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Interview : Emmanuel Harrault, vulgarisateur et consultant blockchain

sam 31 Déc 2022 ▪ 9h00 ▪ 12 min de lecture - par Claude Bernardini

Voici le dernier volet de notre série d’interviews réalisées lors du forum Dakar Bitcoin Days. Emmanuel Harrault, très connu dans les médias sociaux pour ses contributions sur les cryptomonnaies, avait fait spécialement le déplacement pour faire partager sa vision sur Bitcoin (BTC).

Emmanuel Harrault

Bonjour Emmanuel, pourrais-tu te présenter et nous expliquer pourquoi s’être intéressé à Bitcoin ?

Je suis issu d’une école d’ingénieur généraliste, j’ai ensuite été professeur de physique-chimie pendant huit ans et maintenant chef de projet informatique.

En 2017, j’ai eu un attrait spéculatif, la courbe était folle. Je n’avais jamais investi en bourse, mais là, c’était simple à faire, j’ai mis un tout petit billet. Puis en 2018, ça s’effondre, je m’en détourne, persuadé que c’était une bulle.
C’est en 2019 que je me penche réellement dessus. Je vois que le prix est encore assez élevé et je ne comprends pas pourquoi. Ca attise ma curiosité et je décide de lire le white paper de Bitcoin. Le regard de l’ingénieur comprend alors que je suis en présence d’une vraie révolution technologique. On peut maintenant transférer de la valeur sur le net sans intermédiaire. A partir de là , je creuse. Et je comprends vite que ça ne propose pas qu’un simple moyen de paiement mais tout un système monétaire. Je prends alors conscience que je ne connais rien sur ma monnaie, l’euro.

Je découvre ce que j’appellerais un vrai château de carte. Pour mon coté scientifique, les réserves fractionnaires, la création à partir du crédit, les dérivés, le short, le shadow banking etc… , je ne comprends pas comment cela peut fonctionner. Du moins je prends conscience que ce système est à bout de souffle et qu’il finira par éclater. Et que la véritable alternative c’est Bitcoin.

Que représente Bitcoin pour toi ?

Au fil du temps et de mes recherches, je me suis rendu compte que l’impact de Bitcoin est bien plus important pour de nombreux pays dans le monde que pour nous, occidentaux.
Je prends conscience aussi de la main mise des pays riches sur les pays pauvres. Le colonialisme n’est pas terminé, c’est très clair.
Mais auparavant , je pensais que nous maintenions seulement notre emprise grâce à nos « avancées ». La réalité est bien plus triste. Le fonctionnement même de la création monétaire et de l’organisation du système bancaire est adapté à nos besoins, pas à ceux du reste du monde.
Bitcoin c’est un espoir. L’espoir de voir un monde un peu plus juste. La monnaie , la création monétaire, c’est le pouvoir le plus puissant au monde. Ce pouvoir, de mon point de vue, ne doit appartenir à aucun pays, aucune organisation.
Je souhaite que les pays émergents comprennent cela et embrassent Bitcoin. Les occidentaux pourront faire varier le prix du Bitcoin, quand on le convertit en Fiat. Mais ils ne pourront changer les fondamentaux. C’est une avancée gigantesque pour de nombreux pays qui sont toujours sous l’influence de ceux qui détiennent les planches à billets.

Enfin petit message à tous ceux qui voudraient s’y intéresser. Ce n’est pas en quelques jours que vous pourrez comprendre tous les tenants et les aboutissants de Bitcoin. Cela fait bientôt 4 ans pour moi et je continue d’en découvrir.

Dans le contexte économique actuel, penses-tu que Bitcoin peut-être une réelle alternative aux monnaies Fiat traditionnelles ?

Alors contexte actuel ou pas, comme je l’ai dit juste avant, je pense que les fondamentaux de Bitcoin me semblent beaucoup plus solides que le modèle monétaire. Donc la réponse est oui. A la question de savoir est ce que est ce que Bitcoin sera plus solide, ou une meilleure réserve de valeur dans le temps, je n’ai pas de boule de cristal. J’en ai absolument aucune idée. Ça peut dépendre de tellement de choses dans le monde. Par contre, mon sentiment, c’est que lorsque je compare ce système monétaire Fiat que nous avons avec Bitcoin et que je regarde mes finances actuellement, j’ai plus confiance dans l’avenir du bitcoin que de confiance dans ma propre monnaie, l’euro.

Donc je je pourrais juste conseiller d’apprendre ce que c’est et ensuite chacun fera son propre choix. Sans doute de diversifier un peu ses placements. Parce que notre modèle économique actuel n’est pas tenable et qu’à un moment donné, il y a de très grandes chances pour que, si ça ne s’effondre pas, ça se casse très violemment la figure.

Le Bear Market actuel et l’affaire FTX ont terni la réputation des cryptomonnaies. Cela est-il préjudiciable à Bitcoin et à son adoption ?

C’est une excellente nouvelle ! Alors, ça va paraître étrange, provocateur, de dire ça… Excellente nouvelle, surtout si on fait un comparatif avec ce qui s’est passé pour la crise des subprimes et les banques centrales en 2008. À ce moment-là, le système monétaire classique vacillait. On sentait bien qu’il y avait un problème. Du coup, les banques centrales ont pris finalement la décision de lancer les opérations de sauvetage. Le résultat, c’est que nous sommes allés de mal en pis. Et nos économies se sont retrouvées dans une situation terrible, gravissime, car ils ont décidé finalement de sauver les banques, le système bancaire, alors qu’il aurait sans doute dû s’effondrer.

FTX, c’est tout un système qui ne pouvait pas être sauvé et qui ne pouvait pas fonctionner si on en abuse, ce qui se fait beaucoup dans le système classique. Et bien du coup voilà, la personne a fait n’importe quoi avec l’argent des clients, et bien, on ne le sauve pas en fait. Les gens l’ont appris malgré eux, c’est terrible du coup pour eux. Mais FTX, c’est tout ce que ne veut pas être Bitcoin. C’est exactement l’opposé de Bitcoin. Et là, je pense que ceux qui écrivent sur les cryptos, la blockchain ou Bitcoin ont un devoir par rapport à cela : c’est celui d’informer les gens. Les exchanges doivent juste servir d’intermédiaire pour pouvoir se procurer des cryptos.

Emmanuel Harrault
Emmanuel Harrault

D’après ce que tu as vu sur place, comment juges-tu l’avenir de Bitcoin au Sénégal ?

C’est une question bien difficile. Pour la simple et bonne raison que c’est la première fois que je viens en Afrique. Du coup, ma vision de ce qui peut se passer ici est assez restreinte. Par contre, c’est un espoir, clairement, que de voir une organisation comme les Dakar Bitcoin Days se mettre en place dans un pays dont le taux d’adoption du bitcoin n’est pas n’est pas très grand. C’est un merveilleux espoir. Moi, je vois des gens qui s’intéressent et essayent de comprendre ce qu’il se passe. Qu’est-ce que le bitcoin ? Pourquoi ? À quoi pourrait-il servir ?

Ma petite expérience, même si elle était très courte ici, a quand même été intéressante. Je me suis un peu baladé avec quelques petits déboires, mais j’ai eu l’occasion de rencontrer des gens. Et la facilité d’approche m’a permis d’essayer ce qu’on appelle « orange piler ». C’est-à-dire, mettre la petite pilule orange dans la tête des gens pour qu’ils s’intéressent à ça. Et la réaction n’est pas du tout la même que celle qu’on peut avoir en France. Si je fais ça en France, les gens me disent « ah, Bitcoin, spéculations, je ne sais pas, non, j’ai pas envie d’en entendre parler ». Les gens ne sont même pas curieux. En fait, ils ne savent pas ce que c’est, et ils n’ont pas envie d’en savoir plus. C’est absolument terrible. On sent une espèce de grosse propagande.

Alors qu’ici, à chaque fois que je l’ai fait, les personnes étaient attentives. C’est ça qui me donne beaucoup d’espoir. Parce que je pense qu’ici, il y a des problèmes monétaires, avec le Franc CFA. L’influence que peut avoir ou pas la France est de toute façon un problème. Il y a aussi la problématique de la petite monnaie qui est souvent très rare. Il faut quand même que les gens sachent que si vous allez dans un magasin et si vous achetez quelque chose, vous donnez un billet. Mais on ne vous rend pas toujours la monnaie, c’est souvent très compliqué. Au lieu de ça, on va vous donner des bons d’achat.

Donc je pense que les gens sont beaucoup plus sensibles au problème du coût de la monnaie, qu’ils comprennent assez facilement et qu’ils sont plus curieux. Ils n’ont pas de préjugés, on le ressent clairement. Et donc ça, c’est un bel espoir pour moi. Parce que ça veut dire que lorsque les gens peuvent apprendre, c’est le chemin de la réussite pour Bitcoin. Je n’arrête pas de le dire, c’est mon petit slogan : « Apprendre c’est comprendre ».

Et ça doit aussi passer par l’apprentissage de notre monnaie. Bitcoin réussira son adoption si les gens comprennent comment notre monnaie fonctionne. Et lorsqu’ils auront compris ça, il y aura un déclic. Ford disait que si les gens comprennent comment la monnaie et le système économique mondial fonctionnent, il y aura une révolution demain. Et je pense qu’il n’est pas très loin de la vérité. Alors pas en mode révolution, mais oui, il y aura une révolution dans la tête des gens. En tout cas, c’est ce qu’il m’est arrivé : au moment où je comprends comment ça fonctionne, je me dis que ça ne va pas, ça n’est pas possible, ça n’est pas durable.

Un petit mot sur tes projets en 2023 ?

Je vais être très sincère, je n’en ai absolument aucune idée, pour la simple et bonne raison que je suis chef de projet informatique dans une boite en France. Je me suis libéré 20 % de mon temps pour me consacrer à apprendre encore, creuser, proposer mes services. J’ai quelques entreprises qui m’ont demandé de faire des consultations, j’ai fait une conférence en école. Je ne sais pas si je sais très bien me vendre ou pas, mais en tout cas, je continue d’apprendre tout le temps.

Là, je suis la formation d’Alyra en consultant blockchain parce que je voulais avoir une certification de toutes les compétences et connaissances que j’avais déjà acquises et de les approfondir avec cette formation. Voilà, j’irai au fil des opportunités. Je ne fais pas de plans sur la comète. J’ai des enfants et je dois aussi assurer une stabilité financière.

Pour retrouver la précédente interview réalisée dans le cadre de notre série dédiée au forum Dakar Bitcoin Days, c’est ici que ça se passe !

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Claude Bernardini

Entrepreneur en informatique et résident en terres africaines depuis une quinzaine d'années. Dans ce monde incertain et vacillant, je considère le bitcoin et les cryptos comme l'une des meilleures opportunités face aux défis qui nous attendent.

DISCLAIMER

Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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