BRICS : La Chine peut-elle enfin faire avancer la dédollarisation ?
En 2027, la Chine va prendre la présidence des BRICS. Ainsi, elle aura la possibilité de relancer les initiatives qui visent à réduire la dépendance au dollar. Pékin privilégierait les paiements en monnaies locales et l’interconnexion des systèmes financiers, cependant aucune feuille de route officielle n’est définie pour le remplacement de la devise américaine.

En bref
- La Chine prendra la présidence des BRICS en 2027 et pourrait relancer les initiatives de dédollarisation.
- Pékin devrait privilégier les paiements en monnaies locales et l’interconnexion des systèmes financiers.
- Les BRICS n’envisagent pas, à ce stade, de créer une monnaie commune pour remplacer le dollar.
- Les intérêts divergents entre les membres limitent la portée d’une offensive monétaire coordonnée.
- Le sommet de 2027 dira si la Chine parvient à transformer ces discussions en infrastructures concrètes.
Ce que Pékin pourrait mettre sur la table en 2027
Au cours de l’année prochaine, la Chine va accueillir le 19ème sommet des BRICS. Xi Jinping a fait la promesse de travailler avec les autres pays membres pour l’ouverture d’une « troisième décennie d’or » de coopération aux termes de la réunion de New Delhi. Le président chinois a notamment évoqué l’intelligence artificielle, la réforme de la gouvernance et l’industrie numérique, sans parler de projet de monnaie commune.
Néanmoins, Sergueï Ryabkov, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, pense que la présidence chinoise donnerait une nouvelle impulsion aux projets financiers de l’alliance. Il a donc déclaré :
Les technologies de rupture, avec l’intelligence artificielle en leur cœur, les chaînes d’approvisionnement, le système moderne de paiement et de finance, ainsi que les questions logistiques devraient être au centre de la présidence chinoise.
La Russie confirme qu’elle va soutenir ces priorités. Divers dossiers progresseraient ainsi sous la direction de Pékin :
- L’interconnexion des systèmes de paiement rapide utilisés par les pays membres ;
- Le règlement d’une plus grande part du commerce dans les monnaies nationales ;
- La compatibilité entre les monnaies numériques de banques centrales ;
- Le financement en devises locales par la Nouvelle Banque de développement.
Ces dispositifs pourraient contourner le dollar dans certaines transactions sans pour autant rechercher à le remplacer à l’échelle mondiale.
Les BRICS avancent sans créer de monnaie commune
Une telle stratégie graduelle a été confirmée par le sommet de New Delhi de septembre 2026. La déclaration finale encourage davantage l’usage des monnaies locales pour le commerce et l’investissement, tout en reconnaissance qu’aucune solution unique ne peut convenir à tous les membres. Elle souhaite aussi que la BRICS Payment Task Force se charge d’étudier une meilleure compatibilité entre leurs infrastructures de paiement.
Cette orientation ne correspond pas à la création d’un « dollar des BRICS ». Par ailleurs, l’Inde a écarté l’existence d’un projet de monnaie commune. New Delhi privilégie davantage les accords bilatéraux qui permettent, par exemple, de régler certaines importations immédiatement en roupies, en yuans ou en dirhams.
Sanjay Malhotra, le gouverneur de la Banque de réserve de l’Inde, avait confirmé en août dernier que diverses solutions demeuraient à l’étude. Il expliquait donc : « différentes options sont sur la table, mais elles sont encore au stade des discussions, notamment les monnaies numériques de banques centrales et l’interconnexion des systèmes de paiement rapide ».
Cette distinction est capitale. Utiliser davantage de monnaies nationales réduit la demande de dollars pour certaines transactions commerciales. En revanche, une monnaie commune exigerait des règles monétaires partagées, une institution émettrice et des mécanismes qui permettent de gérer les déséquilibres économiques entre les participants.
Les divisions internes limiteront l’offensive contre le dollar
La Chine dispose de nombreuses raisons pour la promotion de l’internationalisation du yuan. Une utilisation accrue de sa monnaie pourrait réduire l’exposition de ses sociétés aux sanctions américaines et consoliderait l’influence de Pékin sur les flux commerciaux du Sud global. La Russie et l’Iran, déjà soumis à des restrictions occidentales, ont aussi intérêt à développer des circuits alternatifs.
Toutefois, tous les BRICS ne partagent pas la même urgence. L’Inde, les Émirats arabes unis ou le Brésil entretiennent d’importantes relations financières avec les États-Unis. Ils souhaitent diminuer les coûts des paiements internationaux sans transformer le groupe en alliance monétaire explicitement hostile à Washington.
Les décisions des BRICS s’appuient par ailleurs sur le consensus. La déclaration de New Delhi, adoptée en dépit des divergences entre plusieurs membres, illustre la nécessité de trouver des formulations acceptables pour tous. Cette règle diminue la probabilité qu’un projet radical de remplacement du dollar soit rapidement adopté.
La présidence chinoise pourrait donc accélérer la dédollarisation au sens le plus concret : davantage d’échanges en monnaies locales et des systèmes de paiement mieux reliés. En revanche, le scénario d’une devise commune capable de concurrencer directement le dollar demeure lointain. L’enjeu du sommet de 2027 sera de voir si Pékin transforme les discussions actuelles en infrastructures utilisables à grande échelle.
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Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
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