Le marché des métaux précieux rebondit après un rapport sur l’emploi américain catastrophique
Les marchés n’ont pas attendu longtemps pour réagir. Face à des indicateurs économiques américains plus faibles, les investisseurs ont immédiatement renforcé leurs positions sur l’or, relançant la hausse du métal précieux. Derrière ce mouvement se dessine un changement de perspective majeur : les attentes autour des prochaines décisions de la Réserve fédérale évoluent, fragilisant le dollar et rebattant les cartes pour l’ensemble des actifs financiers. Des métaux précieux aux cryptos, cette nouvelle lecture de la conjoncture américaine pourrait redéfinir les stratégies des investisseurs dans les semaines à venir.

En bref
- Les métaux précieux repartent à la hausse après des chiffres de l’emploi américain plus faibles que prévu, relançant les anticipations autour de la Réserve fédérale.
- L’argent surperforme l’or grâce à une demande industrielle soutenue, tandis que les grandes banques revoient leurs prévisions pour les prochains mois.
- Les achats des banques centrales et les tensions géopolitiques continuent de renforcer l’attrait des métaux précieux comme valeurs refuges.
La hausse du cours de l’or
Ce vendredi 3 juillet, les métaux précieux ont enregistré leur plus forte performance hebdomadaire en plus d’un mois, propulsés par un rapport sur l’emploi américain particulièrement décevant. Le Bureau of Labor Statistics a annoncé des indicateurs macroéconomiques très éloignés des attentes des investisseurs :
- Les créations d’emplois non-agricoles : seulement 57 000 postes créés en juin, contre les 110 000 initialement anticipés par le consensus des économistes ;
- Le taux de chômage global : une remontée technique qui s’établit désormais à 4,2 %, confirmant l’essoufflement de la croissance des salaires privés ;
- Le cours de l’or au comptant : une clôture de séance établie à 4 174,21 dollars l’once le vendredi, progressant jusqu’à 4 187 dollars le samedi 4 juillet.
La réaction des opérateurs de marché ne s’est pas fait attendre face à cette dégradation de l’emploi, modifiant en profondeur les anticipations monétaires. Ainsi, la probabilité d’une hausse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale lors de sa réunion de septembre, mesurée par le CME FedWatch Tool, a chuté, passant de 66 % à une fourchette comprise entre 53 % et 54 % dans les jours qui ont suivi la publication.
Ce recul des anticipations de resserrement monétaire a mécaniquement affaibli le dollar et fait baisser les rendements réels, créant un environnement hautement favorable pour l’or qui ne génère aucun intérêt par lui-même. Face à cette nouvelle donne économique, les analystes restent prudents mais optimistes, à l’image des stratèges de la banque OCBC qui décrivent désormais leurs perspectives à court terme sur l’or comme étant « prudemment constructives ».
La ruée sur l’argent et le grand virage des prévisions bancaires
Au-delà du sursaut de l’or, c’est le marché de l’argent qui a véritablement volé la vedette en affichant une progression spectaculaire de 7 % pour s’établir au-dessus des 62,4 dollars l’once, après être parti de 58,3 dollars. Cette surperformance s’explique par la double identité de l’argent, recherché à la fois comme réserve de valeur et comme composant industriel indispensable.
La demande structurelle de long terme reste portée par l’essor massif de l’électronique, des véhicules électriques et de l’industrie des panneaux solaires, ce qui a permis de compenser le repli des prix subi au deuxième trimestre. Ce mouvement asymétrique a provoqué un resserrement notable du ratio or/argent, qui mesure le nombre d’onces d’argent nécessaires pour acheter une once d’or, le ramenant à 66,9 pour 1 à la fin de la période.
Un tel rebond en ce début de mois intervient après une période catastrophique en juin où l’or avait chuté de 10 % (soit -9,48 % en euros pour s’établir à 3 532,46 euros), glissant à 22 % sous son sommet historique du début d’année 2026 situé au-dessus des 5 300 dollars. Ce plongeon avait été provoqué par le ton restrictif du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, des prises de bénéfices massives (l’or affichant +26 % sur un an glissant), et la signature de l’accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran qui avait temporairement atténué les tensions géopolitiques.
Face à une telle volatilité, les grandes banques d’affaires ont massivement révisé leurs prévisions de fin d’année. Goldman Sachs a abaissé son objectif de 5 400 à 4 900 dollars, UBS est passée de 5 900 à 5 500 dollars, et JPMorgan a ramené sa prévision à 4 500 dollars pour le quatrième trimestre, loin des 6 000 dollars qu’elle anticipait encore le 9 juin. JPMorgan précise d’ailleurs que « les risques pesant sur ses prévisions penchaient vers le bas », tout en maintenant une vision haussière à long terme pour 2027.
Une accumulation institutionnelle et les perspectives géopolitiques des métaux précieux
La pérennité de ce rebond s’appuie sur des facteurs structurels importants, au premier rang desquels figure l’appétit insatiable des institutions pour les actifs tangibles de réserve. Selon la dernière enquête du World Gold Council, une proportion record de 45 % des banques centrales interrogées prévoit d’augmenter ses avoirs en métal jaune au cours des douze prochains mois, tandis que 9 institutions sur 10 s’attendent à une hausse globale de la part de l’or dans les réserves mondiales.
Les propriétés plébiscitées, grâce aux données on-chain collectées, sont sa performance en temps de crise pour 49 % des répondants, sa capacité à être une réserve de valeur à long terme pour 48 %, et le fait qu’il ne présente aucun risque de défaut pour 29 % d’entre eux. Parallèlement, l’or s’enracine chez les investisseurs privés de premier plan. Une enquête de JPMorgan menée auprès de 330 Family Offices gérant chacun 1,2 milliard de dollars révèle que 28 % de ces entités détiennent de l’or, une allocation qui double immédiatement chez ceux citant le risque géopolitique comme préoccupation majeure.
L’évolution à venir des métaux précieux dépendra désormais étroitement des prochaines données sur l’inflation, qui détermineront si ce rebond s’installe ou s’il cède la place à une phase de consolidation. Pour les observateurs comme l’économiste Peter Schiff, l’affaiblissement des monnaies nationales face à l’or montre que les investisseurs qui fuient vers le dollar font fausse route, arrivant à la conclusion qu’ils sautent « de la poêle à frire directement dans le feu ».
Dans un contexte où la confiance envers les banques centrales s’érode et où les accords diplomatiques restent fragiles, cette quête d’actifs non confiscables offre une perspective particulièrement stimulante pour l’ensemble des marchés alternatifs, y compris le secteur des cryptos, malgré la volatilité actuelle du marché.
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Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
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