Crypto : Le Tennessee ordonne l’arrêt des marchés prédictifs sportifs sur Polymarket
À peine relancé aux États-Unis, Polymarket se heurte déjà à la régulation locale. Le Tennessee vient de lui adresser une injonction officielle, l’accusant de proposer illégalement des contrats sur des événements sportifs. Cette décision, une première au niveau d’un État, pourrait marquer un tournant dans la bataille juridique opposant plateformes blockchain et autorités étatiques. Au cœur de l’affaire se trouve la légitimité des marchés prédictifs sous régulation fédérale face aux lois locales strictes sur les jeux d’argent.

En bref
- Le Tennessee adresse une injonction officielle à Polymarket, Kalshi et Crypto.com, exigeant l’arrêt immédiat de leurs contrats sportifs.
- Le régulateur accuse ces plateformes de menacer l’intérêt public en ne respectant pas les protections légales de l’État.
- Des sanctions sont prévues : amendes croissantes, poursuites pénales et actions judiciaires si l’ordre n’est pas respecté d’ici janvier 2026.
- L’affaire illustre le conflit croissant entre régulation fédérale et lois étatiques dans le secteur des marchés prédictifs.
Une injonction ferme : le Tennessee exige l’arrêt immédiat des contrats sportifs
Pendant que Polymarket avait obtenu une dispense de la CFTC, ce 9 janvier 2026, le Tennessee Sports Wagering Council (SWC) a adressé une lettre de cessation et d’abstention à trois plateformes majeures de marchés prédictifs.
Ces documents, rendus publics par l’avocat spécialisé Daniel Wallach, exigent l’arrêt immédiat de l’offre de contrats sur événements sportifs à destination des résidents du Tennessee par les plateformes Polymarket, Kalshi et Crypto.com. Le régulateur impose également l’annulation de tous les contrats en cours impliquant des utilisateurs locaux, ainsi que le remboursement des dépôts clients avant le 31 janvier 2026, sous peine de sanctions.
Dans la lettre adressée à Polymarket, la directrice exécutive du SWC, Mary Beth Thomas, déclare sans équivoque : « les contrats sur événements sportifs proposés sur la plateforme de Polymarket ne respectent pas les protections des consommateurs de l’État du Tennessee (et bien d’autres), et représentent une menace immédiate et significative pour l’intérêt public du Tennessee ».
Le cadre juridique invoqué par le Tennessee s’appuie à la fois sur la réglementation des jeux d’argent et sur le code pénal de l’État. Le SWC détaille clairement les conséquences en cas de non-respect de cette injonction :
- Des amendes progressives : 10 000 dollars pour une première infraction, 15 000 dollars pour une deuxième, et jusqu’à 25 000 dollars pour les suivantes ;
- Une action judiciaire possible : le recours à des mesures d’injonction devant les tribunaux de l’État ;
- Des poursuites pénales : la promotion de jeux d’argent est passible d’un délit de classe B, tandis que la promotion aggravée peut relever d’un crime de classe E ;
- La violation des règles de protection des consommateurs : le SWC reproche à Polymarket de ne pas se conformer à des exigences locales telles que les restrictions d’âge, les contrôles anti-blanchiment et les obligations en matière de jeu responsable.
Pour le régulateur et sur la base des données on-chain, ces plateformes opèrent en dehors de tout cadre légal étatique et constituent une menace à la fois économique et sociale. Cette offensive marque un durcissement net de la posture de l’État du Tennessee face aux marchés prédictifs, notamment dans le domaine sportif, considéré comme particulièrement sensible.
Une remise en question de la légalité
En réponse à cette injonction, Kalshi a annoncé avoir déposé une plainte devant la justice fédérale, contestant ce qu’elle décrit comme une « tentative illégale du Tennessee d’interdire les marchés prédictifs dans l’État ».
Un porte-parole de la plateforme a déclaré : « comme d’autres juridictions l’ont reconnu, Kalshi est une bourse régulée au niveau fédéral pour les événements du monde réel, placée sous juridiction exclusive de l’autorité fédérale. Elle est fondamentalement différente des bookmakers et casinos régulés par les États ».
Si Polymarket et Crypto.com n’ont pas encore officiellement réagi, l’avocat Daniel Wallach a indiqué sur X que des poursuites judiciaires sont imminentes, laissant penser que ces plateformes pourraient suivre la voie juridique ouverte par Kalshi.
L’enjeu central de cette bataille est la légitimité de l’agrément fédéral accordé par la CFTC. Polymarket, Kalshi et NADEX sont tous enregistrés comme Designated Contract Markets (DCM) auprès de la Commodity Futures Trading Commission, ce qui leur permet théoriquement d’opérer à l’échelle nationale.
Ils avancent que cette régulation fédérale prévaut sur les lois locales, une position déjà mise à l’épreuve dans plusieurs affaires devant les tribunaux fédéraux. Le Tennessee, de son côté, argue que ces plateformes proposent des formes déguisées de paris sportifs illégaux, et qu’elles ne respectent pas les règles étatiques en matière de protection des mineurs, de lutte contre le blanchiment d’argent ou de jeux responsables.
Au-delà de la querelle juridique, l’action du Tennessee reflète une inquiétude croissante des régulateurs étatiques face à des plateformes émergentes qui pourraient contourner les monopoles locaux des paris et réduire les recettes fiscales associées. Ce n’est d’ailleurs pas la première alerte. En avril 2025, le SWC avait déjà exprimé son opposition aux marchés prédictifs dans une lettre adressée à la CFTC, et en novembre, sa directrice avait mis en garde contre la menace que ces plateformes font peser sur les opérateurs agréés de paris sportifs et leurs contributions à l’éducation via la fiscalité locale.
Cette injonction s’ajoute à un climat déjà tendu pour Polymarket, fragilisé par une faille de sécurité ayant exposé les données d’utilisateurs. Entre pression réglementaire croissante et vulnérabilités techniques, la plateforme devra clarifier son modèle et renforcer sa conformité si elle veut éviter d’être écartée d’un marché américain de plus en plus exigeant.
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Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
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