La Russie tourne définitivement la page Visa et Mastercard
Depuis leur retrait du marché russe en 2022, Visa et Mastercard perdaient progressivement du terrain. Mais cette fois, Moscou franchit un nouveau cap. La Banque de Russie estime désormais que les deux géants américains n’ont plus leur place dans l’écosystème financier national, alors que leur part de marché est tombée sous les 17 %.

En bref
- La Banque de Russie demande à Visa et Mastercard de se retirer définitivement du marché russe.
- Leur part de marché est tombée sous les 17 %, contre plus de 75 % sur les marchés internationaux.
- Le système Mir a émis 476,5 millions de cartes en janvier 2026.
Visa et Mastercard, des géants devenus fantômes en Russie
Lundi, Alla Bakina, directrice du département des systèmes de paiement nationaux de la Banque de Russie, a clairement affiché la position de Moscou : Visa et Mastercard doivent quitter définitivement le marché russe.
Selon elle, ces entreprises ne fournissent plus les services qu’elles garantissaient auparavant, tandis que le système national russe continue d’assumer les coûts techniques liés à leur présence.
Cette déclaration marque une nouvelle étape dans la stratégie financière russe depuis les sanctions occidentales imposées après le début du conflit en Ukraine en 2022. À l’époque, Visa et Mastercard avaient suspendu leurs opérations dans le pays. Pourtant, des millions de cartes continuaient encore de fonctionner localement grâce à l’infrastructure russe.
Mais aujourd’hui, leur influence est devenue marginale. Selon la Banque de Russie, leur part dans les paiements nationaux est tombée sous les 17 %. En parallèle, les banques russes remplacent progressivement ces cartes par Mir, le système national lancé dès 2014 après les premières tensions géopolitiques avec l’Occident.
Mir prend le relais, une transition sans secousses
Le système Mir, lancé en 2014, est aujourd’hui le pilier des paiements russes. En janvier 2026, il avait émis plus de 476,5 millions de cartes. Les banques russes procèdent au remplacement progressif des cartes Visa et Mastercard expirées sans attendre d’instruction formelle, le mouvement est déjà bien engagé.
Ilya Grashchenkov, directeur du Centre de développement des politiques régionales, se veut rassurant : la transition sera « progressive et sereine, sans perte de fonds, sans interruption de paiement ». Pas de ruée vers les banques, pas de chaos. Le système tient.
Ce recul de Visa et Mastercard n’est d’ailleurs pas un phénomène isolé. À Bruxelles, la Banque centrale européenne accélère elle aussi ses travaux sur l’euro numérique, en s’appuyant sur des standards ouverts pour réduire la dépendance du continent aux infrastructures américaines.
La Chine, de son côté, renforce son système de paiement souverain et coupe progressivement ses ponts financiers avec Washington. Le monde des paiements se fragmente à toute vitesse.
La Russie ne chasse pas Visa et Mastercard : elle constate simplement qu’elles sont déjà parties. Ce qui se joue ici dépasse largement Moscou, c’est la preuve que la souveraineté monétaire est redevenue une priorité stratégique, des deux côtés de l’Atlantique comme à Pékin. L’hégémonie des réseaux de paiement occidentaux, longtemps considérée comme immuable, montre ses premières vraies fissures.
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