Le Bitcoin tombe sous 65 000 dollars face à l’escalade entre Washington et Téhéran
Les marchés n’ont eu besoin que de quelques heures pour vaciller. Une flambée des prix du pétrole, déclenchée par l’escalade des tensions au Moyen-Orient, a ravivé l’aversion au risque et entraîné un mouvement de vente sur les actifs les plus exposés. Le bitcoin, qui cherchait encore à consolider ses récents gains, s’est retrouvé pris dans une mécanique bien connue : hausse des rendements obligataires américains, recul des anticipations de baisse des taux de la Réserve fédérale et retour brutal de l’incertitude géopolitique. Les cryptos peuvent-elles encore échapper aux turbulences de la macroéconomie ?

En bref
- Le Bitcoin subit la montée des risques géopolitiques et retombe à un plus bas de trois jours à 64 799 $.
- Après des attaques en mer Rouge, Donald Trump évoque une riposte massive contre l’Iran, propulsant le pétrole Brent au-dessus des 100 $.
- La hausse de l’énergie ravive les craintes d’inflation, fait chuter Wall Street et pousse le rendement obligataire US à 10 ans à 4,7 %.
- Les ETF Bitcoin Spot enregistrent 225,2 millions de dollars de sorties nettes, brisant une série de 7 jours de flux positifs.
L’escalade militaire au Moyen-Orient et la flambée des cours de l’énergie
Le cours du bitcoin a chuté sous le seuil des 65 000 $, atteignant un plus bas sur trois jours à 64 799, sous la pression directe d’un regain de tensions militaires d’une extrême gravité entre Washington et Téhéran. Cette correction s’est déclenchée après l’attaque menée par les rebelles Houthis soutenu par l’Iran contre deux pétroliers saoudiens, le Encelia et le Layla, ciblés par des missiles balistiques, des missiles de croisière et des drones dans la mer Rouge. Un incendie s’était déclaré à la proue du navire Encelia, bien que l’équipage soit sorti indemne de la frappe.
Face à cette situation critique, la réponse du gouvernement américain s’est déclinée en plusieurs éléments majeurs :
- La menace d’une riposte militaire d’ampleur inédite : lors d’un entretien accordé au média Axios, le président américain Donald Trump a affirmé : « je vise une attaque massive. Plus grande que jamais. Je suis sur le point de prendre une décision. Nous sommes tous prêts » ;
- La pression sur la diplomatie iranienne : évoquant les discussions menées par des canaux intermédiaires, Donald Trump a déclaré au sujet des dirigeants d’Iran : « ils n’ont pas encore subi assez de douleur » ;
- L’implication d’alliés régionaux : le président américain a précisé au sujet d’une participation des forces israéliennes que le pays « se joindrait en deux minutes si je le leur demandais » ;
- Des sanctions financières et des avertissements officiels : sur le réseau social Truth Social, Donald Trump a promis des « châtiments militaires majeurs », suggérant que les dégâts causés aux navires marchands pourraient être couverts par les avoirs iraniens gelés sous contrôle des États-Unis, alors que l’armée américaine achevait une treizième nuit consécutive de frappes ciblées.
Le décrochage des indices boursiers et l’envolée des taux obligataires
L’impact de ces déclarations et des affrontements navals sur les marchés financiers mondiaux a été immédiat. Les cours du pétrole ont franchi la barre des 100 $ le baril pour la première fois depuis la fin du mois de mai, le contrat à terme sur le Brent gagnant 7 % pour s’établir à 100,69 $ le 23 juillet, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) progressait de 6,3 % pour clôturer à 92,28 $. Selon l’analyste Giovanni Staunovo de la banque UBS, le chargement de pétrole dans la région du Golfe est tombé à 2,5 millions de barils par jour sur la période des sept derniers jours, contre une moyenne sur trente jours qui s’établissait à 6 millions de barils, tandis que les chargements iraniens sont tombés à zéro contre 1,5 à 2 millions de barils par jour au début du mois de juillet.
Du côté de Wall Street, les actions ont nettement reculé sous le coup du risque géopolitique, le S&P 500 abandonnant 1,2 % et le Nasdaq Composite chutant de 2,2 %. Parallèlement, le rendement des obligations du Trésor américain à 10 ans a grimpé jusqu’à environ 4,7 %, enregistrant son plus haut niveau depuis 18 mois et traduisant la vive inquiétude des investisseurs face au retour de pressions inflationnistes. Comme l’a souligné The Kobeissi Letter dans une publication sur le réseau social X : « les anticipations d’inflation et les taux d’intérêt augmentent à nouveau fortement. ».
La vulnérabilité du marché du bitcoin et l’essoufflement de la dynamique acheteuse
Au-delà de cette instabilité macroéconomique venue de l’extérieur, la détérioration du cours intervient au moment précis où la structure interne du marché du bitcoin montre des signes évidents de fragilité technique et institutionnelle. Les ETF Bitcoin au comptant cotés aux États-Unis ont enregistré des sorties nettes à hauteur de 225,2 millions de dollars sur la seule journée du 23 juillet, brisant une série continue de sept séances consécutives dans le vert qui avaient permis d’accumuler près d’un milliard de dollars d’entrées de capitaux.

En se basant sur les données on-chain, Ki Young Ju, fondateur et PDG de CryptoQuant, observe que la demande sur le marché au comptant s’est montrée quasi nulle ou négative depuis le mois de juin. Le rebond récent de l’actif a donc été quasi exclusivement entretenu par le marché des dérivés et des contrats à terme, mais avec un volume et une intensité nettement inférieurs à ceux enregistrés lors de la précédente hausse survenue trois mois plus tôt. Cette dépendance croissante envers l’effet de levier rend les positions acheteuses extrêmement vulnérables à une vague de liquidations forcées si les conditions financières globales venaient à se durcir.

Cette asymétrie entre le marché dérivé et celui physique alimente un scepticisme croissant au sein des investisseurs, qui redoutent un retournement brutal des cours. L’analyste Exitpump préconise ainsi la plus grande prudence et recommande l’adoption de positions vendeuses face à l’impuissance des acheteurs à franchir les résistances clés. Sur le réseau X, il prévient ouvertement ses abonnés : « le rallye de juillet touche à sa fin, le prix est sur une résistance, fermez vos positions longues, et passez à la vente une fois que le prix aura cassé le seuil des 65 000 $ ».
À l’inverse, d’autres observateurs du marché comme le trader Jelle privilégient une lecture plus tempérée de la situation graphique actuelle. Ce dernier estime que la structure haussière construite depuis le début du mois n’est pas encore définitivement compromise, soulignant que le mouvement de repli conserve pour l’instant une allure de correction technique ordonnée tant que le bitcoin parvient à maintenir son cours au-dessus des lignes de support majeures, et notamment autour de la moyenne mobile à 21 jours. Il estime que « si le cours parvient à casser cette zone, il n’y aura quasiment plus de résistance jusqu’aux 70 000 dollars. Le mouvement pourrait être très rapide avant la formation d’une nouvelle fourchette de prix. La patience reste ma stratégie ».
Selon le trader et analyste crypto Michaël van de Poppe, la moyenne mobile simple sur 21 semaines, située à 64 073 dollars, constitue un niveau déterminant. « En théorie, le bitcoin a atteint sa zone cible. Tant qu’il évolue au-dessus de la moyenne mobile à 21 jours, je suis convaincu que sa valorisation continuera d’augmenter à court terme », a-t-il écrit sur X.
De plus, il ajoute : « il ne lui reste plus qu’un dernier obstacle avant une véritable cassure : la zone de résistance des 68 000 dollars. Elle a déjà été testée une première fois, et le marché s’apprête désormais à la mettre à l’épreuve une deuxième fois ».
Le retour du spectre d’un resserrement monétaire et des tensions sur la dette souveraine
L’envolée soudaine des prix des matières premières énergétiques bouleverse de fond en comble le calendrier et les scénarios de politique monétaire anticipés par les grandes institutions financières. L’outil CME FedWatch montre désormais une probabilité grimpant à près de 40 % pour une hausse des taux d’intérêt de 25 points de base lors de la prochaine réunion du comité de politique monétaire de la Réserve fédérale prévue les 28 et 29 juillet, alors que cette éventualité n’était créditée que de 12 % une semaine plus tôt.

André Dragosch, responsable de la recherche pour l’Europe chez Bitwise, met en garde contre les effets en cascade d’un pétrole durablement cher, estimant qu’un tel choc pourrait propulser le rendement du titre souverain américain à 10 ans au-delà du seuil des 5 %. Selon lui, cette situation contraindrait les grands pays importateurs de brut, au premier rang desquels figure le Japon, à liquider massivement leurs portefeuilles de bons du Trésor américain afin de générer les liquidités nécessaires au paiement de leur facture énergétique en dollars.

De son côté, Jurrien Timmer, directeur de la recherche macroéconomique globale chez Fidelity Investments, souligne la complexité de l’environnement actuel pour les gérants de portefeuilles. La corrélation restant positive entre le marché des actions et celui des obligations, l’élévation des primes de terme prive les investisseurs des mécanismes de diversification traditionnels pour éponger un mouvement global de fuite loin du risque.
À long terme, la trajectoire du bitcoin demeure étroitement conditionnée par la durée et la sévérité des perturbations maritimes dans les détroits stratégiques d’Hormuz et de Bab el-Mandeb, passage obligé vers le canal de Suez. Les équipes de recherche de JPMorgan estiment que chaque mois supplémentaire de contraintes sur l’approvisionnement pétrolier ajoutera entre 7 $ et 8 au baril de Brent, portant la moyenne mensuelle du cours vers les 114 si le conflit venait à se prolonger pendant au moins trois mois. Les analystes de Goldman Sachs adoptent une posture tout aussi prudente, avertissant que le Brent pourrait dépasser les 120 $ au cours du quatrième trimestre si les flux maritimes ne retrouvaient pas leur cours normal.
Dans ce contexte d’incertitude majeure, Binance Research rappelle que le Bitcoin a terminé le premier semestre de l’année 2026 autour des 59 500 $, soit environ 53 % en dessous de son sommet établi au-delà des 120 000 $ en octobre 2025. Bien que Binance Research suggère que ces niveaux de valorisation placent historiquement le bitcoin dans une zone potentielle de points bas à l’approche du quatrième trimestre, la firme précise que ce signal technique reste à confirmer. La capacité du bitcoin à préserver ses supports dépendra donc de l’issue des décisions de la Fed des 28 et 29 juillet et de la stabilisation du front géopolitique au Moyen-Orient.
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Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
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