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CBDC mondiales : Études de cas par pays

14 min de lecture ▪ par Luc Jose A.

Les monnaies numériques de banque centrale (CBDC) révolutionnent la manière dont les transactions financières sont gérées au niveau national. À mesure que les économies deviennent de plus en plus numériques, de nombreux pays envisagent ou ont déjà développé leurs propres CBDC pour améliorer la sécurité des transactions, renforcer l’inclusion financière et augmenter l’efficacité économique. Ces initiatives varient en fonction des objectifs spécifiques et des contextes économiques de chaque pays. Cet article explore les développements des CBDC dans des pays tels que la Chine, les États-Unis, le Nigéria ou encore l’Australie.

Les CBDC de différents pays

CBDC en Chine : le yuan numérique

Initié par la Banque populaire de Chine, le yuan numérique vise à moderniser le système monétaire du pays, mais aussi à renforcer le contrôle gouvernemental sur l’économie. Contrairement aux cryptomonnaies décentralisées comme le bitcoin, le yuan numérique est entièrement régulé par l’État, garantissant ainsi une stabilité et une sécurité accrue pour les transactions.

Le déploiement du yuan numérique a débuté par des essais dans plusieurs grandes villes, y compris Shenzhen, Shanghai et Pékin, avant de s’étendre progressivement. Ces essais ont impliqué des transactions quotidiennes et des partenariats avec des entreprises locales pour encourager l’adoption. L’objectif est de permettre une transition en douceur vers une économie moins dépendante du papier-monnaie, tout en augmentant l’efficacité des transactions commerciales et en réduisant les coûts associés à la gestion de l’argent liquide.

En plus des avantages économiques, le yuan numérique permet au gouvernement chinois de mieux suivre les flux monétaires, d’améliorer la lutte contre la fraude et le blanchiment d’argent, et de renforcer sa politique monétaire. En effet, cette monnaie numérique est vue comme un outil stratégique pour accroître l’influence mondiale du yuan et réduire la dépendance du pays vis-à-vis du système bancaire mondial dominé par le dollar américain.

L’euro numérique : l’Europe à la croisée des chemins

L’introduction potentielle de l’euro numérique par la Banque centrale européenne (BCE) soulève une série de discussions stratégiques sur l’avenir monétaire de l’Europe. Ce projet est envisagé comme un moyen de répondre à la digitalisation croissante de l’économie, ainsi qu’à la concurrence des cryptomonnaies et des autres monnaies numériques de banque centrale. L’euro numérique serait une monnaie digitale légale, sécurisée par la BCE, offrant une alternative aux banques commerciales et aux autres formes de paiement électronique.

Le développement de l’euro numérique nécessite une attention particulière aux questions de sécurité, de vie privée et de régulation. La BCE a engagé des consultations publiques pour évaluer les préoccupations des citoyens européens, notamment en ce qui concerne la protection des données personnelles et l’impact sur le secteur bancaire traditionnel. Ces consultations aideront à définir les fonctionnalités de l’euro numérique et à garantir qu’il complète les moyens de paiement existants sans les remplacer totalement.

En outre, l’euro numérique pourrait jouer un rôle crucial dans le renforcement de l’union économique et monétaire de l’Europe, facilitant des transactions transfrontalières plus efficaces et moins coûteuses. Il pourrait également servir d’outil pour stimuler l’inclusion financière en rendant les services financiers accessibles à ceux qui sont actuellement non bancarisés ou sous-bancarisés dans la région. En définitive, l’euro numérique représente une opportunité pour l’Europe de façonner son avenir financier dans un monde de plus en plus numérisé.

Le dollar numérique : les États-Unis et la réflexion stratégique

Aux États-Unis, l’idée d’un dollar numérique prend forme avec prudence et considération stratégique. La Réserve fédérale explore activement les avantages et les défis associés à une monnaie numérique de banque centrale (CBDC), notamment en ce qui concerne la stabilité financière et la sécurité des transactions. L’intérêt pour un dollar numérique est motivé par la nécessité de rester compétitif sur la scène mondiale, surtout face à l’émergence de monnaies numériques dans d’autres grandes économies, ainsi que par le potentiel d’améliorer les systèmes de paiement domestiques.

Un dollar numérique pourrait révolutionner les paiements en réduisant les coûts et les délais de transaction, facilitant ainsi les échanges économiques et renforçant l’inclusion financière. Cependant, l’adoption d’une telle monnaie nécessite une approche équilibrée pour éviter de perturber le système financier existant. Les implications pour les banques commerciales, qui pourraient voir leur rôle dans le système monétaire diminuer, sont particulièrement scrutées. La Réserve fédérale procède donc à des études approfondies et à des tests pour évaluer les meilleures pratiques de mise en œuvre.

La question de la vie privée est également au cœur des débats sur le dollar numérique. Il est important de concevoir une monnaie qui protège les données des utilisateurs tout en permettant une régulation adéquate pour prévenir les activités illicites. La Réserve fédérale collabore avec d’autres agences gouvernementales pour s’assurer que le dollar numérique répond à ces exigences tout en soutenant les objectifs de politique monétaire et économique des États-Unis.

Les CBDC, des monnaies adoptées et explorées dans différents pays avec diverses approches
Les CBDC, des monnaies adoptées et explorées dans différents pays avec diverses approches

La Suède et l’e-krona : vers une société sans cash

La Suède avec son projet d’e-krona est souvent citée comme un leader dans la transition vers une société sans espèces. La banque centrale suédoise, la Riksbank, envisage l’e-krona comme un complément à l’argent liquide, offrant une option de paiement sécurisée et efficace qui répond aux besoins de l’économie numérique. L’introduction de l’e-krona vise à garantir que le public ait accès à une forme de monnaie souveraine sécurisée dans un pays où l’utilisation du cash a considérablement diminué.

L’e-krona pourrait renforcer l’efficacité des paiements en Suède, réduire les coûts liés à la gestion de l’argent liquide et améliorer l’accessibilité des services financiers pour tous les citoyens. Elle est conçue pour être utilisable sur des plateformes mobiles, facilitant ainsi des transactions instantanées même à travers des interactions peer-to-peer. La Riksbank mène des projets pilotes pour évaluer les aspects techniques de l’e-krona, ainsi que son acceptation par le public et les entreprises.

La sécurité et la protection de la vie privée sont des préoccupations majeures dans le développement de l’e-krona. La Suède travaille à assurer que la monnaie numérique soit fonctionnelle, mais aussi conforme aux normes élevées de protection des données personnelles. En anticipant les défis technologiques et en engageant le public dans ce processus, la Suède espère établir un modèle réussi pour d’autres nations envisageant des transitions similaires vers des économies moins dépendantes du cash.

Le Sand Dollar des Bahamas : premier en course

Le Sand Dollar est la première monnaie numérique de banque centrale (CBDC) pleinement opérationnelle au monde, lancée par la Banque Centrale des Bahamas. Cette initiative vise à moderniser l’économie des Bahamas, en facilitant l’accès aux services financiers sur l’ensemble de l’archipel, notamment dans les régions les moins desservies. L’introduction du Sand Dollar a été particulièrement pertinente après les dommages causés par l’ouragan Dorian, soulignant la nécessité d’un système de paiement plus résilient et accessible.

Le Sand Dollar assure une parité stricte avec le dollar bahamien, garantissant ainsi sa stabilité et sa fiabilité en tant que moyen de paiement. Il est entièrement numérique et peut être utilisé via des smartphones, ce qui réduit les coûts associés à la distribution physique de l’argent et améliore la sécurité des transactions. Les résidents des Bahamas peuvent utiliser le Sand Dollar pour des transactions telles que l’achat de biens et services, le paiement de factures, et même les transferts d’argent entre particuliers, tout cela sans frais de transaction significatifs.

L’adoption du Sand Dollar est soutenue par une réglementation stricte pour éviter le blanchiment d’argent et autres activités illégales. La Banque Centrale des Bahamas a mis en place des protocoles de sécurité robustes et des limites de transaction pour garantir la conformité et la sécurité des utilisateurs. Cette approche prudente vise à instaurer une confiance dans la CBDC tout en promouvant une inclusion financière plus large, faisant du Sand Dollar un modèle pour d’autres pays intéressés par les monnaies numériques.

Le projet e-Peso en Uruguay

Le projet e-Peso en Uruguay représente une initiative pionnière de la Banque Centrale d’Uruguay pour explorer le potentiel des monnaies numériques de banque centrale. Lancé sous forme de projet pilote en 2017, l’e-Peso a été conçu pour évaluer la faisabilité et les impacts d’une monnaie numérique souveraine dans le cadre d’une économie petite, mais ouverte technologiquement. Ce projet avait pour but de simplifier les transactions, réduire les coûts de circulation des espèces et améliorer l’accès aux services financiers pour tous les Uruguayens.

Au cours de la phase expérimentale, les citoyens ont pu utiliser l’e-Peso pour effectuer des achats chez des commerçants participants et pour des paiements peer-to-peer via une application mobile dédiée. L’e-Peso était entièrement garanti par la Banque Centrale, assurant ainsi sa stabilité et sa convertibilité en espèces uruguayennes. Cette expérience a permis de recueillir des données précieuses sur l’adoption et l’utilisation des technologies financières par le grand public en Uruguay.

Bien que le projet pilote soit arrivé à son terme, les enseignements tirés de l’e-Peso sont utilisés pour orienter les futures politiques financières et réglementations en Uruguay. Le projet a souligné l’importance de l’acceptation sociale et de la confiance envers les nouvelles technologies financières, ainsi que le rôle crucial de l’éducation et de la communication claire pour assurer la réussite de telles initiatives. L’expérience uruguayenne avec l’e-Peso continue d’influencer le débat mondial sur la manière dont les CBDC peuvent être intégrées dans les économies modernes.

Le Nigéria et le eNaira : pionnier en Afrique

Le Nigéria, avec le lancement du eNaira, s’est positionné comme un pionnier dans l’adoption des monnaies numériques de banque centrale (CBDC) en Afrique. Introduit par la Banque Centrale du Nigéria, le eNaira vise à améliorer l’inclusion financière, optimiser les services de paiement, soutenir la croissance économique, et augmenter les revenus pour le gouvernement. En tant que version numérique du naira papier, le eNaira assure la même valeur tout en promettant plus de sécurité et une plus grande praticité dans les transactions quotidiennes.

Le déploiement du eNaira permet aux utilisateurs de réaliser des transactions sans nécessiter de compte bancaire, réduisant ainsi les barrières d’entrée pour les nombreux Nigérians non bancarisés. En facilitant des transactions instantanées à coût réduit, le eNaira entend dynamiser l’économie numérique et augmenter la participation économique à tous les niveaux de la société. Cette initiative est également vue comme un moyen de réduire l’évasion fiscale et de combattre la corruption, en augmentant la transparence des transactions financières.

Les défis ne manquent pas, notamment en ce qui concerne la protection des données personnelles et la sécurité des transactions. Pour y faire face, la Banque Centrale a mis en place des mesures rigoureuses et collabore avec des technologues pour assurer la fiabilité du système.

L’Australie et l’exploration d’un e-AUD

L’Australie explore activement les possibilités d’introduire une monnaie numérique de banque centrale, l’e-AUD, pour complémenter son système monétaire actuel. La Reserve Bank of Australia (RBA) mène des recherches pour comprendre les impacts potentiels d’une telle monnaie sur l’économie australienne, en particulier en ce qui concerne la stabilité financière, l’efficacité des paiements et la confiance dans le dollar australien. L’introduction envisagée de l’e-AUD reflète une volonté d’innover tout en maintenant un contrôle rigoureux sur le système financier.

L’un des principaux avantages anticipés de l’e-AUD est l’amélioration de l’efficacité des paiements au sein de l’économie. Ceci inclut des transactions plus rapides et moins coûteuses, une réduction des frictions dans les paiements transfrontaliers, et une meilleure accessibilité aux services financiers pour les communautés rurales et isolées. De plus, l’e-AUD pourrait renforcer la politique monétaire, permettant à la RBA de mettre en œuvre des stratégies plus directes et ciblées pour influencer l’économie.

Cependant, la transition vers l’e-AUD pose des défis significatifs, notamment en termes de sécurité numérique et de protection de la vie privée. La RBA est consciente de la nécessité de construire une infrastructure robuste et sécurisée pour soutenir l’e-AUD, tout en garantissant la confidentialité des utilisateurs. En collaboration avec des experts en technologie financière, la banque centrale travaille à anticiper et à réduire les risques potentiels, afin que l’e-AUD, s’il est adopté, soit bénéfique tant pour les consommateurs que pour l’économie dans son ensemble.

Conclusion

Les monnaies numériques de banque centrale (CBDC) représentent une avancée significative dans la modernisation des systèmes monétaires à travers le monde. De la Chine au Nigéria, en passant par les Bahamas, la Suède, l’Uruguay et l’Australie, chaque pays explore et adopte les CBDC selon ses propres besoins économiques et sociaux. Ces initiatives illustrent un engagement global vers une inclusion financière accrue, une efficacité économique améliorée et une intégrité renforcée des systèmes financiers. À mesure que ces projets évoluent, ils continueront de façonner l’avenir de la finance globale.

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Luc Jose A.

Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.

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