au sujet des cycles de marché. En outre, cette méthode s’applique aux actifs dont la cyclicité est la plus marquée et sur des périodes généralement longues.

Définition et approche

Mais venons en au fait. Une interférence est un phénomène emprunté à la physique (quantique), et plus précisément à la dualité ondes-corpuscules. Une interférence désigne la combinaison de plusieurs cycles dont la période et la temporalité respectives peuvent être différentes. Par exemple, un cycle économique de 8 ans, combiné à un cycle de l’inflation de 10 ans, signifiera que les deux cycles seront synchronisés (de manière inverse ou non) tous les 40 ans.

Enfin, il existe deux types de synchronisation. Ainsi, on dit que deux cycles sont synchronisés lorsque le sommet (ou le plus bas) du premier cycle apparaît au même moment que le sommet (ou le plus bas) du second cycle. Cependant, la synchronisation peut être inverse. Dans ce cas, lorsque le premier cycle atteint un sommet (un plus bas), le second cycle atteint un plus bas (respectivement un sommet). On parle alors de synchronisation inverse. L’évolution de la synchronicité des cycles est à l’origine des tendances de marché en finance, mais aussi des tendances neutres, des sommets et des plus bas.

En physique quantique

L’étude des interférences fut un élément majeur de recherche en physique quantique il y a quelques années encore. Par ailleurs, il est important de préciser que les interférences sont aussi utilisées pour les ondes électromagnétiques ou les ondes sonores. Mais ce qui nous intéresse le plus concerne la dualité ondes-corpuscules relative aux ondes lumineuses. D’après la théorie, les particules lumineuses peuvent être sous certaines circonstances des ondes, et les ondes des particules. Plus précisément, les particules qui composent la lumière dans notre cas suivent une fonction d’onde. C’est-à-dire que la direction de la lumière dépend d’un comportement ondulatoire. La confrontation de ces ondes explique le comportement final de la lumière par exemple.

Exemple de l’expérience de Thomas Young (1801). Deux sources de lumières placées séparément sur une même surface génèrent des ensembles distincts et réguliers de particules. Il y a des interférences destructives sur les zones blanches, et des interférences constructives sur les zones noires. Source.

L’expérience de Thomas Young en 1801 sur la lumière est révélatrice des interférences qui agissent entre fonctions d’ondes. Le placement de deux sources lumineuses différentes génère, in fine, une succession de zones sombres et claires. Ce phénomène est révélateur des interférences. Selon un certain positionnement de la source lumineuse, les ondes annulent ou amplifient leurs effets respectifs. Comme sur les marchés financiers, il y a des moments sans tendance, et des moments avec de fortes tendances. La présence de fonctions d’ondes rend ces deux phénomènes pour le moins correspondants.

Interférence constructive

Une interférence constructive désigne la synchronisation simultanée de plusieurs cycles autour de sommets ou de creux. Il en résulte un mouvement ample et intense. Dans le graphique ci-dessous, nous avons représenté deux cycles qui génèrent une interférence constructive continue. En conséquence, la combinaison du cycle 1 et du cycle 2 génère un mouvement de prix plus ample, avec des creux plus bas et des sommets plus hauts.

Exemple d’interférence constructive continue : les cycles 1 et 2 sont combinés et génèrent un signal constructif, dans le même sens. Graphique par Thomas ANDRIEU dans le cadre d’un prochain ouvrage sur les cycles de marché.

Dès lors, on comprend que les interférences constructives sont à l’origine de mouvements de prix amples. Généralement, on retrouve des interférences constructives dans diverses figures techniques. Il peut s’agir des V-top ou des V-bottom, mais aussi les épaule-tête-épaule, le double top ou double sommet, etc… De manière réciproque, on en déduit qu’une tendance haussière ou baissière est maximale lorsqu’une interférence constructive de cycles majeurs est atteinte. En d’autres termes, lorsqu’un actif est en tendance (haussière ou baissière), alors on assiste à un nombre croissant d’interférences constructives. Les cycles tendent à se synchroniser autour d’un cycle majeur de long terme.

Interférence destructive

Comme le désigne son nom, l’interférence destructive produit le phénomène inverse à l’interférence constructive. Les interférences destructives se traduisent par des mouvements de prix neutres. Nous avons représenté dans le graphique ci-contre la combinaison de deux cycles qui possèdent une synchronicité inverse. Ainsi, lorsque qu’un premier cycle atteint un sommet, alors le suivant atteint un plus bas simultané. Dès lors, les effets combinés des deux cycles s’annulent et le mouvement du prix de l’actif est parfaitement neutre.

Exemple d’interférence destructive continue : les cycles 1 et 2 sont combinés et génèrent un signal destructif, dans le sens inverse. Graphique par Thomas ANDRIEU dans le cadre d’un prochain ouvrage sur les cycles de marché.

Dès lors, quelles figures techniques sont les plus proches des interférences destructives ? De toutes évidences, une interférence destructive parfaite génère une stabilité absolue des prix. En général, les interférences destructives sont annonciatrices d’un retournement de tendance majeur sur les marché. Les interférences destructives sont assimilables aux zones d’accumulation et de distribution. L’action opposée de divers groupes d’investisseurs résulte dans une incertitude sur le marché, et finalement mène à la formation d’une nouvelle tendance par des interférences constructives. L’alternance entre les interférences constructives et destructives est une autre propriété fondamentale de l’analyse des cycles.

Méthode de calcul de la synchronisation des cycles

Imaginons un cycle de 9 mois, et un cycle de 12 mois. La question que nous cherchons à résoudre pour anticiper l’évolution du marché est la suivante : combien de temps faut-il pour que les deux cycles se synchronisent (inversement ou non) ? En effet, en admettant que ces deux cycles atteignent un sommet simultané en janvier 2023, alors le prochain sommet du cycle de 9 mois sera en septembre, et celui de 12 mois, en janvier 2024. Il y a absence de synchronicité pour une certaine période…

Pour calculer simplement la durée nécessaire à la synchronisation de plusieurs cycles, on recours aux mathématiques. En mathématiques, on utilise le Plus Petit Commun Multiple (PPCM). L’idée est relativement simple : on cherche le multiple qui relie les deux périodes. Dans notre cas, le PPCM du cycle de 9 mois et du cycle de 12 mois et de 36 mois (3 ans). C’est-à-dire que, tous les 36 mois, il y aura une alternance entre une interférence constructive et une interférence destructive et ainsi de suite… Bien que des calculateurs automatiques du PPCM existent, il est possible d’utiliser la technique de la décomposition en facteurs de nombres premiers.

  • 9 = 3 x 3 = 3²
  • 12 = 3 x 4 = 3 x 2²
  • Dans ce cas, on prend les deux plus grands multiples communs, c’est-à-dire 3² et 2².
  • On a alors : 3² x 2² = 9 x 4 = 36 mois.

Etude du cas de l’ethereum

Nous avons ici sélectionné le cas de l’ethereum. On remarque d’abord que le sommet majeur de 2018 a été précédé par un premier sommet mineur en août 2017, et suivi par un second sommet mineur en mai 2018. On remarque donc, d’après la propriété, la présence d’une interférence constructive. C’est-à-dire que l’amplitude du mouvement haussier était maximale en février 2018. Ainsi, on a identifié graphiquement un premier cycle long de près de 22 mois. On a également noté la présence d’un cycle plus court de 4 mois environ. Le graphique ci-dessous illustre ces deux cycles face au cours de l’ethereum en données mensuelles.

Comparaison graphiques de deux cycles de 4 mois et 22 mois face au cours de l’ETH en données mensuelles. Source : ETHUSD 1877.20 ▼ −0.12% Unnamed (tradingview.com).

Nous disposons donc de l’ensemble des éléments nécessaires à notre analyse. En effet, on sait que deux cycles de 4 mois et 22 mois se sont synchronisés en février 2018. On cherche désormais la période nécessaire pour obtenir la prochaine interférence constructive. En réalisant le PPCM(4,22), on obtient 44 mois (3,6 ans), ce qui corrèle fortement avec la cyclicité des actions et du Bitcoin (Cyclicité du bitcoin (BTC) – Cointribune). Dès lors, on sait que ces deux cycles forment une interférence constructive tous les 44 mois. Dans le détail du calcul, on a donc :

  • 4 = 2²
  • 22 = 2 x 11
  • PPCM(4,22) = 2² x 11 = 4 x 11 = 44 mois.

Analyse des interférences sur ethereum

Ainsi, raisonnons en termes prospectifs. La première interférence constructive sur le cours de l’Ethereum a été observée en février 2018. On pouvait donc légitimement s’attendre à ce que la prochaine interférence constructive (sommet) prenne effet 3,6 ans plus tard (c’est-à-dire en octobre 2021). Sur le mois, l’Ethereum a atteint un plus haut à 4 460$. Mais notre analyse ne s’arrête pas là. L’intérêt de l’analyse des interférences est surtout sur les signaux d’achat.

Effectivement, une durée de 44 mois sépare deux interférences constructives. En conséquence, on sait que 22 mois séparent une interférence destructive d’une interférence constructive. Cela signifie qu’on pouvait supposer en 2018 que 22 mois plus tard, le cours de l’ETH serait proche de ses plus bas par neutralité de tendance. Et effectivement, on note la présence d’une interférence destructive en décembre 2019 (22 mois après février 2018), qui marque aussi un plus bas de l’ETH à 116$ à ce moment.

En clair, le cours d’ethereum a été multiplié par 38 entre les interférences de 2019 et de 2021.

Exemple de l’or

Le même type d’analyse peut être réalisé sur le sommet majeur du cours de l’or de 2011. Comme pour l’ethereum en 2018, l’or en 2011 a marqué un sommet abrupt. En supposant une synchonisation de deux cycles en septembre 2011, alors on remarque la présence d’un cycle de 8 mois et d’un cycle de 14 mois.

Dans ce cas, on calcule également le PPCM(8,14), ce qui nous donne 56 mois (l’équivalent de 4,6 ans).

  • 8 = 2 x 2 x 2 (en nombres premiers).
  • 14 = 2 x 7
  • Donc PPCM(8,14) = 8 x 7 = 56 mois.

On sait donc que septembre 2011 a marqué une interférence constructive. Dans ce cas, en regardant cycliquement les projections, la prochaine interférence destructive sur l’or était prévue pour juin 2016. En d’autres termes, juin 2016 marquerait le maximum de la tendance neutre, et donc un retournement probable à la hausse dans l’avenir. Effectivement, la tendance s’est progressivement renversée à partir de cette période. Ensuite, la prochaine interférence constructive sur le cours de l’or était prévue pour janvier 2021 (4,6 ans après juin 2016). Cette période du début 2021 a confirmé un sommet de prix ample et bien défini.

La prochaine interférence destructive se produira, en théorie, en septembre 2025. Pour confirmer cela, nous devons idéalement avoir recours à l’étude des interférences les plus récentes et d’autres interférences diverses.

En conclusion

En définitive, nous avons vu un chapitre nouveau de l’analyse des cycles de marché. Ce type de méthode n’a encore jamais été abordé, et cette publication est la toute première introduction à l’étude des interférences sur les marchés. En outre, la période de l’étude des interférences ne se limites pas aux mois : elle peut concerner des périodes hebdomadaires, annuelles, etc… L’intérêt de l’étude des interférences est d’autant plus grand quand il s’agit de cycles majeurs des marchés en question, et idéalement sur des marchés préalablement cycliques. De plus, il est important de souligner, selon la propriété harmonique, que l’étude des interférences est graduellement plus efficace sur des périodes plus longues… On sait que les marchés sont régit par un nombre restreints de cycles à long terme.

Les interférences sont issues de la physique, où la complexité de confrontation des ondes est parfois indicible. En ce sens, l’existence de cycles financiers permet l’application de méthodologies similaires à la bourse. Dès lors, on distingue deux principaux types d’interférences : les interférences constructives et les interférences destructives. Une interférence constructive est la combinaison de plusieurs cycles dans le même sens et de manière synchronisée. Il en résulte des mouvements de prix amples et puissants. A l’inverse, une interférence destructive est caractérisée par la stabilité des prix. L’interférence destructive est caractéristique des périodes de distribution, et plus généralement, d’accumulation. En d’autres termes, les interférences destructives précédent généralement les retournements de marché.

Enfin, nous avons vu dans le cas de l’ethreum et de l’or, l’utilité de cette méthode. Les interférences expliquent ainsi la plupart des variations observées sur ETH depuis 2018. De même, le grand cycle baissier et haussier de l’or entre 2011 et 2021 résulte directement d’un phénomène d’interférences successives. Cette publication pionnière au sujet des interférences dans l’analyse boursière donnera suite à une multitude de tests et d’ajustements dans les prochains travaux.

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Thomas Andrieu

Auteur de plusieurs livres, rédacteur économique et financier sur plusieurs sites, je noue depuis de nombreuses années une véritable passion pour l'analyse et l'étude des marchés et de l'économie.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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