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Le bitcoin (BTC) et la classe politique en France

sam 25 Juin 2022 ▪ 8h45 ▪ 10 min de lecture - par Mary Batshwok

La France, une « start-up nation » ? Qui croit encore à ça ? Éducation Nationale sclérosée avec des résultats scolaires médiocres, des politiques qui n’écoutent plus les professionnels sur le terrain (dans tous les domaines), une administration lourde et pénalisante pour les entrepreneurs : comment le bitcoin (BTC) et les cryptomonnaies peuvent-ils se frayer un chemin dans un tel contexte ? Après avoir raté nombre de virages technologiques, la classe politique française va-t-elle nous faire aussi manquer la révolution blockchain ?

Minitel France technophobie

Lourdeurs administratives et fiscales à la française

En France, nous avons des gens qui sont brillants, qui ont des idées novatrices, qui ne comptent pas leurs heures pour créer une entreprise. Malheureusement, les lourdeurs administratives et fiscales, le manque d’audace de nos politiciens, voire leur incompétence, sont un frein majeur à la croissance économique du pays. Et c’est encore plus vrai dans le domaine des cryptomonnaies. À titre d’exemple, Paymium, plateforme française de cryptomonnaies, n’a jamais pu avoir de partenaire bancaire français de manière pérenne et, bien qu’elle soit née en 2011, elle n’est classée que 155e au classement de Coinmarketcap, bien loin derrière FTX (2019) ou Crypto.com (2016). La législation française est si complexe que les messages d’aide sur les forums sont très nombreux, comme on peut le lire sur le célèbre forum bitcointalk.org, pas étonnant donc que de brillants entrepreneurs français choisissent de partir à l’étranger.

Les politiciens français toujours à l’arrière-garde

Avec une assurance inouïe (ou une arrogance inouïe ?), les politiciens français ont la manie de vouloir toujours tout réguler, ce qui est transfrontalier, voire même mondial. Alors que nous avions déjà manqué le virage d’internet en continuant d’adorer le Dieu Minitel, Sarkozy lui, faisait figure de « ringard » au G8 en voulant réguler internet. En 2009, c’est d’ailleurs sous sa mandature que nait Hadopi pour lutter contre le streaming illégal et qui coûtera très cher (82 millions d’euros en 11 ans) pour un résultat quasi nul (87 000 euros d’amendes).

La France et ses fiascos numériques et technologiques

On pourrait citer tellement d’exemples d’autres ratés technologiques, qui n’augurent rien de bon pour le développement des cryptomonnaies en France. La liste n’est bien entendu pas exhaustive :

2005 : Dailymotion, appelée à l’époque « pépite française ». Elle aurait pu concurrencer YouTube et devenir la première interface mondiale de partage de vidéos en ligne. Mauvaise gestion, manque de moyens, d’injection de fonds publics, un fiasco bien de chez nous racontée sur Youtube.

2016 : Faillite de Viadeo, réseau social à la française. Une faillite qui coûterait près de 20 millions d’euros aux Français. Ce sera l’américain LinkedIn qui s’imposera sur le marché français.

2016-2018 : le dispositif alerte attentats (SAIP) mis en place après l’attentat du Bataclan est un fiasco. Entre fausses alertes et alertes en retard, le ministre de l’Intérieur décide de s’en passer. Désormais, les alertes sont relayées par Google, Facebook et Twitter.

Lancé en octobre 2020, Salto est la plateforme de streaming à la française. Se voulant concurrente de Netflix, Disney+, ou Amazon Prime Video, les pertes cumulées dépassaient déjà les 72 millions d’euros mi-2021.

2016-2021 : Scribe, encore un fiasco numérique : le logiciel qui devait faciliter la vie administrative de notre police nationale a coûté 12 millions d’euros. Il se voulait moderne et intuitif, il a rendu fou les policiers. Un nouvel appel d’offre sera passé pour un nouveau logiciel à l’horizon 2024. Les policiers français désespèrent de pouvoir travailler sur des outils informatiques dignes du 21ᵉ siècle.

2020 : L’application StopCovid téléchargée par à peine 3 % des Français est encore un bel exemple de la nullité de la « start-up Nation ». Coût : 6,5 millions d’euros.

2022 : SNCF Connect. Encore un fiasco qui profite à son concurrent Trainline (+28 % de clients, +50 % de billets).

La classe politique française et le « funny business » des cryptomonnaies

On vient de le voir, dans un pays qui n’est même pas capable de proposer un logiciel fiable et digne de ce nom à ses fonctionnaires de police, comment peut-on espérer que les dirigeants puissent comprendre l’enjeu de la révolution technologique en marche ? Tour d’horizon non exhaustif de certains de nos hommes et femmes politiques.

D’une manière générale, la classe politique française ne cherche pas trop à comprendre le monde des cryptomonnaies. Elle reste sur ses positions : le bitcoin (BTC) est, dans le fond, lié au blanchiment d’argent et à la criminalité en général. (Alors même que la devise la plus largement utilisée par les criminels est le dollar et le blanchiment exercé en premier lieu par les banques). On perçoit, parfois, tout de même un peu de lucidité.

Emmanuel Macron : Régulation et contrôle

Jean-Luc Mélenchon : le casino des cryptos

« Ce n’est pas un sujet particulier pour nous. Nous n’allons pas créer un cadre fiscal particulièrement favorable aux cryptomonnaies et cryptoactifs, comme le proposent d’autres candidats. Cela n’a pas d’intérêt économique et ne produit pas de richesses. »

Bruno Le Maire : Cryptos et terrorisme

« Les cryptomonnaies posent un vrai problème de financement du terrorisme, je le dis depuis des années. »

Marine Le Pen : régulation

La candidate du RN pensait en 2016 pouvoir interdire le bitcoin (BTC). Aujourd’hui une régulation lui semble plus utile (et plus faisable) pour éviter des trafics « hors contrôle ».

« Oui, probablement, je vais être obligée de réfléchir à la régulation des cryptomonnaies, parce que la monnaie, c’est vraiment un outil absolu de souveraineté. »

Nicolas Dupont-Aignan (DLF) : Cryptos et fraude fiscale

Le parti de Nicolas Dupont-Aignant souhaite aussi « assurer la traçabilité des cryptomonnaies nécessaires à l’imposition pour que chacun paie une juste contribution et que la fraude fiscale internationale, déjà massive, n’augmente pas davantage ».

Anne Hidalgo (PS) : Régulation européenne harmonisée

« Il est nécessaire de s’associer dans un cadre communautaire, à l’échelle de l’Union européenne, pour la transition numérique. Un marché commun efficace et prospère suppose une harmonisation des législations nationales et l’adoption d’un cadre réglementaire européen quant à la gestion des cryptomonnaies et de la blockchain. »

Valérie Pécresse (LR) : Lucide

« Nous ne pouvons pas passer à côté de la révolution de la blockchain et des cryptomonnaies qui interpellent les pouvoirs publics. C’est à la fois une opportunité et une menace pour les États d’être dépossédés de leurs fonctions régaliennes au profit d’entreprises étrangères. »

criminalité liée au bitcoin
Part des transactions illégales en cryptomonnaies

Philippe Poutou (NPA) : Des citations à retenir pour la postérité

« Les criminels aiment les cryptomonnaies. En 2021, les sommes reçues par des adresses illicites ont augmenté : l’équivalent de 14 milliards de dollars américains a transité sur des adresses liées à des activités illégales, contre 7,8 milliards en 2020. » (…) « Les cryptomonnaies, sous couvert de modernité, sont un élément du casino capitaliste. De plus, elles ont un impact écologique catastrophique. Le “minage” consomme une quantité considérable d’énergie. » (…) « Les cryptomonnaies ne sont en rien un progrès du point de vue de la grande masse de la population. Toute disposition visant à favoriser leur usage doit être supprimée. »

Éric Zemmour (Reconquête !) : Lucide

« [Il faut] mettre fin à l’enfer administratif pour les professionnels du secteur des cryptomonnaies, notamment à cause de la surtransposition européenne ». (…) « Il faut mettre fin à ces réglementations inégales entre les pays, les startups françaises de la blockchain sont en permanence défavorisées sur le plan fiscal et normatif par rapport à leurs concurrentes qui s’installent en Estonie, à Chypre, en Suisse. Cela n’est pas juste ! »

Malheureusement, une fois de plus, la France, et surtout sa classe politique, risque encore de faire passer la France à côté de la révolution technologique en marche. À l’heure où les banques américaines font tout pour que leurs clients puissent acheter des bitcoins (BTC) facilement et en toute sécurité, certaines banques françaises refusent à leurs clients un simple virement vers une plateforme de cryptomonnaies légale. Les entrepreneurs qui veulent se lancer dans un cryptobusiness finissent par laisser tomber ou quitter le pays tant les contraintes administratives et fiscales sont complexes et souvent décorrélées de la réalité. Quant aux investisseurs, ils sont lourdement taxés sur leurs plus-values quand ils parviennent à comprendre comment les déclarer. On n’a plus qu’à espérer que la classe politique finisse par écouter les professionnels du secteur.

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Mary Batshwok

Subprimes, crises financières, inflation galopante, paradis fiscaux... Le bitcoin a été conçu pour plus de transparence et peut-être enfin changer la donne. J'essaie de comprendre ce nouvel environnement et tente de l'expliquer à mon tour. La route est sans doute longue, mais elle en vaut la peine.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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