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BRICS : Jim O'Neill juge désormais crédible une alternative au dollar

lun 20 Juil 2026 ▪ 7 min de lecture ▪ par Luc Jose A.
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Le projet d’un système monétaire capable de concurrencer le dollar a longtemps été considéré comme une ambition irréaliste des BRICS. Cette perception vacille aujourd’hui. Jim O’Neill, l’économiste qui a popularisé l’acronyme BRIC au début des années 2000, reconnaît désormais que les grandes économies émergentes disposent des moyens de bâtir une alternative crédible à l’ordre monétaire dominé par le billet vert. Ce revirement intervient alors que les tensions géopolitiques s’intensifient et que les infrastructures de paiement se transforment à grande vitesse.

Jim O'Neill entrevoit le déclin du dollar et l'ascension des BRICS.

En bref

  • Jim O’Neill, inventeur du concept BRIC, admet que la création d’un système financier alternatif au dollar n’est plus une illusion.
  • L’essor rapide des infrastructures de paiement numérique et des rails décentralisés rend possible cette transition monétaire.
  • Les tensions commerciales et l’usage répété des sanctions américaines poussent 75 % du PIB mondial à chercher des alternatives.
  • L’objectif n’est pas d’éradiquer le dollar, mais de créer une monnaie de règlement bilatéral basée sur un panier de devises.

Le virage doctrinal de Jim O’Neill face aux progrès des technologies de paiement

Le vétéran des marchés financiers Jim O’Neill a formellement reconnu que la création par les pays membres des BRICS d’un véhicule financier alternatif au dollar n’appartient plus au domaine de la spéculation, alors qu’il vient d’admettre que le G7 ne peut plus ignorer l’existence de l’alliance. Cette admission marque une rupture nette avec sa posture historique, lui qui qualifiait jusqu’ici toute velléité d’union monétaire au sein du bloc d’entreprise irréaliste au vu des divergences économiques internes. Quelques constats permettent de corroborer ce revirement :

  • Jim O’Neill admet explicitement que sa vision passée est caduque face à la réalité du marché ;
  • Il déclare : « il y a encore dix-huit mois, si vous m’aviez interrogé sur le sujet, j’aurais qualifié de pure fantaisie l’idée que les pays des BRICS puissent créer une quelconque alternative financière » ;
  • Le rôle de la technologie : l’essor des infrastructures de paiement numérique au cours des dix-huit derniers mois constitue le moteur principal de cette prise de conscience ;
  • Le bilan institutionnel : l’économiste rappelle que la Nouvelle Banque de Développement (NDB) reste à ce jour la seule réalisation concrète et opérationnelle majeure du bloc.

Ce revirement s’explique principalement par les avancées technologiques spectaculaires réalisées dans le secteur des paiements numériques et de la numérisation des échanges. Les progrès techniques des infrastructures financières permettent désormais d’envisager des réseaux de transfert interbancaires transfrontaliers hautement efficaces, affranchis des circuits traditionnels dominés par les institutions américaines.

Pour approfondir cette transition, O’Neill écarte le scénario d’une monnaie de réserve mondiale unique qui viendrait supplanter brusquement le dollar dans tous ses usages. Il met plutôt en avant l’émergence d’un instrument de règlement commercial spécialisé, structuré autour d’un panier de devises pondéré par le poids économique respectif des nations participantes. Malgré cette ouverture quant aux possibilités offertes par les nouvelles technologies de paiement, l’analyste conserve un regard critique sur le bilan historique du groupe. Le bloc doit encore prouver sa capacité à transformer ces outils technologiques en des structures pérennes en mesure de rivaliser avec l’hégémonie de l’échiquier bancaire occidental.

Les catalyseurs politiques mondiaux et la tentation du repli monétaire

Au-delà des seules mutations technologiques, la dynamique de dédollarisation s’alimente d’une détérioration marquée des relations diplomatiques et économiques internationales. L’orientation des politiques commerciales américaines, caractérisée par une utilisation accrue des sanctions financières et le recours récurrent aux surtaxes douanières, accélère la volonté des pays tiers de se prémunir contre les risques d’éviction monétaire.

Jim O’Neill souligne que l’ensemble des nations représentant les 75 % du produit intérieur brut mondial non américain manifestent une volonté grandissante de commercer dans des unités de compte indépendantes des décisions de politique monétaire de Washington. Cette recherche d’autonomie est renforcée par les incertitudes institutionnelles entourant la gestion financière de la première économie mondiale, incitant les partenaires commerciaux à diversifier leurs réserves d’échange et leurs canaux de règlement.

Cette volonté d’émancipation n’est plus l’apanage de quelques régimes isolés, mais devient une stratégie pragmatique partagée par un pan entier de l’économie globale. En cherchant à réduire leur exposition aux fluctuations politiques de Washington, les grandes nations émergentes jettent les bases d’un réseau commercial bilatéral plus étanche aux pressions extérieures. Cette transition s’opère sans rupture brutale, mais par un grignotage progressif des parts de marché du dollar dans la facturation des matières premières et des biens manufacturés. Les gouvernements concernés privilégient désormais la sécurité de leurs transactions au détriment de l’alignement historique sur les standards monétaires occidentaux.

L’institutionnalisation de la recherche et les perspectives d’un nouvel équilibre mondial

Pour accompagner et théoriser cette transition structurelle de l’économie globale, l’économiste lance sa propre plateforme d’analyse indépendante à but non lucratif, intitulée BRICS+ Thinking. Ce centre de réflexion aura pour mission de produire des travaux de recherche, des données chiffrées et des indicateurs prospectifs sur l’évolution du bloc élargi et ses interactions financières avec les marchés occidentaux. La création d’un tel outil d’observation démontre que la montée en puissance des économies émergentes nécessite désormais des instruments de mesure adaptés, affranchis des biais d’analyse traditionnels. Cette initiative témoigne de l’institutionnalisation progressive d’un champ d’étude consacré au nouvel équilibre des forces économiques mondiales.

L’émergence d’organismes de recherche dédiés aux BRICS reflète la maturité prise par le débat sur la multipolarité monétaire au sein des cercles d’experts. En documentant avec précision les flux financiers alternatifs, ces plateformes offrent aux investisseurs et aux décideurs politiques des outils inédits pour évaluer les risques et opportunités de ce nouvel environnement. L’analyse des données produites permettra de mesurer l’efficacité réelle des nouveaux mécanismes de paiement à mesure de leur déploiement sur la scène internationale.

À terme, la convergence entre l’évolution des infrastructures de paiement numérique et la recherche d’indépendance stratégique par les grandes économies émergentes pourrait redéfinir en profondeur les flux financiers internationaux.

Si le dollar devait conserver un rôle prépondérant à court terme en raison de la liquidité inégalée de ses marchés financiers, la coexistence avec des systèmes de paiement régionaux et des actifs de règlement décentralisés semble désormais inévitable. L’analyse nuancée de Jim O’Neill invite ainsi les acteurs bancaires et les décideurs politiques à surveiller l’émergence d’un monde financier multipolaire, où la souveraineté monétaire se jouera autant sur le terrain de la diplomatie que sur celui de l’innovation technologique.

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Luc Jose A.

Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.

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