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Russie - Or, yuan ou Bitcoin pour ses réserves de change ?

mer 03 Avr 2024 ▪ 7 min de lecture ▪ par Nicolas T.
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L’ordre monétaire mondial se délite. De plus en plus de nations boudent le dollar pour leurs réserves de change. L’heure du bitcoin approche.

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La banque centrale russe croule sous les yuans

Dans un rapport publié vendredi dernier, la Banque centrale de Russie déclare ne pas vraiment avoir d’autre option que d’utiliser le yuan pour ses réserves de change.

La raison principale étant que les monnaies des pays « non hostiles » à la Russie sont encore moins stables et moins liquides que la monnaie chinoise.

« Les taux de change sont très volatils et leurs marchés financiers peu liquides. En outre, certains pays restreignent les mouvements de capitaux », peut-on lire dans le rapport.

La question des réserves de change est une priorité pour la Russie dont la moitié (300 milliards de dollars et d’euros) est gelée depuis le début du conflit en Ukraine.

Depuis, l’économie russe a redirigé ses exportations vers l’Asie. L’Inde a notamment absorbé l’essentiel des exportations de pétrole russe auparavant destinées à l’Europe. Le président russe encourage régulièrement les échanges en monnaies locales pour contourner les sanctions occidentales.

« Vladimir Poutine soutient l’utilisation du yuan chinois pour les transactions entre l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine. Cette position s’inscrit dans la tendance actuelle à la dédollarisation et à l’évolution vers un ordre mondial multipolaire. »

Mais il y a des limites. Par exemple, Moscou a finalement cessé d’accepter la roupie indienne. La raison étant que New Delhi ne vend pas grand-chose qui intéresse les Russes. En accumuler trop serait une erreur.

Les réserves de change russes s’élèvent actuellement à 590 milliards de dollars (dont 300 M $ gelés). La banque centrale russe a cessé de communiquer la composition exacte de ses réserves depuis janvier 2022, mais on imagine que le yuan se taille désormais la part du lion.

En effet, la paire USD/RUB ne représente plus que 39 % des volumes du marché des changes russe, contre 80 % avant la guerre. La paire CNY/RUB s’y substitue maintenant que 80 % des échanges sino-russes se règlent en yuans ou en roubles.

L’or de nouveau en vogue

La Russie préférerait certainement éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier. Si les deux nations vivent clairement une lune de miel, le yuan n’est pas à l’abri d’une chute massive si les relations commerciales avec les États-Unis s’enveniment.

Dans l’ensemble, les achats records d’or par les banques centrales suggèrent que la confiance s’érode fortement vis-à-vis des monnaies de réserve internationales. C’est en essence ce qu’a déclaré le gouverneur de la banque centrale de l’Ouzbékistan dans un récent papier publié sous l’égide de la banque mondiale :

« L’or continue de jouer un rôle essentiel dans le système financier mondial. Il sert de couverture contre l’inflation, de valeur refuge et d’actif de réserve pour les banques centrales. Ces dernières sont un moteur important de la demande d’or de ces dernières années ».

Pour M. Alimukhamedov, plusieurs défis économiques et géopolitiques profitent à la relique barbare :

« Les perturbations provoquées par la crise financière de 2008 [le QE de la FED…]. La guerre commerciale sino-américaine. Le Brexit. La période prolongée de taux d’intérêt réels négatifs et d’incertitudes géopolitiques causées par les sanctions financières imposées à la Russie via le gel de ses réserves de change. »

Le gouverneur ajoute que ce sont les banques centrales craignant le plus les sanctions occidentales qui achètent le plus d’or :

« Je pense que les sanctions contre la Russie incitent les banques centrales à abandonner le dollar (les bons du Trésor, aka la dette US) au profit de l’or et d’autres matières premières. Nous basculons de l’ère Bretton Woods II (réserves sous forme de bons du Trésor avec des risques de gel), à Bretton Woods III, (réserves sous forme de lingots d’or et autres matières premières) ».

« Il reste à voir si d’autres pays suivront l’exemple de la Russie en augmentant leurs réserves d’or », écrit-il.

Et le Bitcoin ?

Si l’or revient au centre des réserves de change, il ne faudra probablement pas attendre bien longtemps avant que le bitcoin fasse parler de lui. Il est en effet de l’or, en mieux. Pour deux raisons principales :

-Frais de transaction quasiment inexistants :

Quelques centimes suffisent à transférer l’équivalent de dizaines de milliards de dollars. A contrario, l’or doit voyager par avion avec une escorte. Bitcoin est une monnaie ainsi qu’un réseau de paiement numérique. Deux-en-un. Quoi de mieux pour régler les balances commerciales ?

-Masse monétaire absolument finie :

Ce n’est pas le cas de l’or dont la production ne cesse d’augmenter. Celle du bitcoin diminue de moitié tous les quatre ans. 93 % des 21 millions de bitcoins sont déjà en circulation.

Pour en revenir à la Russie, notons que le pays est en passe de prendre la seconde place mondiale concernant la production de bitcoins. Notre article sur le sujet : Bitcoin Mining – La Russie bientôt numéro 2 mondial.

Par ailleurs, nous entrons dans un monde de plus en plus inflationniste. La croissance mondiale ne cesse de se tasser et le pic pétrolier imminent n’est pas de bon augure. Les fruits des branches basses ont été cueillis. À moins d’un miracle énergétique, l’inflation va accélérer.

En outre, les taux d’intérêt ne peuvent rester élevés bien longtemps. Voyez le gouvernement américain qui, avec un taux moyen de 3.2 %, paie déjà 1 000 milliards de dollars d’intérêts. Cela représente près d’un quart des recettes fiscales !

Inflation et taux bas font que les titres de dette ne sont plus des réserves de valeur. L’inflation aux États-Unis fut de 24 % sur les quatre dernières années. Cela n’a absolument pas été compensé par le rendement de la dette qui fut d’environ 10 %.

BlackRock l’a compris et toutes les banques centrales se rendront tôt ou tard à l’évidence. Les titres de dette seront de plus en plus délaissés au profit de réserves de valeur absolues comme le bitcoin.

Le Bitcoin est une rupture technologique qui, comme toutes celles qui l’ont précédée, finira par s’imposer naturellement. Ne manquez pas cet article : Le Bitcoin doit remplacer le dollar.

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Nicolas T.

Reporting on Bitcoin, "the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy".

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