DeFi : Le CLARITY Act inquiète les leaders du secteur
Aux États-Unis, les efforts de régulation de l’industrie crypto tournent à la cacophonie. Après le Genius Act, c’est désormais le Clarity Act qui agite Washington. Ce texte, censé clarifier la structure du marché numérique, s’est transformé en un champ de bataille politique et idéologique. Sénateurs, banques, plateformes et développeurs s’y affrontent à coups d’amendements et de déclarations. Et pendant que la loi stagne, la DeFi se sent menacée, coincée entre les régulateurs et la finance traditionnelle.

En bref
- Le Clarity Act visait la clarté, il plonge la DeFi dans l’incertitude réglementaire américaine.
- Coinbase bloque le processus législatif, révélant le pouvoir politique grandissant du secteur crypto.
- La Section 604 crée un bras de fer juridique entre développeurs open source et sénateurs américains.
Le Clarity Act : une promesse de clarté devenue zone grise
À l’origine, le Digital Asset Market Clarity Act ou Clarity Act devait donner aux États-Unis un cadre moderne pour les actifs numériques. Présenté par le sénateur Tim Scott, le projet voulait protéger les consommateurs tout en renforçant la sécurité nationale. Sauf qu’en pratique, la loi fait l’effet inverse.
Le DeFi Education Fund, très actif sur X, a dénoncé une série d’amendements capables de détruire la technologie DeFi et d’aggraver la législation pour les développeurs. Ces modifications, notamment les amendements 42 et 45, autoriseraient le Trésor à sanctionner des smart contracts et imposeraient des contrôles d’identité (KYC) à des développeurs qui n’ont souvent aucun contact avec les utilisateurs.
Dans le fil, Jake Chervinsky, juriste reconnu dans la crypto-sphère, n’a pas mâché ses mots :
Le dernier projet laisse planer une ambiguïté sur le fait que toutes sortes de développeurs et de fournisseurs d’infrastructures pourraient être contraints de vérifier l’identité des utilisateurs, de s’enregistrer auprès de la SEC ou de se conformer à d’autres règles qui ne correspondent pas à la DeFi. Sur ce point, tolérance zéro pour l’ambiguïté.
Ce texte, censé clarifier les règles, plonge donc les développeurs dans un brouillard juridique inquiétant. Le paradoxe saute aux yeux : la « clarté » promise devient un casse-tête politique et technique, qui menace la vitalité de la finance décentralisée.
Coinbase contre le Congrès : quand la crypto s’impose comme force politique aux États-Unis
L’épisode du Clarity Act marque une rupture historique. Pour la première fois, un acteur crypto majeur, Coinbase, a publiquement bloqué une initiative fédérale. Un simple message de son PDG, Brian Armstrong, sur X, a suffi à pousser le Senate Banking Committee à suspendre la session prévue pour voter la loi.
Le juriste Carlo D’Angelo a résumé la scène dans un long post devenu viral :
L’effondrement soudain du markup du CLARITY Act n’a pas été un simple retard procédural dans le processus législatif. C’était un moment révélateur à Washington, qui a mis en lumière à la fois le pouvoir grandissant du lobby crypto et les failles de plus en plus visibles entre la crypto, le secteur bancaire et la finance traditionnelle.
Derrière cet épisode, une réalité : la crypto dispose désormais d’un vrai pouvoir politique. Coinbase agit comme un centre de gravité, fédérant développeurs, investisseurs et ONG crypto.
Mais la manœuvre a aussi fracturé l’industrie. Des plateformes comme Kraken ont reproché à Brian Armstrong d’avoir stoppé un processus imparfait mais nécessaire. Ce désaccord révèle un paradoxe : la crypto réclame la régulation, mais redoute qu’elle vienne trop vite et dans le mauvais sens.
Aux États-Unis, ce bras de fer montre que la régulation crypto n’est plus une question technique, mais un enjeu de pouvoir. Et c’est la DeFi qui risque d’en faire les frais.
Section 604, stablecoins et guerre d’influence : la bataille cachée du Clarity Act
Derrière la suspension du vote se cache une guerre froide entre deux commissions du Congrès. La Banking Committee, menée par Tim Scott, défend une approche pro-développeurs. Mais la Judiciary Committee, incarnée par les sénateurs Grassley et Durbin, accuse le projet d’ouvrir une « brèche dangereuse » dans la lutte contre le blanchiment. Leur lettre dénonce la fameuse Section 604, qui exempterait certains créateurs de logiciels open source de licence financière, au risque – selon eux – de protéger des acteurs comme Tornado Cash.
En face, Cynthia Lummis défend un autre texte, le Blockchain Regulatory Certainty Act, qui vise à protéger ceux « qui écrivent simplement du code sans jamais toucher les fonds des utilisateurs ». Une ligne claire : défendre la neutralité du code face à la criminalisation.
Le débat s’étend aussi aux stablecoins, nouveau champ de bataille entre les banques et les firmes crypto. Les premières veulent limiter les rendements et la programmabilité pour garder le contrôle monétaire. Les secondes dénoncent une tentative d’expropriation de l’innovation. Pour Todd Phillips, cette opposition est un jeu à somme nulle : si les banques gagnent, la crypto perd.
Les points clés du Clarity Act et de la crise DeFi
- Suspension du vote : aucune date de reprise n’a été fixée ;
- Section 604 : au cœur du conflit entre banques, sénateurs et développeurs ;
- Coinbase : premier acteur crypto à bloquer une initiative fédérale ;
- DeFi Education Fund : alerte sur les amendements anti-DeFi ;
- Stablecoins : nouvelle ligne de front entre finance traditionnelle et crypto.
Les États-Unis tentent encore de trouver le bon équilibre entre innovation et sécurité. Et pendant que le Clarity Act s’enlise, un autre débat refait surface : la régulation des stablecoins. Des acteurs comme JPMorgan rappellent que le Genius Act reste la meilleure base pour encadrer ces actifs numériques et éviter un vide juridique prolongé.
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