L’Union européenne s’impatiente face aux retards sur la régulation crypto
Dans les couloirs de Bruxelles, le murmure est devenu un aveu : oui, l’UE a pris du retard sur la régulation crypto. Les barons européens le savent, et l’atmosphère s’alourdit. Entre le décalage des États membres et la lente application du cadre MiCA, la patience s’amenuise. Derrière les communiqués feutrés, un message émerge : il faut agir, et vite. Car plus l’Union temporise, plus l’écosystème crypto gagne du terrain, parfois loin des garde-fous communautaires.

En bref
- Douze pays de l’UE n’ont pas appliqué la directive fiscale sur les actifs crypto.
- La Commission européenne leur accorde deux mois avant une procédure judiciaire.
- MiCA impose un cadre unique aux entreprises crypto opérant dans l’Union européenne.
- La Hongrie est critiquée pour une loi nationale incompatible avec la réglementation MiCA.
Crypto : Bruxelles passe à l’action, douze pays sous pression fiscale
Mis à part le fait que l’UE a récemment brandit son bazooka contre les USA dernièrement, il faut aussi noter que la Commission européenne a décidé de hausser le ton. Douze États membres, dont la Belgique, l’Espagne, la Grèce ou encore les Pays-Bas, sont désormais dans le viseur. Leur faute ? Ne pas avoir transposé à temps la Directive (UE) 2023/2226, un texte essentiel imposant aux plateformes et prestataires crypto de déclarer les transactions et les identités de leurs clients.
L’objectif est limpide : accroître la transparence fiscale et lutter contre l’évasion dans un marché devenu tentaculaire. Cette directive, inspirée du modèle de l’OCDE, marque un pas décisif vers une fiscalité crypto harmonisée.
Dans son communiqué officiel, la Commission européenne précise que les États membres ont deux mois pour notifier les mesures transposant intégralement la directive. Passé ce délai, elle se réserve le droit d’émettre un avis motivé afin d’engager une procédure formelle contre les pays concernés.
Autrement dit, la machine juridique de l’UE s’apprête à se mettre en marche. Ce n’est plus une menace symbolique : c’est une mise en demeure collective. Bruxelles veut éviter que certains États fassent de leur lenteur un avantage compétitif pour attirer les sociétés crypto récalcitrantes.
MiCA et fiscalité, le tandem de l’unification européenne
L’UE tente désormais de bâtir une architecture cohérente entre MiCA, le règlement phare des marchés crypto, et le nouveau cadre fiscal. L’un régule, l’autre collecte : ensemble, ils forment les deux jambes du projet européen de souveraineté financière.
Depuis 2023, MiCA fixe les règles du jeu : immatriculation obligatoire des émetteurs de tokens, obligations de réserve pour les stablecoins et encadrement des prestataires de services. Parallèlement, la directive fiscale impose un reporting automatisé entre les administrations nationales.
Dans les faits, cela signifie que les entreprises crypto opérant dans un pays devront rendre des comptes à l’ensemble des 27. Un modèle inspiré de la coopération bancaire internationale, appliqué au monde numérique.
La Commission le martèle dans son paquet d’infractions de janvier :
La mise en œuvre rapide et complète des règles de la directive par tous les États membres est essentielle pour renforcer la transparence fiscale et lutter contre la fraude, l’évasion et l’évitement fiscaux sur les revenus d’investissement.
Derrière la technicité du texte se cache un enjeu politique majeur : redonner à l’Europe un pouvoir fiscal commun, capable de rivaliser avec les États-Unis et leurs géants du Web3.
Hongrie, fronde crypto et Europe à deux vitesses
La Hongrie fait figure d’exception – ou d’avertissement. En modifiant sa loi nationale sur les cryptos, Budapest a imposé un régime d’« autorisation pénale » pour certaines plateformes. Résultat : plusieurs acteurs ont suspendu leurs services, dénonçant un cadre trop répressif.
Pour Bruxelles, cette loi est une entorse directe au règlement MiCA, qui prévoit une application uniforme sur tout le territoire de l’Union. Le message de la Commission est sans détour : aucune initiative nationale ne doit contredire la logique du marché unique.
Cet épisode illustre une fracture persistante entre les États « prudents » et ceux plus interventionnistes. Pourtant, l’enjeu dépasse la simple régulation : il s’agit de préserver la cohérence du bloc européen face à la montée des risques financiers et à la compétition mondiale.
Les faits à retenir
- 12 États rappelés à l’ordre pour non-transposition de la directive crypto ;
- Délai de deux mois avant procédure judiciaire européenne ;
- Objectif : harmoniser la fiscalité et le reporting crypto à l’échelle de l’UE ;
- Le règlement MiCA sera pleinement effectif au 1er juillet 2026 ;
- Bruxelles vise une supervision commune du marché des actifs numériques.
Si l’UE serre la vis sur la régulation crypto, c’est aussi pour préparer le terrain à sa propre innovation monétaire. Le projet d’euro numérique avance discrètement, perçu par les banquiers centraux comme un bouclier stratégique face aux tensions géopolitiques. Demain, cette monnaie digitale pourrait devenir l’arme économique douce de l’Europe, capable d’assurer sa résilience face aux crises mondiales — un prolongement logique de la quête d’autonomie financière entamée avec la régulation crypto.
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