la crypto pour tous
Rejoindre
A
A

Minage en France : Miner chez soi coûte plus que ça ne rapporte

16h15 ▪ 12 min de lecture ▪ par Sebastien L.
S'informer Minage
Résumer cet article avec :

70 cartes graphiques série 3000, entassées dans un garage, à miner de l’ether. Le 15 septembre 2022, j’ai tout débranché : Ethereum passait en preuve d’enjeu, mon rig n’avait plus rien à sécuriser. Je l’ai écoulé lot par lot, sur deux ans. D’abord le silence. Puis l’hiver, sans le chauffage gratuit des GPU. Quatre ans après, le minage en France a quasiment disparu des foyer et pourtant les boutiques françaises n’ont jamais autant vendu de machines.

Un mineur solitaire contemple la dernière machine Bitcoin active dans une ferme française désertée.

En bref

  • En septembre 2026, miner un Antminer S21 Pro chez soi en France coûte 16,86 € d’électricité par jour (tarif réglementé, 0,2001 €/kWh) pour environ 8 € produits : une perte d’environ 9 € par jour et par machine.
  • Les boutiques françaises :  Happy Mining, La Mine Française, Blobb  vendent les machines en France et les branchent à l’étranger, où le kilowattheure descend sous 0,07 $, contre 0,20 € ici.
  • Meria (ex-Just Mining) et Feel Mining ont obtenu l’agrément MiCA en 2026 : les deux enseignes historiques du minage français ont survécu en devenant des prestataires crypto régulés, pas des mineurs.

Ce jour-là, de l’ordre de 1 PH/s de puissance de calcul GPU s’est retrouvé sans blockchain à sécuriser. Quatre ans après, le minage domestique n’a pas totalement disparu en France. Mais il a changé de nature : ce qui était encore une activité spéculative à grande échelle est devenu une pratique de niche.

Ce que le minage rapportait en France entre 2020 et 2022

À l’époque, l’ether se minait sur l’algorithme Ethash, accessible à n’importe quelle carte grand public. Une RTX 3080 tournait autour de 100 MH/s pour environ 230 W et rapportait plusieurs dollars par jour au pic de 2021, avec un ether au-dessus de 4 000 $ et des frais de réseau qui gonflaient la récompense de bloc.

Le kilowattheure français se situait alors entre 0,15 et 0,17 € TTC. Même à ce tarif, l’électricité pesait 10 à 20 % du revenu : la marge absorbait tout, y compris une carte graphique payée le double de son prix public. Ce point est souvent oublié, en France, on minait déjà avec une électricité chère, et le modèle ne tenait que par le prix de l’ether.

Cette période a laissé des traces concrètes : pénurie de cartes, versions bridées « LHR » de Nvidia, rigs de garage, communautés de mineurs, boutiques françaises et premiers hébergeurs. Beaucoup de ces acteurs sont encore là. Leur métier, lui, a changé.

Le Merge, puis l’effondrement

Le 15 septembre 2022, Ethereum abandonnait le Proof-of-Work. Pour les mineurs GPU, c’était un séisme : la plus grosse source de revenus du secteur disparaissait en quelques heures. Le report sur les autres chaînes minables : Ethereum Classic, Ravencoin, Ergo, Flux ; a fait exploser leurs difficultés et effondré les revenus par carte. Le marché de l’occasion s’est écroulé, les rigs ont été bradés, les hébergeurs GPU ont fermé ou pivoté.

Kaspa a offert un sursis au GPU en 2023, avant que les ASIC dédiés (IceRiver, Bitmain série KS) ne referment la porte. Le minage sur processeur, lui, est resté une niche. Monero en est devenu le principal représentant, grâce à RandomX, un algorithme conçu pour favoriser les CPU et résister aux ASIC. D’autres projets ont tenté de maintenir un minage accessible aux processeurs, mais rares sont ceux qui ont réussi à conserver dans la durée une communauté de mineurs, une liquidité et une capitalisation comparables.

En 2026, le minage en France est structurellement déficitaire

Le calcul est simple à poser. Un Antminer S21 Pro, machine de référence aujourd’hui, affiche 234 TH/s pour 3 510 W, soit environ 84 kWh par jour de consommation.

Au tarif réglementé de vente, le kWh en option Base est actuellement facturé 0,2001 € TTC pour un compteur de 3 à 6 kVA (grille CRE du 1er août 2026). L’électricité d’une seule machine revient donc à 16,86 € par jour à domicile.

En face, avec un hashprice de 39,63 $ par PH/s et par jour au 6 septembre 2026, la même machine produit environ 9 $ par jour, soit un peu plus de 8 €. Résultat : une perte de l’ordre de 8 à 9 € par jour et par machine, avant même de compter l’usure et l’abonnement.

Autrement dit, le tarif domestique français condamne le minage Bitcoin à domicile. Ce n’est pas une opinion de marché, c’est une soustraction.

Les acteurs français vendent ici et branchent ailleurs

D’où le modèle qui a remplacé le minage domestique : vendre la machine en France, la faire tourner à l’étranger. Les offres publiques des boutiques françaises le disent ouvertement.

  • Happy Mining : hébergement aux États-Unis annoncé autour de 0,07 $/kWh.
  • Blobb (Florent Gabriel) : machines hébergées et branchées aux États-Unis, Islande, Kazakhstan, Finlande.
  • La Mine Française : annonce 14 datacenters dans 8 pays (Norvège, Éthiopie, Paraguay, Dubaï…) et met en avant 0,0507 €/kWh contre 0,20 € en France.

La logique est arithmétique : à 0,05 €/kWh hors taxe, la même machine qui perd de l’argent en France redevient bénéficiaire. Le savoir-faire, la vente et le service après-vente restent français ; la puissance de calcul, elle, est expatriée.

Le risque que l’hébergement « clé en main » passe sous silence

Ce modèle a pourtant un angle mort : le propriétaire français reste dépendant d’une infrastructure qu’il ne contrôle pas physiquement.

Les témoignages disponibles en ligne montrent que le risque n’est pas théorique : machines immobilisées pendant plusieurs mois à la suite d’un différend entre hébergeur et datacenter. On trouve aussi des incidents électriques ou techniques, périodes d’arrêt pendant lesquelles la machine continue de perdre de la valeur sans produire de revenus.

À cela peuvent s’ajouter des frais moins visibles : remise en route après une période d’arrêt, transport de la machine vers un autre site ou retour en France, auxquels peuvent s’ajouter, selon le pays d’origine, les formalités douanières.

Le propriétaire possède la machine, mais ne possède ni la prise électrique, ni le datacenter, ni l’infrastructure réseau qui la fait travailler. C’est toute l’ambiguïté du modèle : l’hébergement transforme une dépense d’électricité française impossible à rentabiliser en une prestation industrielle à distance. Mais il transforme aussi un problème que le mineur pouvait autrefois résoudre lui-même : panne, redémarrage, déplacement de la machine, en une question contractuelle avec un tiers.

Ce qui reste du minage en France

Quatre usages survivent sur le sol français, mais aucun n’est du minage industriel rentable.

Le chauffage-minage d’abord : c’est le seul cas où le kilowattheure français n’est pas un coût pur, puisque la chaleur de la machine remplace celle d’un radiateur. Un S21 Pro qui tourne 24 heures transforme environ 84 kWh d’électricité en chaleur. Dans une maison chauffée électriquement, cette chaleur n’est plus seulement une externalité du minage : elle peut remplacer une partie de la consommation du chauffage. La société La Mine Française propose ce mode de location d’ASIC.

Le hobby en solo ensuite, avec des appareils comme le Bitaxe ou le NerdQaxe, vendus notamment par les boutiques françaises. À une quinzaine de watts, c’est un ticket de loterie, pas une activité de minage.

L’industriel, enfin : il n’existe pas, à ma connaissance, de filière française de minage industriel comparable aux grandes installations nord-américaines, scandinaves ou éthiopiennes. En France, selon Cambridge CBECI, la part estimée du hashrate mondial de Bitcoin en 2022 était de 0,21 %.

Une loi pour faire miner EDF, toujours en attente

Le sujet a une actualité politique. Le 11 juillet 2025, le député Aurélien Lopez-Liguori (RN, Hérault) a déposé la proposition de loi n° 1750, cosignée par 76 autres élus RN et UDR, pour autoriser à titre expérimental, sur cinq ans, l’usage des surplus électriques au minage de cryptoactifs,  matériel installé sur d’anciens sites industriels ou près des centrales d’EDF.

Le texte s’appuie sur une estimation de l’Adan : dédier un gigawatt au minage représenterait 100 à 150 millions de dollars de recettes annuelles. Il a été renvoyé à la commission des finances, après un premier amendement rejeté en juin 2025. Le texte n’a pas été adopté et reste, à ce stade, une proposition parlementaire.

MiCA a trié les boutiques historiques, mais pas comme on le croit

La bascule réglementaire de l’été 2026 a rebattu les cartes. La période transitoire du régime français PSAN a pris fin le 1er juillet 2026 ; tous les prestataires sans agrément MiCA à cette date ont été radiés d’office le 2 juillet 2026.

Deux boutiques de minage historiques ont franchi l’obstacle, et non l’inverse. Meria (ex-Just Mining), fondée en Moselle, a obtenu l’agrément PSCA n° A2026-020 le 22 juin 2026. Feel Mining, via sa société mère Blockchain Process Security, figure elle aussi sur la liste blanche de l’AMF après un agrément obtenu en juillet 2026. Leur activité actuelle dépasse largement le seul matériel de minage : elles opèrent désormais comme prestataires de services sur actifs numériques régulés.

Le contexte mondial ne laisse aucune marge

Même hors de France, l’équation se resserre. La difficulté du réseau Bitcoin est à 127,45 T au 6 septembre 2026, en repli d’environ 13 % sur l’année mais encore proche de son record d’octobre 2025 (~156 T). Le hashrate mondial frôle 1 ZH/s (~934 EH/s). Le BTC évolue autour de 79 000 $, après le halving de 2024 qui a divisé la récompense de bloc.

Surtout, l’intelligence artificielle capte l’énergie et les sites qui servaient au minage. Exemple daté : le 1er septembre 2026, le mineur coté Hyperscale Data a éteint l’intégralité de ses machines Bitcoin sur son site du Michigan pour libérer 20 MW au profit d’un client de cloud IA. Le cas illustre une tendance plus large : les infrastructures capables de fournir beaucoup d’électricité et de puissance informatique deviennent elles-mêmes un actif recherché par les acteurs de l’IA.

Ce que le lecteur français ignore : la fiscalité

Un dernier point, spécifiquement français. Le minage n’est pas fiscalement traité comme une simple plus-value sur cryptomonnaies : les revenus issus de l’activité de minage relèvent des bénéfices non commerciaux (BNC). La plupart des lecteurs qui se lancent l’ignorent.

Il reste néanmoins une exception : le spec mining. Certains mineurs français continuent de prendre le risque de miner de nouveaux projets avant l’arrivée des ASIC ou d’une concurrence massive. La fenêtre peut être rentable quelques semaines  ou ne rien valoir du tout quelques mois plus tard. Dans ce marché, la ressource rare n’est plus l’électricité. C’est l’information.

Cet article est une analyse éditoriale et ne constitue pas un conseil en investissement. Le minage de cryptoactifs comporte des risques, notamment de perte en capital et de dépendance au prix du bitcoin et au coût de l’électricité.

Maximisez votre expérience Cointribune avec notre programme 'Read to Earn' ! Pour chaque article que vous lisez, gagnez des points et accédez à des récompenses exclusives. Inscrivez-vous dès maintenant et commencez à cumuler des avantages.



Rejoindre le programme
A
A
Sebastien L. avatar
Sebastien L.

Spécialisé dans le mining et le Proof of Work, les altcoins, les marchés crypto et la couverture d'événements du secteur (salons, conférences Web3). Passionné par l'adoption de la blockchain et la réglementation, je m''attache à décrypter ce que chaque actualité change concrètement pour le lecteur, avec un regard technique et précis sur le matériel comme sur les marchés.

DISCLAIMER

Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.