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Bitcoin & Géopolitique - Semaine 51

mar 20 Déc 2022 ▪ 20h00 ▪ 9 min de lecture - par Nicolas Teterel

Après l’Iran, la Russie s’apprête aussi à se servir du Bitcoin pour ses échanges internationaux. Devenu officiellement une monnaie grâce au Salvador, le Bitcoin est-il en route pour devenir une monnaie de réserve internationale ?

bitcoin russia

La monnaie est une arme

Le monde a découvert que l’Occident pouvait ravir les réserves de change d’un membre du G20, qui plus est d’une superpuissance nucléaire. Si Bruxelles et Washington ont pu « geler » 300 milliards de dollars appartenant à la Russie, aucun pays n’est en sécurité.

La Russie a par ailleurs été déconnectée du réseau SWIFT qui noyaute toutes les transactions internationales. Basé à Bruxelles, SWIFT est une coopérative ou chaque banque internationale possède un droit de vote proportionnel à son volume de transactions.

Depuis le coup d’État de 2014 en Ukraine, la Russie a fait du développement de son système de paiement SPFS une priorité. Similaire au système CIPS de la Chine, il permet de contourner le système de messagerie bancaire SWIFT.

Le SPFS est de plus en plus utilisé en Asie centrale, au sein de l’Union économique eurasiatique (UEE). Mais aussi en Turquie, en Iran ainsi qu’en Inde. Dans toute l’Eurasie, de plus en plus de personnes abandonnent Visa et Mastercard pour UnionPay et Mir, sans parler d’Alipay et de WeChat Pay, deux applications de paiement très populaires en Chine.

En octobre 2022, le CIPS comptait 1353 banques. Près de 1000 se trouvent en Asie (552 de Chine continentale), 185 en Europe, 47 en Afrique, 29 en Amérique du Nord et 17 en Amérique du Sud. Pour la comparaison, le système SWIFT relie 10 800 banques dans plus de 205 pays.

La Russie cherche à contourner par tous les moyens le réseau SWIFT et toutes les options sont explorées. Stablecoins, bitcoin et CBDC.

Le Kremlin, la douma, la banque centrale et le ministère des Finances russes sont divisés sur la question, mais un terrain d’entente semble se dessiner, surtout quand il s’agit de se débarrasser du pétrodollar.

Les BRICS veulent se passer du dollar

Le pétrodollar représente encore 59 % des réserves de change mondiales. Il ne tombera pas dans l’oubli du jour au lendemain. Néanmoins, les réserves détenues en dollars ont chuté de 12 % depuis le début du siècle, passant de 71 % en 1999 à 59 % aujourd’hui.

Par ailleurs, la récente visite de Xi Jinping en Arabie saoudite suggère fortement que l’Empire du Milieu achètera tôt ou tard son pétrole en yuan, et non plus en dollar. Pékin et le Conseil de Coopération du Golfe adopteront le petroyuan. Lentement mais sûrement.

La Chine n’aura alors plus grand besoin des 1000 milliards de dollars qu’elle détient en réserve sous forme d’obligations du trésor américain…

Qu’on se le dise, la fin du pétrodollar est au cœur des discussions de l’UEE, de l’Organisation de coopération de Shanghai et des BRICS+.

Pékin et Moscou ne cachent plus leur stratégie depuis le coup de Maïdan de 2014, et la guerre commerciale menée contre la Chine déclenchée en 2018. L’objectif est d’inciter les BRICS, l’UEE et l’OCS à ne plus utiliser le dollar et l’euro.

Le fait de commercer en monnaies nationales et/ou dans une nouvelle monnaie de réserve internationale à déterminer figure en tête des priorités. Et cela en sachant que la liste des pays souhaitant rejoindre l’OCS et les BRICS et très longue.

De l’Amérique du Sud à l’Asie en passant par l’Afrique et le Moyen-Orient, de nombreuses nations se bousculent au portillon pour rejoindre l’alliance des BRICS+ et de l’OCS.

Les dirigeants de l’Algérie, de l’Argentine, de l’Égypte, de l’Indonésie, de l’Iran, du Kazakhstan, du Cambodge, de la Malaisie, du Sénégal, de Thaïlande, d’Ouzbékistan et de l’Éthiopie ont participé au sommet des BRICS du 14 au 24 juin 2022…

Quelle monnaie les BRICS choisiront ?

Votre serviteur est convaincu que le Bitcoin deviendra une monnaie de réserve internationale. Il finira même très probablement par régner en maître. Et soit dit en passant, remplacer les 12 000 milliards de dollars de réserves de change actuelles revaloriserait le BTC à 500 000 dollars…

Les nations finiront par se rendre à l’évidence de l’absolue nécessité d’une monnaie internationale apatride, anti-inflationniste, non censurable et ne profitant à aucun pays en particulier. Le débat fait rage en Russie.

Sans surprise, la banque centrale russe a fait savoir en juillet qu’elle préfère utiliser une CBDC (Central Bank Digital Currency) :

« Le rouble russe est le seul moyen de paiement légal en Russie. La Banque centrale russe considère le rouble numérique (CBDC) comme une alternative à privilégier par rapport aux stablecoins privés. »

Peu enjouée par le Bitcoin, la banque centrale russe avait même préconisé de le bannir au mois de janvier, contre l’avis du ministère des Finances et du Kremlin.

Le vice-ministre des Finances Alexey Moiseyev a lui lâché en septembre que la Russie travaille sur des stablecoins :

« Nous travaillons avec un certain nombre de pays à la création de plateformes bilatérales de stablecoins pour nous passer du dollar et de l’euro. Les stablecoins peuvent être adossés à l’or, dont la valeur est claire et observable par tous. »

Toujours en septembre, Elvira Nabiullina, l’une des gouverneurs la Banque centrale de Russie prêchait pour sa paroisse sans écarter l’utilisation du bitcoin :

« Nous pensons qu’il existe un énorme potentiel pour les paiements internationaux en CBDC. En ce qui concerne les actifs financiers numériques, y compris les cryptomonnaies [bitcoin], […] nous sommes prêts à discuter leur utilisation pour les paiements internationaux. Mais nous nous opposons à leur libre circulation à l’intérieur du pays ».

Dénouement en janvier pour le Bitcoin ?

Quoi qu’il soit décidé, la banque centrale et le ministère des Finances se rejoignent sur la nécessité de se débarrasser du dollar :

« Nos recettes d’exportation en monnaies nationales, notamment en roubles et en yuans, augmente. Les volumes réalisés en yuan sur la bourse de Moscou ont été multipliés par vingt », a déclaré Elvira Nabiullina en novembre.

Lundi 05 décembre, le président du comité des marchés financiers de la Douma Anatoly Aksakov a lui confirmé que le Bitcoin sera légalisé, mais que son utilisation sera limitée :

« Je peux assurer à tout le monde que les cryptomonnaies seront définitivement légalisées l’année prochaine. Mais une chose est sûre, elles ne pourront pas être utilisées comme moyen de paiement à l’intérieur de Russie ».

Le député a également déclaré que les cryptomonnaies pourront être utilisées pour payer les importations, sans préciser s’il parlait du Bitcoin ou de stablecoins.

Nous verrons bien si, à l’instar de l’Iran, la Russie embrasse le bitcoin pour son commerce extérieur. D’après le journal Kommersant, les ventes d’ASICs ont récemment explosé en Russie. Il y a des signes qui ne trompent pas.

Le projet de loi devrait être voté en janvier 2023. Mais aux dernières nouvelles, la banque centrale russe continuent de traîner des pieds. Voici par exemple ce que déclarait le vice-gouverneur de la Banque centrale russe Alexey Zabotkin ce vendredi 16 décembre :

« Si vous autorisez les cryptomonnaies en tant qu’investissement, elles deviendront inévitablement utilisées comme moyen de paiement à mesure que leur propriété s’étend. Il serait impossible de contrer ce phénomène. »

Cry harder Alexey Zabotkin. Surtout que ce dernier prônait l’utilisation de la CBDC pour empêcher les gens de dépenser leur argent comme leur semble :

« Les CBDC peuvent être considérées comme des billets de banque électroniques. Elles nous permettront de mieux surveiller les transactions et de conditionner l’utilisation de la monnaie. Par exemple, on peut imaginer par exemple de l’argent de poche programmée pour qu’il ne puisse pas être dépensé pour acheter de la malbouffe. Bien sûr, des centaines d’autres conditions peuvent être programmées. »

Le monde a besoin du Bitcoin qui fleurira naturellement sur la tombe du pétrodollar.

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Nicolas Teterel

Journaliste rapportant sur la révolution Bitcoin. Mes papiers traitent du bitcoin à travers les prismes géopolitiques, économiques et libertaires.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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