La Banque de France s’oppose à Christine Lagarde sur l’euro numérique !
L’euro numérique n’est plus seulement un sujet technologique, car il devient un terrain d’affrontement politique au sommet des institutions européennes. En appelant à une implication accrue du secteur privé dans la tokenisation de l’euro, Denis Beau, sous-gouverneur de la Banque de France, prend ses distances avec Christine Lagarde et la ligne prudente de la BCE. Derrière ce désaccord se dessine une bataille stratégique autour de la souveraineté monétaire européenne, alors que les stablecoins adossés au dollar continuent de dominer la finance numérique mondiale.

En bref
- Denis Beau appelle à une mobilisation conjointe des acteurs publics et privés pour accélérer l’euro tokenisé.
- La Banque de France prend ses distances avec la ligne prudente défendue par Christine Lagarde et la BCE.
- Francfort continue de voir les stablecoins euro comme un risque potentiel pour la stabilité financière européenne.
- Paris veut éviter que les stablecoins adossés au dollar dominent durablement la finance numérique mondiale.
Denis Beau prend ses distances avec la ligne de Christine Lagarde
Lors d’une intervention, Denis Beau a appelé à une « une mobilisation conjointe des acteurs publics et privés » autour de l’euro tokenisé, malgré les risques identifiés par la BCE.
Le sous-gouverneur de la Banque de France estime que les acteurs privés doivent participer activement au développement des instruments monétaires numériques européens, qu’il s’agisse de stablecoins ou de dépôts tokenisés. Cette sortie tranche avec la prudence affichée par la Banque centrale européenne ces dernières semaines.
Les principaux points de friction entre Paris et Francfort apparaissent déjà clairement :
- Christine Lagarde a déclaré que les stablecoins adossés à l’euro étaient « bien plus fragiles qu’il n’y paraît » ;
- La présidente de la BCE estime que « si nous voulons renforcer l’attractivité internationale de l’euro, les stablecoins ne constituent pas une solution efficace » ;
- La BCE continue de privilégier une approche centrée sur l’euro numérique public ;
- Denis Beau défend au contraire une coexistence entre initiatives publiques et solutions privées tokenisées ;
- Les autorités européennes restent marquées par l’épisode de l’USDC lors de la crise de Silicon Valley Bank.
En effet, la BCE redoute toujours qu’une adoption massive des stablecoins détourne les dépôts des banques traditionnelles et fragilise la transmission de la politique monétaire européenne. À l’inverse, la Banque de France considère qu’un écosystème hybride mêlant euro numérique et instruments privés pourrait accélérer l’intégration de l’euro dans la finance tokenisée mondiale.
La France accélère sa stratégie face à l’hégémonie des stablecoins en dollars
Au-delà des tensions institutionnelles, Paris cherche surtout à répondre à un déséquilibre devenu massif sur le marché de la tokenisation des actifs. Les stablecoins indexés sur le dollar dominent largement le secteur, avec plus de 185 milliards de dollars en circulation pour Tether. À l’inverse, les projets européens restent marginaux. Le stablecoin euro lancé par Société Générale ne représente qu’environ 107 millions d’euros. Ce retard inquiète de plus en plus les autorités françaises, qui voient dans la tokenisation monétaire un enjeu stratégique lié à la souveraineté des paiements et à l’autonomie financière européenne.
Cette ligne est également portée par plusieurs grandes banques européennes. Ainsi, ING, UniCredit et BNP Paribas participaient à des travaux autour d’un futur stablecoin euro attendu au second semestre 2026. Le ministre français Roland Lescure avait lui aussi jugé « non satisfaisant » le faible poids des stablecoins européens face aux géants américains. La position défendue par Denis Beau s’insère donc dans une dynamique visant à éviter que les infrastructures financières tokenisées de demain soient entièrement dominées par des acteurs américains.
Le débat qui s’ouvre désormais en Europe dépasse largement la sphère crypto. Derrière les stablecoins et l’euro tokenisé se joue une bataille d’influence monétaire qui pourrait redéfinir l’équilibre financier du continent dans les prochaines années. Entre prudence réglementaire et impératif de compétitivité, les institutions européennes devront arbitrer entre protection du système bancaire traditionnel et adaptation à une finance de plus en plus tokenisée. La prise de position de la Banque de France montre déjà qu’au sein même des autorités monétaires, le consensus européen commence à se fissurer.
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Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
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