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La chute des valeurs de l’IA fragilise la valorisation d’Anthropic avant son entrée en Bourse

16h00 ▪ 6 min de lecture ▪ par Luc Jose A.
S'informer ▪ Intelligence Artificielle
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Anthropic veut maintenir son introduction en Bourse malgré la chute des valeurs technologiques, mais sa valorisation espérée a déjà reculé d’environ 2000 à 1500 milliards de dollars. Ce changement ne traduit pas seulement un marché moins enthousiaste : les investisseurs commencent à rapprocher la croissance de Claude du coût colossal des infrastructures nécessaires pour la soutenir.

La scène illustre les inquiétudes entourant la valorisation d’Anthropic, fragilisée par la chute des actions liées à l’intelligence artificielle avant son éventuelle entrée en Bourse. Au premier plan, un dirigeant préoccupé se tient la tête devant un ordinateur affichant un symbole d’IA, représentant les incertitudes financières de l’entreprise. Derrière lui, un gigantesque graphique rouge descendant symbolise la correction des valeurs technologiques. À gauche, un robot rappelle le secteur de l’intelligence artificielle. À droite, Wall Street et des documents financiers évoquent les préparatifs d’une introduction en Bourse. L’ensemble souligne le risque d’une valorisation revue à la baisse dans un marché devenu plus prudent.

En bref

  • Anthropic maintient son projet d’introduction en Bourse malgré la chute des valeurs technologiques.
  • Sa valorisation espérée passe de 2000 à environ 1500 milliards de dollars.
  • Wall Street s’inquiète du ralentissement de sa croissance et du coût colossal des infrastructures d’IA.
  • Les engagements financiers d’Anthropic, proches de 895 milliards de dollars, renforcent son besoin de capitaux.
  • Les revenus d’octobre pourraient jouer un rôle décisif dans la fixation du prix de l’IPO.

IA : Wall Street ne paie plus la croissance sans regarder la facture

Le calendrier initial prévoyait le lancement de la tournée des investisseurs pendant la semaine du 9 novembre, puis une cotation avant Thanksgiving. Après la chute de 3200 milliards de dollars subie par Wall Street, certains investisseurs ont cependant demandé une valorisation plus attractive et envisagé un report.

Anthropic souhaiterait finalement poursuivre l’opération. La société viserait entre 80 et 100 milliards de dollars de capitaux levés, pour une valorisation comprise entre 1 250 et 1 750 milliards. Le point d’équilibre discuté reste proche de 1500 milliards de dollars, nettement sous les 2000 milliards de dollars encore évoqués quelques semaines auparavant.

Plusieurs chiffres expliquent cette réévaluation rapide :

  • Le chiffre d’affaires trimestriel a atteint environ 17 milliards de dollars ;
  • Sa croissance séquentielle a ralenti à 47 %, après 144 % au deuxième trimestre ;
  • La perte nette du troisième trimestre s’élève à 23,29 milliards de dollars ;
  • La perte opérationnelle atteint 567 millions de dollars ;
  • Les engagements liés au calcul et aux infrastructures approchent 895,4 milliards de dollars ;
  • Près de 69,8 milliards de dollars devront être engagés au cours des douze prochains mois ;
  • Anthropic a supporté 5 milliards de dollars de coûts informatiques supplémentaires pendant le trimestre.

La croissance reste exceptionnelle. Anthropic comptait plus de 11900 clients générant chacun au moins 100000 dollars de revenus annuels fin septembre, contre environ 1500 dollars à la fin de 2025. Toutefois, la question posée par Wall Street a changé. Il ne suffit plus de démontrer que les ventes progressent, car il faut expliquer combien coûte chaque dollar supplémentaire.

Les 895 milliards de dollars d’engagements transforment l’IPO en nécessité

Anthropic dépend d’Amazon, de Google et d’autres partenaires pour accéder aux puces, aux centres de données et à l’électricité indispensables à ses modèles. Ces groupes sont à la fois investisseurs, fournisseurs de capacité, distributeurs et concurrents potentiels.

Cette interdépendance augmente le risque financier. Une partie des infrastructures promises repose sur des financements ou des garanties obtenus par les partenaires d’Anthropic. Si le crédit devient plus cher, certains projets pourraient être retardés, réduits ou renégociés.

L’entreprise le reconnaît dans son dossier boursier. Si les financements deviennent indisponibles ou plus coûteux, les capacités prévues pourraient « être retardées, réévaluées, réduites ou ne pas être livrées ».

Cette précision change la nature de l’IPO. L’opération ne sert pas uniquement à offrir une sortie aux premiers investisseurs ni à donner une valeur publique aux actions. Selon les données on-chain, elle doit fournir à Anthropic suffisamment de liquidités pour financer son expansion sans revenir trop rapidement sur le marché.

Les investisseurs disposent donc d’un rapport de force inhabituel. Ils savent que la société a besoin de capitaux, que ses engagements sont considérables et que les actions liées à l’IA viennent de subir une violente correction. Ils peuvent exiger une décote plus importante sans remettre nécessairement en cause le potentiel de Claude.

« Ces entreprises feront partie de l’avenir », estime Rick Meckler, associé chez Cherry Lane Investments. Il s’attend néanmoins à « un certain recul » après la longue hausse des valorisations privées.

Le chiffre d’octobre peut désormais décider du prix

Les investisseurs attendent encore le chiffre d’affaires d’octobre, laissé vide dans la dernière version du document d’introduction. Cette donnée doit montrer si le ralentissement du troisième trimestre était temporaire ou s’il annonce une normalisation plus durable de la croissance.

Le moment est délicat. Les marchés ne sanctionnent plus seulement les entreprises déficitaires. Ils pénalisent aussi les sociétés qui financent leurs centres de données par la dette, les fournisseurs de puces et les producteurs d’énergie exposés à une réduction des investissements dans l’IA.

Anthropic pourrait néanmoins choisir d’avancer rapidement avec un prix prudent. Une cotation réussie lui donnerait accès aux investisseurs institutionnels, aux fonds indiciels et à une monnaie d’échange cotée pour financer de futures acquisitions. Un report prolongerait l’incertitude et pourrait renforcer l’idée que le marché privé a valorisé trop généreusement les laboratoires d’IA.

L’enjeu dépasse donc Anthropic. Son IPO doit établir la première véritable référence publique pour un développeur de modèles d’IA de pointe. Une opération proche de 1500 milliards de dollars validerait encore une valorisation exceptionnelle, mais elle confirmerait aussi que les investisseurs ont retranché environ 500 milliards de dollars aux ambitions initiales.

Le test décisif ne sera pas seulement le prix fixé avant la cotation. Il faudra observer si l’action résiste ensuite, lorsque les investisseurs compareront chaque trimestre la progression des revenus aux milliards dépensés en puissance de calcul. La course à l’IA entre ainsi dans une nouvelle phase : celle où la croissance doit enfin prouver qu’elle peut financer son propre coût.

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Luc Jose A. avatar
Luc Jose A.

Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.

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