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Crypto : Ciblé trois fois par erreur, un couple français veut vendre sa maison

9h30 ▪ 8 min de lecture ▪ par Luc Jose A.
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En France, la menace crypto ne s’arrête plus aux écrans. Dans la Somme, un jeune couple a subi trois invasions de domicile pour des cryptos qu’il affirme n’avoir jamais possédées. À l’origine de ce cauchemar : des données personnelles compromises, exploitées par des criminels convaincus de trouver un portefeuille crypto chez leurs victimes. Recrutement d’exécutants, violences, extorsion : l’affaire révèle comment une fuite numérique peut déboucher sur une attaque physique. Après le verdict du tribunal d’Amiens, le couple envisage désormais une décision radicale : vendre sa maison pour fuir.

Un couple en panique à la suite d'attaques crypto.

En bref

  • Un couple sans aucun lien avec l’écosystème crypto subit trois attaques violentes à son domicile de Montdidier.
  • Une fuite de données fiscales sur le dark web ciblait en réalité les anciens propriétaires de la maison.
  • Des exécutants jeunes et précaires ont été embauchés en ligne par des commanditaires anonymes.
  • Le tribunal d’Amiens prononce des peines allant jusqu’à 18 mois de prison ferme pour les agresseurs.

Trois intrusions violentes pour un patrimoine virtuel inexistant

Le tourment d’un jeune professionnel de l’agriculture et d’une cadre de l’administration bancaire, tous deux âgés d’une vingtaine d’année, débute ce 24 juin dans la ville de Montdidier, dans la Somme, alors que des agressions physiques ont déjà rapporté plus de 30 millions de dollars cette année. En effet, un premier groupe d’intrus a tenté de forcer leur domicile avant de prendre la fuite face aux réactions des chiens. Le 26 juin, soit 48 h plus tard, une deuxième équipe s’est introduite dans leur résidence avec une violence sans pareil. Cette bande liquide l’un des propriétaires avant de roué de coups l’autre.

A travers une mise en scène terrible, les agresseurs ont filmé la scène en direct par le biais de l’application Snapchat en vue de faire pression sur les deux victimes. Ils exigent alors la cession de leurs portefeuilles crypto. Cependant, face à l’incompréhension totale et l’impuissance du couple à transmettre la moindre clé privée, les assaillants constatent leur erreur stratégique et battent en retraite. Malgré l’installation d’un système d’alarme sophistiqué par les propriétaires afin d’assurer leur protection, une troisième intrusion se perpétue le 17 juillet. Cette fois, elle tourne court grâce au déclenchement de la sirène.

Un tel acharnement insensé trouve son explication dans une faille de sécurité en amont indépendante de la volonté des deux victimes. Il convient de souligner que le couple avait procédé à l’achat de cette maison deux ans auparavant, sans savoir que ce bien immobilier était la propriété d’un couple de retraités aisés.

Ainsi, les informations fiscales de même que l’adresse exacte des précédents propriétaires ont été piratées puis dévoilées sur le dark web, comme l’a indiqué l’avocate de la défense, Maitre Giuseppina Marras. Les intrus se sont donc basés sur des données obsolètes, convaincus de se rendre chez des détenteurs de fortunes et portefeuilles crypto. N’étant plus en sécurité sur leur domaine, le couple a alors décidé radicalement de vendre la maison, une information divulguée par leur avocat ce 11 août à l’audience, compte tenu du traumatisme engendré.

Afin d’évaluer la violence de dossier en instance devant le tribunal d’Amiens, la chronologie des événements subis par ce couple se résume en quatre phases clés :

  • Le 24 juin : la première tentative d’intrusion nocturne mise en échec par les chiens du couple ;
  • Le 26 juin : une violence extrême, les occupants ligotés, le passage à tabac filmé en direct sur Snapchat et fuite des agresseurs après le constat de l’erreur de cible ;
  • Le 17 juillet : la troisième tentative d’effraction repoussée grâce à l’alarme de sécurité installée ;
  • Le 7 août : l’interpellation des suspects par la gendarmerie grâce au recoupement des vidéos, du bornage téléphonique et d’une trace ADN.

Des réseaux de sous-traitance criminelle recrutés sur les applications de messagerie

La conduite rapide de l’enquête par la brigade de recherches de la gendarmerie de Montdidier a facilité l’interpellation de deux individus le 7 août. Cette arrestation dévoile l’amateurisme et une logistique décentralisée de ces attaques. Aussi, le croisement des images de vidéosurveillance, du bornage téléphonique et d’une empreinte ADN retrouvée sur un ticket de péage de l’autoroute A1, ont permis aux gendarmes d’identifier les assaillants. Devant le tribunal correctionnel d’Amiens, le premier prévenu, un jeune homme d’une vingtaine d’année, a expliqué son recrutement au moyen de la messagerie cryptée Telegram. Son rôle serait exclusivement de défoncer la porte, contre une promesse de paiement d’une somme comprise entre 17 000 et 34 600 dollars.

De plus, il justifie son action par une situation financière désespérée et affirme vouloir rembourser une dette de 4 600 dollars accumulée par sa mère menacée d’expulsion. Quant au second prévenu, un chauffeur VTC de 21 ans résidant dans la région francilienne, il a reconnu avoir perçu 346 dollars pour le transport de quatre hommes sur les lieux, voiture dans laquelle les forces de l’ordre ont saisi un pied-de-biche, des cagoules et des serre-câbles.

Un tel mode opératoire renseigne sur l’émergence d’un nouveau mercenariat opportuniste ou des commanditaires anonymes utilisent la précarité des jeunes pour l’exécution de tâches risquées et illégales. En confiant cette effraction manquée à des intermédiaires recrutés sur les réseaux sociaux, les cerveaux de telles opérations se cachent derrière diverses couches d’anonymat en envoyant des novices. La célérité avec laquelle les profils sans passé judiciaire basculent dans cette spirale de violence extrême pour quelques milliers de dollars montre la porosité croissante entre la petite délinquance urbaine et les réseaux organisés de la cybercriminalité.

La réponse judiciaire face à la menace croissante des agressions physiques liées aux cryptos

Devant des accusés au casier judiciaire vierge plaidant un comportement cupide et un manque de jugement, le tribunal correctionnel d’Amiens a tranché cette affaire avec fermeté ce 11 août à cause de la gravité des faits.

L’inculpé de 20 ans a été condamné à une peine de trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis. Le reste, soit 18 mois est une détention ferme. Quant au chauffeur de 21 ans, il a écopé de 18 mois de prison, dont neuf mois avec sursis et neuf mois ferme. Les deux prévenus sont également interdits du département de la Somme pour une période de trois ans. Un tel jugement montre la volonté de la justice de sanctionner avec sévérité et la dernière rigueur la complicité logistique dans ce type d’extorsion violente, même lorsque les prévenus n’en sont pas les initiateurs directs.

En matière prospective, un drame pareil révèle les risques collatéraux importants créés par les fuites de données personnelles à cette période fortement numérisée. Tandis que l’écosystème Web3 engage des efforts colossaux sur la sécurisation cryptographique des portefeuilles des utilisateurs, la vulnérabilité capitale demeure l’élément humain et le pistage des identités physiques liées à des présomptions de richesse. Tant que des bases d’informations fiscales ou bancaires piratées circuleront librement sur le dark web, le risque de ciblage erroné et de violence aveugle demeurera une menace systémique.

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Luc Jose A.

Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.

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