A
A

Ethereum (ETH) : quel comportement statistique ?

dim 18 Sep 2022 ▪ 20h00 ▪ 13 min de lecture - par Thomas Andrieu

La mise-à-jour du réseau Ethereum (The Merge) bouleverse profondément l’histoire du marché des cryptomonnaies. Dans ce contexte, il sera intéressant de remarquer une évolution possible dans le comportement du cours de la deuxième cryptomonnaie mondiale. En effet, l’ampleur et l’importance du changement en cours laisse devant nous de grandes avancées futures du marché des cryptomonnaies. Tout au long de cette publication, nous verrons d’abord les caractéristiques statistiques du comportement de ethereum (ETH). Ensuite, nous envisagerons de possibles modifications structurelles au comportement de la deuxième cryptomonnaie mondiale. En effet, la mise-à-jour du réseau fait évoluer les perspectives de marché. Décryptage des caractéristiques qui déterminent le cours de ethereum (ETH) et des modifications possibles à venir dans le comportement du prix…

Cours de l’ethereum et comportement statistique

Le cours de l’ethereum (ETH) est significativement plus volatil que le cours de son concurrent bitcoin (BTC). En effet, les variations de ethereum sur une longue période sont plus amples et plus significatives que sur bitcoin. Ainsi, la volatilité mensuelle mesurée sur ethereum (ETH) s’élève à près de 45 % entre septembre 2016 et septembre 2022 (6 ans). A titre de comparaison, la volatilité mensuelle du bitcoin (BTC) s’élève à 23,4 %. C’est-à-dire que le cours de ethereum est jusqu’à deux fois plus volatil que le cours du bitcoin, ce qui est par ailleurs significatif.

Graphique de la distribution des variations hebdomadaires de ethereum (ETH). Graphique par Thomas ANDRIEU.

Aussi, il est important de préciser que la volatilité hebdomadaire du cours de ethereum s’élève à 15,8 %. Ce qui est significativement élevé. De plus, la performance hebdomadaire moyenne de l’ethereum est de +2,75 %. En conséquence, plus de deux tiers des variations hebdomadaires de ethereum prennent effet entre -13 % et +18,5 %. A travers ces données, on voit bien qu’une grande volatilité sur une échelle de temps pourtant relativement courte rend rapidement peu pertinent l’étude des probabilités.

Volatilité de ethereum : quelles causes ?

Dans tous les cas, le caractère très volatil de ethereum peut s’expliquer pour de multiples raisons :

  • Tout d’abord, Etherem est une référence (une sorte « d’étalon ») du marché des cryptomonnaies. Le réseau ETH sert au développement de nombreuses applications ainsi que les échanges sur le marché des NFT et autres. En ce sens, toute croissance du marché des cryptomonnaies dans son ensemble « dope » les performances de ETH. Dans le cas inverse, une crise et une déprime du marché se traduit immédiatement par une amplification des baisses de ETH.
  • Ensuite, Ethereum n’est pas émis en quantité fixe et ne possède pas un caractère déflationniste comme c’est le cas pour le Bitcoin (BTC).
  • Enfin, ETH jouit de la position de deuxième plus grande cryptomonnaie mondiale. Cela implique que la popularité de la cryptomonnaie et son caractère utilitaire inspire une certaine confiance propre à l’écosystème. Il en résulte que les phases de déprime ou d’euphorie sont amplifiée par spéculation.

ETH et fractales de marché

Dans notre précédente publication à propos du bitcoin et des fractales, nous avions montré plusieurs caractéristiques. Etude des fractales sur le bitcoin (BTC) – Cointribune. Tout d’abord, le bitcoin apparaît être un actif extrêmement sensible au paramètre temporel. En d’autres termes, le moment d’occurrence des points hauts ou des points bas est un critère presque exclusivement déterminant sur les cours de la première cryptomonnaie mondiale. La question qu’il convient de se poser est de savoir si le cours de ethereum est sensiblement concerné par cette observation.

Sans entrer dans le détail du calcul (voir publication précédente), on cherchera à calculer le caractère « fractal » de ethereum. La présence d’un caractère fractal pour le cours d’un actif traduit la capacité des variations de prix sur le court terme à générer des variations similaires sur le long terme. Dans ses ouvrages, Benoît Mandelbrot à l’origine de l’étude des fractales parlait notamment « d’auto force relative » pour d’écrire la mécanique des fractales. Dans le cas de ethereum, on sait que la volatilité hebdomadaire est de 15,8 %. Ainsi, dans le même temps, la volatilité mensuelle s’élève à 44,7 %.

Mesure des fractales

On en déduit la valeur du coefficient de Hurst (plus le coefficient est proche de 1, plus les fractales sont importantes) :

  • La volatilité hebdomadaire est de 15,8 %.
  • En théorie (stationnarité des cours et indépendance au temps), la volatilité mensuelle s’élève donc à 31,6 %. (On multiplie la volatilité hebdomadaire (15,8 %) par la racine carré du nombre de semaines dans un mois).
  • Or on observe que la volatilité mensuelle n’est pas de 31,6 %, mais 44,7 % comme indiqué précédemment.
  • La valeur du coefficient de Hurst est donc de 0,75 ! La valeur du coefficient est supérieure à 0,5 ce qui traduit la dépendance de ethereum au temps. Aussi, cette valeur est suffisamment proche de 1 pour dire que ethereum est un actif déterminé par des cycles précis. Dans le détail (facultatif) du calcul, on a ln(44,7/15,8)/ln(4)=0,75.

ETH : un actif cyclique ?

La même méthodologie appliquée entre la volatilité mensuelle et la volatilité annuelle montre même la présence d’un coefficient de Hurst supérieur à 1. Cela signifie que le cours de la deuxième plus grande cryptomonnaie mondiale est largement dépendant du temps et des dynamiques cycliques. La réciproque est que l’étude de la temporalité de ethereum est très pertinente, tandis que l’étude des probabilités est largement défaillante au regard de l’amplitude des volatilités et des cycles en question.

Graphique montrant le cours de ethereum et la présence de deux cycles en interférences. Lire plus : Indicateurs techniques : Interférences constructives et interférences destructives – Cointribune.

Dans un article précédent, nous avions discuté le cas des interférences sur ethereum. Pour rappel, une interférence est la combinaison de deux cycles qui génère un maximum, un minimum, ou une stagnation des prix. Dans le cas des cycles que nous avons représenté (4 et 22 mois), l’étude des cycles est très pertinente. Les deux cycles étaient synchronisés sur un sommet en janvier 2018, ce qui implique la présence d’un maximum. Ensuite, les deux cycles sont entrés en interférence destructive (prix neutre) en fin 2019, ce qui a résulté dans un minimum.

Le prochain sommet (interférence constructive) suggéré par le modèle était en octobre 2021, ce qui s’est confirmé. La prochaine interférence destructive devrait prendre effet autour du milieu de l’année 2023 sur ethereum.

The Merge : quels changements dans le cours de ethereum (ETH) ?

La question majeure aux yeux de nombreux investisseurs est de savoir si The Merge aura des conséquences véritables sur le comportement du prix. En effet, il s’agit de la plus grande mise-à-jour jamais réalisée sur un réseau Blockchain. Cela n’impacte pas seulement l’organisation des mineurs, mais aussi le comportement des acheteurs et de l’écosystème dans son ensemble.

The Merge : une révolution dans la crypto ?

La mise-à-jour du réseau, désormais effective, fait couler beaucoup d’encre au sein de la communauté cryptos. En effet, cette mise-à-jour présente de multiples avantages, mais aussi des inconvénients.

  • Tout d’abord, The Merge améliore l’efficacité du réseau.
  • De plus, une avancée majeure et tout à fait reconnaissable est la réduction par 99 % de la consommation énergétique du réseau Ethereum. Cela permettrait même de réduire la consommation mondiale d’électricité de 0,2 %. Le coût énergétique était un inconvénient principal à la démocratisation des cryptomonnaies. Cela rabat donc les cartes dans l’avenir.
  • Le passage de la PoW à la PoS a pour effet de sélectionner aléatoirement les mineurs qui valideront les blocks. Ainsi, les mineurs qui ont investi dans un matériel performant pour s’assurer de résoudre le plus rapidement la validation des transactions verront leur rentabilité diminuer.
  • Néanmoins, The Merge ne devrait pas faire évoluer significativement le nombre de transactions par seconde. En conséquence, les frais de transaction (jugés globalement élevés) ne devraient pas changer. Malgré tout donc, les coûts financiers pour alimenter ce réseau devraient rester similaires….
  • De plus, certains auteurs ont insisté sur le risque de centralisation du réseau et le risque de corruption de ce dernier. Bien que ce risque soit jugé minime par Ethereum, la présence de nombreux mineurs mal intentionnés sur le réseau pourrait suffire à corrompre ce dernier. Par ailleurs, il existe une centralisation des hébergeurs du réseau ainsi que des mineurs candidats autour de certaines règlementations.

Du comportement passé au comportement actuel

Tout au long des données précédentes, nous avons rappelé la nature essentiellement volatile de ethereum. Par ailleurs, le cours de la deuxième cryptomonnaie planétaire connaît de grandes variations, bien supérieures à celle du bitcoin. Il est important de souligner ici que le bitcoin (BTC) figure déjà parmi les actifs les plus volatils au monde. En outre, il est important de mesurer la sensibilité du prix de ETH au temps. Cela permet de savoir si, après tout, ETH est un actif déterminé par des cycles précis. On savait déjà que le bitcoin (BTC) était un actif très fractal, mais il apparaît que ethereum l’est d’autant plus.

Depuis l’entrée dans le nouveau réseau PoS jeudi 15 septembre, le cours de Ethereum n’a pas connu de mouvement de prix anormal. A ce jour, le cours ETH s’établit à 1 460 $. Le précédent sommet historique a été atteint en novembre 2021 à 4 800 $. Ainsi, deux scénarios se détachent :

  • Si la démocratisation s’accélère en raison d’une meilleure performance et un meilleur coût énergétique, alors ETH devrait voir son cours s’accroître à long terme.
  • Si le réseau s’adapte au développement d’applications diverses (DeFi…) et si cela améliore l’intégrité des transactions, le cours de ETH serait porté à la hausse dans la mesure où la croissance des NFT, de la finance décentralisée et autres devrait encourager l’utilisation de Ethereum.
  • Néanmoins, si les risques de corruption du réseau s’avèrent réels, pour des raisons malveillantes, de régulation ou d’hébergement, alors la stabilité de ETH serait mise à mal.

En conclusion

En définitive, nous avons montré que le cours de ethereum avait un comportement principalement volatil. L’arrivée de la mise-à-jour du réseau modifie congénitalement les perspectives d’évolution dans l’avenir. Cette étude statistique détaillée nous permettra, au cours des prochains mois, d’établir des conclusions quant à l’effet de The Merge sur le prix de ETH. De plus, nous avons vu que la volatilité de ethereum est même jusqu’à deux fois supérieure à celle du bitcoin sur une échelle de temps mensuelle. Ce qui est tout à fait significatif et rend stérile toute étude des probabilités.

Dès lors, l’étude des fractales montre des caractéristiques autrement intéressantes. On savait déjà que le bitcoin était un actif très sensible aux fractales. Il est d’autant plus stupéfiant de voir que cette observation est encore plus vraie pour l’ethereum. Dans une certaine mesure, on peut écrire que le seul déterminant du cours de ETH est le facteur temporel. Les probabilités en elles-mêmes, et le caractère proprement aléatoire des mouvements de la cryptomonnaie, sont presque inexistantes à court terme, et totalement absentes à long terme. En conséquence, l’étude des cycles sur ethereum devient absolument centrale. L’exemple de l’étude des interférences cycliques démontre la grande précision temporelle des mouvements de prix.

Enfin, la question advient de savoir si la mise-à-jour à l’œuvre depuis seulement quelques heures aura un impact à long terme sur les cours. Il est des avantages indéniables et considérables de cette mise-à-jour. Cependant, certains demeurent circonspects sur la potentiel généré par The Merge. Les risques de corruption du réseau, de régulation des validateurs, d’insécurité des hébergeurs sont notamment pointés. Mais ces risques devraient être très limités, indique Ethereum. L’avantage majeur réside dans la réduction considérable de la consommation énergétique d’une part, ainsi que l’amélioration de l’efficacité du réseau d’autre part.

Recevez un condensé de l’actualité dans le monde des cryptomonnaies en vous abonnant à notre nouveau service de newsletter quotidienne et hebdomadaire pour ne rien manquer de l’essentiel Cointribune !

A
A
Thomas Andrieu avatar
Thomas Andrieu

Auteur de plusieurs livres, rédacteur économique et financier sur plusieurs sites, je noue depuis de nombreuses années une véritable passion pour l'analyse et l'étude des marchés et de l'économie.

DISCLAIMER

Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

Ne manquez aucune actu et abonnez-vous à Cointribune sur Google Actualités !