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Strategy enregistre plus de 102 millions de dollars de pertes sur ses ventes de Bitcoin

21h30 ▪ 8 min de lecture ▪ par Luc Jose A.
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Pendant des années, Strategy a fait du « ne jamais vendre un seul satoshi » un véritable credo. En 2026, cette promesse vole en éclats. L’entreprise de Michael Saylor a déjà enregistré plus de 102 millions de dollars de pertes réalisées en cédant à plusieurs reprises des bitcoins sous leur prix d’achat moyen. Derrière ces ventes se dessine une réalité plus complexe qu’un simple arbitrage comptable : la pression croissante du financement institutionnel. Ces opérations de vente interrogent sur la solidité du modèle défendu par le plus célèbre détenteur de bitcoin coté en Bourse.

Michael Saylor observe les pertes de Strategy liées à la vente de Bitcoins.

En bref

  • L’entreprise Strategy brise sa doctrine emblématique de conservations à perpétuité en enregistrant plus de 102 millions de dollars de pertes réalisées sur ses ventes de bitcoins en 2026.
  • La dernière cession enregistrée porte sur 1 690 bitcoins vendus pour 108,6 millions de dollars, à un cours moyen de 64 262 dollars nettement inférieur à son coût d’acquisition de 75 400 dollars.
  • Cette monétisation urgente vise à honorer 1,2 milliard de dollars d’obligations annuelles en dividendes sur ses actions préférentielles STRC, dont la couverture de trésorerie s’est effondrée de sept ans à quatorze mois.
  • L’action de la firme s’échangeant sous sa valeur nette d’actif, la direction privilégie la vente d’une fraction de ses 840 000 bitcoins plutôt qu’une émission d’actions hautement dilutive pour ses investisseurs.
  • Alors que le conseil d’administration autorise jusqu’à 1,25 milliard de dollars de ventes potentielles, la pérennité de cette gestion de trésorerie dépendra de la capacité du marché spot à repasser au-dessus du prix d’équilibre de l’entreprise.

La rupture du dogme de l’accumulation du bitcoin

La trajectoire opérationnelle de Strategy en 2026 marque un virage concret à travers l’exécution de plusieurs cessions successives sur le marché. Au cours de la seule semaine close le 9 août, la firme a cédé 1 690 bitcoins pour un montant total de 108,6 millions de dollars, soit un prix de cession moyen d’environ 64 262 dollars par unité. Cette transaction s’effectue directement en dessous de son prix de revient global, estimé aux alentours de 75 400 dollars par bitcoin, concrétisant ainsi une perte nette sur l’opération.

Selon les données compilées par les analystes de Cryptoquant, ces ventes répétées, au moins quatre opérations recensées sur les deux dernières années, portent désormais le cumul des pertes réalisées par la firme à plus de 102 millions de dollars sur le programme de monétisation de 2026. En parallèle de ces cessions, l’entreprise tente de maintenir son narratif d’accumulation active en effectuant de modestes réajustements. Un achat séparé de 520 bitcoins pour environ 35 millions de dollars a ainsi été consigné, illustrant la volonté du management d’équilibrer sa communication tout en gérant ses flux de liquidités.

Au-delà des montants liquidés, la situation globale du trésor de l’entreprise révèle l’ampleur des ajustements comptables subis sous l’effet de la volatilité des cours. Malgré les récentes ventes, Strategy conserve un portefeuille massif d’environ 840 000 bitcoins, mais se retrouve confrontée à près de 10,6 milliards de dollars de moins-values latentes sur l’ensemble des positions constituées entre 2024 et 2026.

L’évolution du prix de l’actif, demeuré une grande partie de l’année sous le seuil d’équilibre des 75 400 dollars, a lourdement pesé sur les états financiers de la société. Lors de la publication de ses résultats du deuxième trimestre, l’entité a d’ailleurs basculé d’un bénéfice net de 14 milliards de dollars à une perte nette de 8,22 milliards de dollars, sous l’impact direct des dépréciations à la valeur de marché. Même si ces dépréciations comptables n’entraînent pas immédiatement de sortie de trésorerie directe comme le ferait un défaut de paiement, elles illustrent la vulnérabilité du bilan de l’entreprise face aux fluctuations prolongées du marché spot.

Pour synthétiser la situation financière globale de la firme à ce stade, les éléments comptables importants de cet exercice s’articulent autour des métriques suivantes :

  • 102 millions de dollars : c’est le montant cumulé des pertes réalisées en 2026 lors des cessions sous le prix de revient ;
  • 1 690 bitcoins : c’est le volume cédé lors de la dernière opération enregistrée pour 108,6 millions de dollars ;
  • 840 000 bitcoins : il s’agit du volume total d’actifs conservés dans la trésorerie de l’entreprise ;
  • 10,6 milliards de dollars : c’est l’estimation des moins-values latentes accumulées sur les achats réalisés entre 2024 et 2026 ;
  • 8,22 milliards de dollars : c’est la perte nette publiée au deuxième trimestre en raison du marquage à la valeur de marché.

L’engrenage des dividendes et le piège du cours boursier

L’explication fondamentale de ce programme de vente réside dans la structure même du capital de l’entreprise et la hausse spectaculaire de ses engagements envers ses investisseurs privilégiés. Pour financer ses achats massifs de bitcoins ces dernières années, la firme a émis d’importantes quantités d’actions préférentielles à taux variable, notamment les titres STRC, générant des charges financières récurrentes considérables.

Les analystes de Cryptoquant évaluent désormais les obligations annuelles relatives aux dividendes préférentiels à près de 1,2 milliard de dollars, un montant qui a presque quadruplé au fur et à mesure des émissions de titres. Cette montée en charge a dramatiquement réduit le niveau de sécurité financière de l’entreprise. Sa couverture des dividendes par la trésorerie disponible est passée de plus de sept ans à seulement quatorze mois au rythme actuel.

Pour reconstituer une réserve de liquidités suffisante de 24 mois, la firme de Michael Saylor devrait disposer de 2,8 milliards de dollars de réserves, soit près du double de son encaisse liquide actuelle. C’est précisément pour répondre à cette contrainte de liquidité, verser ces dividendes et procéder au rachat direct d’actions préférentielles STRC que les produits de la dernière vente de 108,6 millions de dollars ont été affectés.

Ce choix d’arbitrage financier est également dicté par le comportement de l’action de la société sur les marchés boursiers. Le titre ayant subi un repli de près de 40 % cette année pour s’échanger dans une fourchette comprise entre 90 et 95 dollars, sa valeur de marché s’est établie sous un multiple de la valeur nette d’actif (NAV) inférieur à 1. Dans une telle configuration de décote, émettre de nouvelles actions ordinaires pour lever des fonds liquides deviendrait hautement dilutif et désavantageux pour les actionnaires existants.

Le conseil d’administration ayant autorisé un programme global de cession pouvant atteindre jusqu’à 1,25 milliard de dollars de bitcoins, la direction dispose d’une marge de manœuvre légale significative pour poursuivre ces opérations si les conditions de marché l’exigent. Cette stratégie montre que les cessions actuelles ne résultent pas d’une urgence bancaire immédiate, mais d’un arbitrage délibéré visant à équilibrer le coût du capital sur les marchés d’actions et la valeur de la réserve en bitcoins.

Les dynamiques de marché pour les investisseurs

En perspective, cette situation souligne la délicate transition de Strategy vers un modèle de gestion d’actifs hybride où la trésorerie crypto doit constamment cohabiter avec les contraintes d’un bilan coté en bourse.

Alors que les opérateurs de marché anticipent largement la poursuite de ce programme d’arbitrage au vu de l’enveloppe autorisée encore disponible de 1,25 milliard de dollars, la capacité de l’entreprise à préserver l’intégrité de son trésor reposera sur l’évolution à moyen terme du cours de l’actif.

Si une remontée durable du cours du bitcoin au-dessus du prix moyen de 75 400 dollars permettrait d’éponger les moins-values latentes et de faciliter des levées de capitaux moins dilutives, la stagnation prolongée contraindra la firme à maintenir ce cap prudent. L’écosystème institutionnel observe ainsi avec attention ce cas d’école, où l’ingénierie financière classique fixe désormais le rythme de la gestion de la plus grande réserve corporative de bitcoins au monde.

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Luc Jose A.

Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.

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