la crypto pour tous
Rejoindre
A
A

Bitcoin : Saylor enterre le cycle traditionnel de quatre ans

9h00 ▪ 7 min de lecture ▪ par Luc Jose A.
S'informer Bitcoin (BTC)
Résumer cet article avec :

Le bitcoin n’obéit-il plus à ses célèbres cycles de quatre ans ? Cette question, longtemps jugée hérétique par une partie de la communauté crypto, s’impose désormais dans le débat. Michael Saylor estime que le marché est entré dans une nouvelle phase où les halvings ne dictent plus à eux seuls l’évolution des prix. Avec l’arrivée massive des capitaux institutionnels et la transformation de la structure du marché, l’un des récits les plus ancrés du bitcoin pourrait bien perdre sa pertinence.

Saylor enterre le cycle de 4 ans du Bitcoin.

En bref

  • Michael Saylor estime que le cycle historique de quatre ans du Bitcoin ne constitue plus le principal moteur de son évolution.
  • L’arrivée massive des investisseurs institutionnels et des ETF modifie profondément les mécanismes de formation du prix du Bitcoin.
  • Les bilans des entreprises, des fonds d’investissement et des États prennent progressivement le relais des mineurs dans la dynamique du marché.
  • Cette nouvelle dépendance aux flux financiers mondiaux pourrait remplacer les anciens cycles du bitcoin par des cycles liés à la liquidité et à la macroéconomie.

L’obsolescence du halving comme boussole du marché

Tandis que le marché crypo vient de rebondir, Michael Saylor, président exécutif de la société Strategy, a publié ce 5 juillet un essai sur le réseau social X dans lequel il formalise une rupture théorique majeure quant à la modélisation du prix du Bitcoin.

L’homme à la tête d’une entreprise dont la stratégie de trésorerie l’a conduit à accumuler un total colossal de 846 842 BTC, après avoir traversé la crise de 2022 lorsque l’actif était retombé sous le seuil des 16 000 dollars, affirme sans détour que la dynamique historique a changé.

Pour comprendre les fondements de cette analyse, plusieurs éléments factuels et déclarations directes doivent être mis en perspective :

  • Le rejet du modèle historique basé sur les spécialistes du mining : sans nier le mécanisme algorithmique du halving, le dirigeant conteste sa capacité à régir l’orientation globale du marché, et affirme que « le cycle de quatre ans n’est plus le modèle dominant » ;
  • Une transition actée à long terme : cette prise de position confirme des déclarations antérieures formulées par Saylor dès le 4 avril, où il stipulait déjà que « le cycle de quatre ans est mort » à partir du moment où l’actif a obtenu une reconnaissance globale en tant que capital numérique ;
  • Le nouveau moteur de valorisation : l’importance relative de la production quotidienne de nouveaux jetons s’efface face à des forces financières d’une tout autre échelle, ce qu’il résume en prédisant « qu’au cours de la prochaine décennie, la trajectoire du bitcoin sera moins dictée par l’émission des sociétés de mining et davantage par les flux de capitaux ».

Cette invalidation du modèle traditionnel s’explique par un déplacement fondamental du centre de gravité économique du réseau, passant d’un marché historiquement régi par l’offre à un marché gouverné par la demande. Autrefois, les baisses programmées de l’émission de jetons par les entreprises de mining engendraient des chocs d’offre mécaniques qui, combinés à la spéculation des investisseurs particuliers, déclenchaient des phases successives d’euphorie et de krach.

Aujourd’hui, les volumes d’échanges et les capitaux injectés quotidiennement par les acteurs institutionnels dépassent de loin la pression vendeuse ou productrice des fermes de mining, modifiant ainsi la structure de la découverte des prix.

L’ère des bilans et les nouveaux moteurs de la liquidité mondiale

L’émergence de ce nouveau paradigme bascule l’analyse financière de l’observation des portefeuilles individuels vers l’examen minutieux des structures comptables d’envergure. Ainsi, la thèse défendue par le président exécutif de Strategy repose sur l’intégration irréversible du bitcoin au sein des marchés de capitaux mondiaux. Le développement de canaux d’allocation sophistiqués tels que les flux constants des fonds négociés en bourse (ETF), l’adoption par les trésoreries d’entreprises cotées et la constitution de réserves souveraines transforment la nature même de la demande.

Aussi, le marché ne dépend plus d’une accumulation basée sur le nombre d’acheteurs physiques, mais sur l’exposition de grands bilans institutionnels. Michael Saylor insiste particulièrement sur cette mutation en déclarant : « c’est la prochaine phase de l’adoption du bitcoin : pas seulement plus d’acheteurs, mais plus de bilans ».

Cette institutionnalisation s’accompagne de l’intégration progressive de l’actif au sein des structures de crédit traditionnelles et numériques. L’apparition de marchés de produits dérivés sophistiqués, l’intérêt des compagnies d’assurance et l’utilisation du bitcoin comme collatéral transforment l’actif en une composante majeure de l’épargne mondiale. Le prix n’évolue plus en vase clos sous l’influence exclusive de l’écosystème crypto, mais réagit désormais aux injections de liquidités macroéconomiques, à l’appétit pour le risque des gestionnaires de fonds et aux arbitrages de taux d’intérêt menés par les grandes banques d’affaires mondiales.

La résilience face à l’épreuve de force macroéconomique

Cette mutation vers un modèle de flux financiers implique toutefois des incertitudes majeures quant à la stabilité à long terme du réseau. En effet, contrairement à la rigidité mathématique et prévisible des halvings, la pérennité des flux institutionnels reste tributaire des crises de crédit globales et des politiques des banques centrales. L’incertitude réside dans la capacité de ces capitaux à rester ancrés lors de phases de panique boursière ou de durcissement des réglementations internationales. De plus, l’interconnexion croissante avec la finance traditionnelle expose l’actif à des risques de volatilité systémique totalement exogènes à son code initial.

Au-delà des pressions extérieures, le protocole lui-même fait face à des vulnérabilités d’ordre interne que la gouvernance se doit de surveiller avec la plus grande rigueur. Michael Saylor avait formulé à ce titre une mise en garde explicite, rappelant que le péril le plus critique pour l’écosystème ne provient pas des fluctuations du marché, mais plutôt « des mauvaises idées conduisant à des changements de protocole néfastes ». Le bitcoin traverse donc une phase transitoire complexe où son offre demeure algorithmiquement fixe, tandis que l’évolution de sa structure de demande et sa gouvernance interne entrent dans une zone d’épreuve de force face aux standards de la finance globale.

L’évaluation de ces perspectives exige une approche nuancée, exempte de tout déterminisme. Si les données factuelles démontrent une perte d’influence de l’activité des sociétés de mining, la dépendance accrue du bitcoin vis-à-vis des capitaux de Wall Street pourrait simplement substituer les anciens cycles par de nouveaux liés aux crédits institutionnels.

Maximisez votre expérience Cointribune avec notre programme 'Read to Earn' ! Pour chaque article que vous lisez, gagnez des points et accédez à des récompenses exclusives. Inscrivez-vous dès maintenant et commencez à cumuler des avantages.



Rejoindre le programme
A
A
Luc Jose A. avatar
Luc Jose A.

Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.

DISCLAIMER

Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.