Crypto : Plus de 100 projets ont fermé en 2026, y compris des acteurs historiques
En 2026, plus de 100 projets crypto ont fermé, déposé le bilan ou cessé leurs activités, selon RootData. Cette vague touche les échanges, les portefeuilles, la DeFi, les NFT et certaines blockchains. Fin juillet, BitMEX, BitMart, Movement Labs et Storj Labs ont annoncé leur fermeture ou leur dépôt de bilan en une seule semaine. Dans le même temps, Moonbeam a cessé de produire des blocs le 31 juillet. Le secteur entre ainsi dans une phase de consolidation large et visible.

En bref
- Plus de 100 projets crypto ont fermé, déposé le bilan ou cessé leurs activités en 2026, selon les données de RootData.
- Les fermetures touchent plusieurs segments, notamment les échanges, la DeFi, les NFT, les portefeuilles et certaines blockchains.
- La multiplication des solutions de couche 2 généralistes d’Ethereum accélère aujourd’hui la consolidation du marché.
- Les piratages et le manque de liquidités fragilisent davantage les projets disposant de trésoreries principalement composées de tokens.
- Les acteurs qui résistent s’appuient davantage sur des produits utilisés et des revenus durables, plutôt que sur leur seul token.
Une vague de fermetures qui gagne tout l’écosystème crypto
La tendance touche plusieurs catégories d’acteurs, notamment les plateformes d’échange, les portefeuilles, les protocoles de prêt DeFi, les marchés NFT et les blockchains de couche 1. Elle ne concerne donc pas un segment particulier de l’écosystème. Le mouvement touche désormais différents types de projets et s’étend à l’ensemble du secteur. Selon les données de RootData, plus de 100 projets crypto ont déjà fermé, cessé leurs activités ou déposé le bilan en 2026.
Fin juillet, quatre entreprises ont annoncé leur fermeture ou leur dépôt de bilan durant la même semaine. BitMEX, BitMart, Movement Labs et Storj Labs figurent parmi les acteurs concernés. Cette succession d’annonces donne une mesure concrète du mouvement. Elle montre aussi que les difficultés dépassent désormais les jeunes projets encore en phase de lancement.
Moonbeam illustre cette évolution à l’échelle d’une blockchain entière. Cette parachain Polkadot a cessé définitivement ses activités le 31 juillet. Les utilisateurs qui n’avaient pas transféré leurs actifs à temps se retrouvent sans solution. Les contrats restent présents, mais la chaîne ne produit plus de blocs pour permettre leur utilisation normale.
Cette situation pose une question particulière aux utilisateurs et aux développeurs. Un projet peut disparaître comme entreprise sans que son code disparaisse immédiatement. Les contrats intelligents continuent parfois de fonctionner après la dissolution des équipes. Cette particularité distingue les infrastructures décentralisées des entreprises technologiques classiques et crée de nouveaux risques opérationnels.
La couche 2 d’Ethereum entre dans une phase de consolidation
L’écosystème de couche 2 d’Ethereum concentre une partie importante de cette restructuration. Ces réseaux ont connu un essor rapide en 2023 grâce aux progrès techniques. Ils ont permis de réduire fortement les coûts et de faciliter le lancement de nouvelles chaînes. Leur principe consiste à traiter les transactions, à les regrouper, puis à les renvoyer vers Ethereum.
Cependant, la simplification du lancement des réseaux a aussi multiplié les offres généralistes. Le marché compte désormais de nombreuses solutions qui proposent des fonctions proches. Cette multiplication a réduit la différenciation entre certains projets. La question ne porte donc plus seulement sur la technologie, mais sur la capacité d’un réseau à conserver une utilisation réelle.
Dans une déclaration attribuée à CoinDesk, Ben Fisch, PDG d’Espresso Systems, décrit cette période comme une consolidation des solutions de couche 2 généralistes.
Il y avait beaucoup trop de solutions de couche 2, ce qui, franchement, n’a aucun sens en tant que produit, car il n’y a aucune raison d’avoir autant de versions d’une même chose. Nous sommes désormais dans une phase de consolidation de ces réseaux, et non de la couche 2 dans son ensemble
Ben Fisch, PDG d’Espresso Systems.
Selon lui, le problème ne concerne pas toutes les couches 2, mais surtout les projets qui reproduisent une offre similaire. Cette distinction permet de comprendre pourquoi certaines infrastructures continuent leur développement tandis que d’autres cessent leurs activités.
De son côté, Orkun Mahir Kılıç, cofondateur et PDG de Chainway Labs, qui développe Citrea, la plateforme Bitcoin de couche 2, a déclaré à CoinDesk que cette vague de fermetures reflète la maturité d’un marché où il est plus difficile de lever des capitaux et où les investisseurs deviennent plus sélectifs.
Chaque entreprise a ses propres raisons et ses propres problèmes sous-jacents de fermer ses portes. Le phénomène que nous observons n’est pas un problème inhérent à l’écosystème de la couche 2. Le marché et la technologie arrivent à maturité, les investissements sont beaucoup plus lents et prudents, et seuls les projets dotés de modèles économiques solides et d’une problématique clairement définie survivront.
Orkun Mahir Kılıç, cofondateur et PDG de Chainway Labs
Autrement dit, les investisseurs privilégient désormais les projets capables de démontrer un modèle économique viable et une utilité clairement identifiable, au détriment des initiatives plus spéculatives.
Pour sa part, Lorenzo Valente, directeur de la recherche chez Ark Invest, a réaffirmé son analyse de la consolidation du marché crypto en estimant que le secteur traverse actuellement la plus grande phase de consolidation de son histoire, bien plus profonde que lors des précédents marchés baissiers. Selon lui, les capitaux sont devenus beaucoup plus sélectifs, et les équipes et les plateformes d’échange sans véritable fonds de placement immobilier (FPI) ferment leurs portes.
Le modèle économique de la crypto montre ses limites
Une partie des projets disparus dépendait fortement de son propre token pour financer ses opérations. Ces actifs servaient à rémunérer les ingénieurs, soutenir la liquidité et financer les audits. Tant que leur valeur en dollars restait suffisante, ce mécanisme pouvait fonctionner. La forte baisse des altcoins a toutefois réduit la visibilité financière de nombreux projets.
Tally fournit un exemple particulièrement parlant. Cette plateforme d’outils de gouvernance pour les DAO accompagnait plus de 500 protocoles, dont Uniswap, Arbitrum et ENS. Elle avait traité plus d’un milliard de dollars de paiements et contribué à sécuriser jusqu’à 80 milliards de dollars de valeur. Malgré cette activité, la plateforme a annoncé sa fermeture, faute de modèle suffisamment soutenable.
Step Finance a connu une trajectoire différente. Cette plateforme d’analyse et de suivi de portefeuille Solana avait obtenu des financements pour développer son produit. En janvier, une attaque de phishing sur l’appareil d’un dirigeant a permis de voler 261 854 SOL, soit environ 35 millions de dollars. Après l’échec des pistes de financement et d’acquisition, la plateforme a fermé en février.
Everclear montre un autre problème lié au modèle économique. Le protocole de règlement inter-chaînes avait atteint 500 millions de dollars de volume mensuel. Pourtant, le segment des solveurs inter-chaînes n’a jamais atteint une profondeur commerciale suffisante. L’entreprise avait signé plusieurs partenariats, mais ses ressources financières se sont épuisées avant leur mise en œuvre complète.
Ces trois cas présentent des situations différentes, mais un point commun apparaît. L’utilisation d’un produit ne garantit pas automatiquement des revenus suffisants. Une activité importante peut coexister avec une trésorerie fragile et un financement limité. Le marché accorde donc davantage d’importance à la capacité d’un projet à générer des recettes durables.
Les piratages aggravent la pression sur les projets fragiles
La sécurité ajoute une contrainte majeure à cette période de consolidation. Selon un rapport de Blockaid, les exploits on-chain ont provoqué 1,1 milliard de dollars de pertes au premier semestre 2026. Ce montant dépasse les pertes enregistrées sur l’ensemble de l’année 2025. Avril a également marqué un record historique concernant le nombre d’attaques selon CROWDFUND INSIDER.
Deux opérations ont concentré une grande partie des pertes. Kelp DAO a subi un vol de 293 millions de dollars le 18 avril. Drift Protocol a perdu 285 millions de dollars le 1ᵉʳ avril après une opération d’ingénierie sociale menée pendant plusieurs mois. Les attaquants affiliés à la Corée du Nord auraient ciblé la plateforme sans exploiter une ligne de code de contrat intelligent.
TRM Labs estime que les acteurs liés à la Corée du Nord représentent 66 % des pertes dues aux piratages au premier semestre. Cette proportion atteint 64 % en 2025, contre moins de 10 % au début de la décennie. La sophistication croissante des opérations augmente donc le coût minimal nécessaire pour protéger les protocoles. Les projets de taille intermédiaire disposent parfois de moins de moyens pour absorber cette pression.
La réponse aux attaques a également changé. Auparavant, certaines communautés pouvaient mobiliser leurs trésoreries pour couvrir les pertes. En 2026, ces réserves en tokens ont déjà subi les effets du marché baissier. Les investissements des sociétés de capital-risque ont également ralenti, tandis que la liquidité reste sous pression après les pertes liées à l’effet de levier en octobre.
Cette combinaison réduit la capacité de nombreux projets à rebondir après un incident. Un piratage peut alors devenir un événement définitif plutôt qu’une crise temporaire. La sécurité, la trésorerie et l’accès au financement deviennent ainsi étroitement liés. Pour les équipes encore actives, ces contraintes renforcent l’importance d’une structure économique capable de résister aux chocs.
Les projets « zombies » révèlent un autre risque
La disparition d’une équipe ne signifie pas nécessairement celle d’un protocole. Les contrats intelligents déjà déployés peuvent continuer à fonctionner sans développeurs pour les maintenir. Cette situation crée une catégorie de projets parfois décrits comme des « zombies ». Leur code reste actif, alors que la structure capable de le surveiller ou de le corriger n’existe plus.
L’affaire Lazy Summer montre les conséquences possibles. En juillet, une faille ayant entraîné 6 millions de dollars de pertes a été directement associée à Stream Finance. Ce protocole avait déjà cessé ses activités en novembre 2025. Huit mois plus tard, du code non résolu lié à cette ancienne infrastructure a contribué à créer un vecteur d’attaque.
Moonbeam accentue cette difficulté. Après l’arrêt de la blockchain le 31 juillet, les actifs encore bloqués dans certains protocoles DeFi déployés sur la chaîne deviennent inaccessibles. Les contrats existent toujours, mais aucune équipe ne peut intervenir pour modifier leur fonctionnement. Les utilisateurs doivent donc composer avec un environnement qui continue d’exister sans opérateur actif.
Les chercheurs en sécurité soulignent aussi les limites des anciens audits. Ces documents concernent des versions précises du code et des périodes déterminées. Ils ne garantissent donc pas la sécurité d’un protocole après sa modification ou après la disparition de son équipe. À mesure que les projets s’accumulent, le nombre de contrats actifs sans interface ou maintenance peut augmenter.
Des modèles économiques qui résistent à la consolidation
La crypto évolue vers une sélection plus stricte des modèles économiques. Les projets qui continuent leur activité disposent de produits utilisés et de revenus qui ne reposent pas uniquement sur leur propre token. Cette évolution renforce l’importance de l’usage réel, des recettes et de la capacité à financer durablement les opérations. Elle pourrait également accélérer la consolidation du secteur.
Face à cette vague de fermetures, certains acteurs conservent pourtant une activité solide. Hyperliquid a dépassé un milliard de dollars de frais cumulés au 30 juin. Son volume d’échanges a augmenté malgré la baisse du marché, tandis que la plateforme représente 70 % du marché des contrats perpétuels décentralisés. Aave détenait plus de 12 milliards de dollars de dépôts en juillet et générait plus de 100 millions de dollars de frais d’emprunt annualisés.
Ether.fi présente également un modèle plus diversifié. Son produit de carte de débit liée aux actifs numériques représente environ la moitié des revenus du protocole. Ses frais de transaction ont atteint 2,72 millions de dollars au deuxième trimestre 2026. La valeur totale bloquée atteignait alors 7,8 milliards de dollars.
Ces exemples font apparaître un critère commun parmi les projets qui continuent leur activité. Ils disposent de produits utilisés et de sources de revenus qui ne reposent pas uniquement sur leur propre token. La consolidation ne signifie donc pas une disparition générale du secteur. Elle traduit plutôt une sélection plus forte entre les projets capables de transformer leur utilisation en activité économique durable et ceux qui n’y parviennent pas.
À court terme, le nombre de fermetures pourrait continuer d’évoluer avec les conditions de financement, la liquidité et les coûts de sécurité. Les projets encore actifs devront durablement maintenir leurs utilisateurs tout en assurant des revenus suffisants. Les infrastructures abandonnées, elles, pourraient rester présentes dans les blockchains malgré la disparition de leurs équipes. La suite dépendra donc autant de la capacité à financer les opérations que de l’usage réel des produits.
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Journaliste et rédacteur web passionné par l’univers des cryptomonnaies et des technologies Web3. J’y traite les dernières tendances et actualités afin de proposer un contenu de haute qualité à un large public du secteur.
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