L’informatique quantique vise le Bitcoin… mais aussi les applications de messagerie
Longtemps cantonnée aux spéculations sur le bitcoin, l’informatique quantique s’invite désormais dans un champ bien plus sensible : celui des messageries chiffrées. Derrière le débat sur la sécurité des blockchains, une autre menace prend forme, plus immédiate : celle de données privées interceptées aujourd’hui, puis déchiffrées demain. Chercheurs et industriels alertent sur ce basculement, qui déplace la ligne de front vers des outils comme Signal ou Threema.

En bref
- Le quantique ne menace plus seulement le Bitcoin, mais aussi les messageries chiffrées.
- Des données captées aujourd’hui pourraient être déchiffrées plus tard.
- Signal et Threema apparaissent comme des cibles plus exposées à court terme.
- IBM et plusieurs acteurs du secteur travaillent déjà sur des protections post-quantiques.
Une menace plus immédiate pour Signal que pour le bitcoin
L’informatique quantique est souvent présentée comme une menace pour le bitcoin. En effet, le cryptographe Ethan Heilman explique que le risque à court terme serait plus marqué pour des applications comme Signal que pour le bitcoin, non pas parce qu’une attaque quantique serait déjà possible, mais parce que certaines communications peuvent être interceptées aujourd’hui, conservées, puis attaquées plus tard.
Le sujet n’est plus seulement la solidité future d’un réseau monétaire décentralisé, mais la vulnérabilité potentielle de conversations privées déjà échangées. Dans ce cadre, l’on rappelle que Signal et Threema, lancées respectivement en 2014 et 2012, reposent sur un chiffrement de bout en bout et stockent les clés sur les appareils des utilisateurs. L’enjeu porte donc sur des données sensibles susceptibles d’être récoltées aujourd’hui dans l’attente de capacités de calcul plus avancées.
Ethan Heilman formule l’alerte en des termes directs. Il déclare : « la menace à court terme est bien plus importante pour une application comme Signal que pour le bitcoin, en raison des attaques consistant à stocker des messages chiffrés aujourd’hui pour tenter de les exploiter plus tard ».
Il ajoute : « en théorie, quelqu’un pourrait enregistrer des communications dès aujourd’hui, puis les attaquer plus tard une fois en possession d’un ordinateur quantique ».
- Le raisonnement repose sur la logique du « collecter aujourd’hui, déchiffrer plus tard ». Même sans ordinateur quantique opérationnel à ce jour pour casser ces systèmes, la valeur d’une interception peut déjà exister. Des acteurs malveillants pourraient accumuler des données en pariant sur des capacités futures de déchiffrement. C’est ce qui rend les messageries plus exposées à court terme ;
- Les messageries chiffrées sont utilisées par des particuliers, des journalistes, des gouvernements et des responsables politiques. Cela donne à cette alerte une portée plus large qu’un simple débat technique sur le bitcoin et les blockchains.
IBM, Signal et Threema passent à la phase d’adaptation
La seconde dimension ne porte pas sur l’alerte elle-même, mais sur les réponses déjà engagées. Dans un billet publié le 9 mars 2026, IBM Research indique que ses chercheurs travaillent avec Signal et Threema pour préparer des systèmes de communication résistants à de futures machines quantiques.
IBM rappelle qu’en 2024, le NIST a publié un premier ensemble de trois standards de cryptographie post-quantique. Le groupe explique aussi que le sujet ne se limite pas au chiffrement des messages, mais il concerne aussi les briques plus fines du protocole, comme certaines métadonnées liées aux groupes de discussion.
Signal avait déjà commencé cette transition. Dans un billet consacré à PQXDH, l’entreprise explique avoir ajouté un mécanisme post-quantique pour protéger les nouvelles sessions de discussion face au risque de déchiffrement futur. Puis, le 2 octobre 2025, Signal a annoncé SPQR, présenté comme une nouvelle étape destinée à renforcer la résistance du protocole contre les menaces quantiques tout en conservant les garanties de la confidentialité persistante et la sécurité après compromission.
IBM ajoute que l’adaptation de ces protections à grande échelle pose un problème d’efficacité très concret. Une simple transposition des composants actuels vers des équivalents post-quantiques pourrait entraîner « une hausse pouvant aller jusqu’à cent fois de la bande passante de Signal ». C’est ce constat qui pousse les équipes à revoir les protocoles en profondeur.
À mesure que Signal, Threema et IBM accélèrent sur le post-quantique, une question s’impose : et si la peur quantique n’était qu’un prétexte pour repenser plus largement la sécurité des communications ? Derrière l’alerte technologique, c’est peut-être toute l’architecture de la confidentialité numérique qui entre dans une nouvelle phase.
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Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
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