Première décision, déjà un séisme : Warsh secoue les marchés
Ce mercredi 17 juin, un tournant macroéconomique a eu lieu, symbolisé par la capitulation de l’or qui a perdu plus de 40 dollars l’once, et par la baisse du bitcoin sous le seuil des 65 500 dollars. Cette réaction suit les prévisions de la Fed, dont le ton restrictif a surpris les investisseurs qui espéraient un assouplissement.

En bref
- La décision de la Fed a pris les marchés à contre-pied avec des projections de taux plus élevées que prévu, renforçant les craintes d’un resserrement monétaire prolongé.
- Le durcissement du discours de Kevin Warsh a provoqué une onde de choc sur les actifs financiers, entraînant une forte correction de l’or et un rebond des rendements obligataires américains.
- La baisse des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et le recul du pétrole ont accentué le désengagement des investisseurs des métaux précieux au profit des obligations d’État.
- Malgré un environnement défavorable aux actifs risqués, le bitcoin a limité ses pertes grâce à une accumulation soutenue des investisseurs institutionnels observée sur les données on-chain.
Le verdict de la Fed et le choc des projections monétaires
La réunion du Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine s’est conclue par l’absence de changement de la fourchette cible des taux fédéraux, qui reste à 3,50 % – 3,75 %, adoptée à l’unanimité (12-0).
Cependant, la sortie du graphique des projections économiques a révélé une posture agressive et un biais restrictif qui ont immédiatement fait tanguer les marchés.
Voici les points de vue des 18 responsables de la Fed :
- 9 participants projettent désormais des hausses de taux d’ici la fin de l’année 2026, dont 1 prévoit une augmentation de 75 points de base, 5 anticipent 50 points de base et 3 misent sur 25 points de base ;
- 8 membres préconisent un statu quo pour maintenir les taux inchangés à leur niveau actuel ;
- 1 seul dissident entrevoit une unique baisse des taux d’ici la fin de l’année.
Cette inflexion résulte d’une inflation qui demeure bien au-dessus de l’objectif historique des 2 % (l’indice CPI énergétique grimpe à 4,2 %, du jamais depuis trois ans) et d’une projection médiane des taux pour la fin de l’année qui passe de 3,4 % en mars à 3,8 %.
Avant l’annonce, l’experte de chez Guggenheim Patricia Zobel avait d’ailleurs prévenu les investisseurs en signalant que « plusieurs membres feraient des hausses de taux leur scénario de base » une crainte matérialisée par le durcissement du discours de Jerome Powell.
Le mécanisme financier de la capitulation de l’or
Ce changement de situation s’est immédiatement répercuté sur les actifs de réserve traditionnels, dont le premier est l’or, dont le cours a chuté de plus de 2 % pour clôturer à environ 4 260,10 dollars l’once. En macroéconomie, la perspective d’une situation de taux d’intérêt durablement élevés augmente le coût d’opportunité de la détention de métaux précieux, qui ne distribuent ni dividendes ni coupons.
Ainsi, les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans se tendent et flirtent avec les 4,45 %, entraînant le taux de rendement réel au-dessus de la ligne zéro avec un taux de l’ordre de 0,25 % quand on l’ajuste à l’inflation de 4,2 %. Cette hausse des rendements réels et le raffermissement de l’indice du dollar américain (DXY), qui a grimpé de 35 points après le communiqué de la Fed, ont pesé lourdement sur les matières premières.
Par ailleurs, le désengagement massif des investisseurs envers les métaux précieux a été accéléré par la baisse de la prime de risque géopolitique au Moyen-Orient. Un projet d’accord intérimaire entre les États-Unis et l’Iran pour libérer le détroit d’Hormuz a fait tomber le pétrole (Brent) sous les 80 dollars le baril, privant l’or de ses derniers soutiens de court terme. La dynamique haussière de l’actif a été brisée par l’effet entre un dollar fort et la diminution des tensions énergétiques mondiales, poussant les gestionnaires de fonds à liquider leurs positions afin de se tourner vers les rendements garantis par les obligations d’État américaines.
La microstructure on-chain et la résilience du bitcoin
Dans ce marché en liquidation générale, le bitcoin a résisté en limitant sa baisse à environ 1 % à 65 417 dollars, se détachant ainsi de la correction des métaux précieux. Si la principale crypto subit encore l’impact global de l’aversion au risque, l’on observe que sa structure interne témoigne d’une forte accumulation de la part des investisseurs institutionnels.
Les données de la plateforme d’analyse Glassnode montrent que le score de tendance d’accumulation est resté bloqué à son maximum, soit 1,0, pendant plus de deux semaines, signe que des entités de grande envergure ont profité de la baisse pour absorber les volumes disponibles. Près de 259 000 BTC ont ainsi été accumulés dans la zone de prix comprise entre 59 000 et 67 000 dollars, maintenant le cours à un niveau supérieur de 10 % par rapport à son plus bas de cycle local enregistré le 5 juin dernier à 59 375 dollars.
Pour briser la structure technique baissière marquée par des sommets de plus en plus bas, le bitcoin devra dépasser la résistance des 83 000 dollars, un niveau que Benedict Kendrick, analyste chez Standard Chartered, considère comme le point de pivot indispensable pour relancer un marché haussier durable.
L’évolution de l’inflation sous-jacente reste le critère décisif. Si la signature prévue du protocole d’accord sino-américano-iranien ce vendredi permet de stabiliser les prix de l’énergie, la Fed pourrait atténuer son discours agressif, ouvrant la voie à un rebond des cryptos. À l’inverse, si l’inflation persiste malgré la baisse du cours du pétrole brut, la résilience des investisseurs crypto continuera d’être mise à l’épreuve par le resserrement monétaire.
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Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
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