Le Scudo de Tether veut rendre l’or aussi accessible que le Bitcoin
Tether vient de lancer “Scudo”, une unité minuscule indexée sur son or tokenisé XAUT. L’ambition tient en une phrase : rendre l’or aussi maniable que le Bitcoin. Pas en changeant la nature du métal, mais en changeant son format mental.

En bref
- Tether lance Scudo, une micro-unité liée à son or tokenisé XAUT, pour faciliter les achats d’or en très petites fractions.
- L’idée est de rendre l’or aussi simple à utiliser “onchain” que le Bitcoin, avec un format proche de la logique des satoshis.
- Ce lancement arrive alors que l’or attire fortement les institutionnels et que la demande pour des actifs tokenisés progresse.
Scudo, ou l’art de découper l’or en pixels
Scudo représente un millième d’once troy d’or. En pratique, c’est aussi 1/1 000 d’un token XAUT. Tether présente cela comme une solution d’ergonomie. Plutôt que d’afficher des prix en XAUT avec des décimales interminables, on parle en unités plus lisibles. Le clin d’œil est assumé : “comme les sats” pour le Bitcoin.
Ce détail de vocabulaire n’est pas sans importance. Dans la finance, les unités comptent autant que les actifs. Un actif peut être solide, mais paraître réservé à une élite si l’unité de base semble trop chère. Bitcoin a gagné beaucoup de terrain grâce à la divisibilité et à la simplicité du récit. On peut acheter “un peu” de Bitcoin, sans même prononcer le mot “millième”.
Tether s’appuie sur un argument concret. XAUT serait adossé à plus de 1 300 lingots gardés en conservation, pour une capitalisation évoquée autour de 2,3 milliards de dollars. L’or est déjà fractionnable avec un token. Scudo pousse le curseur vers des transactions encore plus petites, pensées pour la vie onchain.
Au fond, c’est une démarche d’interface. On ne change pas le moteur, on change le tableau de bord. Et dans le monde crypto, l’interface finit souvent par décider qui s’impose. Les stablecoins l’ont prouvé. Ils ne sont pas “plus beaux” que les virements. Ils sont juste plus pratiques à brancher partout.
Un marché de l’or sous tension, et une demande qui se professionnalise
Si Tether accélère, c’est aussi parce que l’or a changé d’allure. 2025 a été une année de rupture, avec une hausse autour de 64% et un record vers 4 549,71 dollars l’once. Morgan Stanley évoque même une trajectoire vers 4 800 dollars au quatrième trimestre 2026. L’or ne joue plus seulement le rôle du refuge discret. Il est redevenu un actif de tendance.
Le récit macro se nourrit de plusieurs ingrédients. Dé-dollarisation affichée par certains États. Achats agressifs de banques centrales. Et inquiétude persistante sur l’inflation, même quand les indicateurs se calment par moments. Investopedia notait fin 2025 que la demande d’investissement pouvait rester forte en 2026 si l’économie mondiale ralentit.
Dans la foulée, l’argent métal a aussi flambé. Reuters parle d’un bond d’environ 147% en 2025, avec des prix autour de 80 dollars l’once début janvier. Quand tout le complexe des métaux s’anime, la tokenisation cesse d’être un thème marginal. Elle devient une façon de gérer, déplacer et “programmer” l’exposition, comme on le fait déjà avec Bitcoin et les stablecoins.
Cette professionnalisation change aussi les attentes. Les institutionnels veulent des produits simples à intégrer. Ils veulent des unités de compte claires. Ils veulent des rails compatibles avec leurs systèmes. Scudo s’inscrit pile dans cette logique : rendre l’or “découpable” sans prise de tête, pour des montants qui ressemblent aux usages numériques.
Bitcoin comme mètre étalon, et les limites du “paiement en or”
Paolo Ardoino, le patron de Tether, a présenté l’or comme une “réserve de valeur ultime” aux côtés de Bitcoin. Le parallèle est habile. Bitcoin est numérique par nature. L’or, lui, doit être traduit pour circuler sur des rails modernes. Scudo ressemble à un traducteur, avec un langage calibré pour les applications et les portefeuilles.
Mais le match ne se joue pas seulement sur la philosophie. Il se joue sur la friction. Bitcoin se transfère sans dépositaire. L’or tokenisé repose sur une promesse de garde, de transparence et de rachat. Même si la blockchain apporte de la traçabilité, l’utilisateur doit encore faire confiance à l’émetteur et aux acteurs qui relient le token au lingot.
C’est là que Scudo peut surprendre, ou décevoir. Surprendre, si des apps s’en servent comme unité de compte pour des paiements en petites tranches, du collatéral DeFi, ou des règlements transfrontaliers. Décevoir, si les coûts de réseau, la conformité et l’accès aux sorties fiat limitent l’usage à une niche d’investisseurs déjà convaincus.
Reste un point intéressant pour les observateurs de Bitcoin. Quand un géant des stablecoins emprunte le vocabulaire des sats, il admet implicitement que Bitcoin sert de standard culturel. Le produit “or” s’habille en code crypto pour rester dans la course. Et si Scudo trouve son public, ce ne sera pas parce que l’or est nouveau. Ce sera parce que son format devient, enfin, aussi fluide que le Bitcoin.
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Fasciné par le bitcoin depuis 2017, Evariste n'a cessé de se documenter sur le sujet. Si son premier intérêt s'est porté sur le trading, il essaie désormais activement d’appréhender toutes les avancées centrées sur les cryptomonnaies. En tant que rédacteur, il aspire à fournir en permanence un travail de haute qualité qui reflète l'état du secteur dans son ensemble.
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