Chine : La Bourse perd 2400 milliards de dollars sur fond de doutes sur l'IA
Les actions chinoises ont perdu environ 2400 milliards de dollars depuis mai, mais le principal risque dépasse les portefeuilles des investisseurs. En faisant chuter les valorisations et la confiance des ménages, la correction pourrait priver les entreprises d’IA des capitaux nécessaires pour rivaliser avec les États-Unis.

En bref
- La Bourse chinoise a perdu près de 2400 milliards de dollars depuis mai.
- Les valeurs liées à l’intelligence artificielle figurent parmi les plus touchées par cette chute.
- Le recul des actions menace le financement des entreprises technologiques chinoises.
- Les pertes boursières fragilisent les investisseurs particuliers et pèsent sur leur confiance.
- Malgré la correction, les valorisations restent élevées et freinent le retour des capitaux.
L’effondrement boursier pourrait couper les futurs financements destinés à l’IA chinoise
Le CSI 300, qui regroupe les principales sociétés cotées en Chine continentale, a reculé de plus de 20 % depuis son sommet de juin. Il est ainsi entré dans un marché baissier le 22 octobre, tandis que le STAR 50, davantage exposé aux semi-conducteurs et à l’intelligence artificielle, a perdu 40 % en moins de quatre mois.
Cette chute a effacé près de 480 milliards de dollars sur le seul STAR 50. Elle intervient alors que Pékin cherche à mobiliser l’épargne nationale pour financer les puces, les robots, les centres de données et les modèles d’IA nécessaires à son autonomie technologique.
Divers indicateurs montrent pourquoi ce recul menace le financement du secteur :
- Les actions liées à l’IA représentent 42 % de la capitalisation chinoise ;
- Elles concentrent 57 % des échanges sur les marchés concernés ;
- Le fabricant de robots Unitree a perdu près de la moitié de sa valeur ;
- Zhongji Innolight et Eoptolink ont chuté d’environ 60 % depuis leurs sommets ;
- De nombreuses entreprises technologiques pourraient reporter leur introduction en Bourse.
Une valorisation élevée permet normalement à une entreprise de lever davantage d’argent en émettant moins d’actions. Lorsque son cours s’effondre, une nouvelle opération devient plus coûteuse pour les actionnaires existants, car leur participation risque d’être davantage diluée.
Hong Hao, responsable des investissements chez Lotus Asset Management, estime que la correction va « mettre un coup d’arrêt à de nombreuses entreprises qui cherchaient à se faire coter ». Le krach réduit donc les ressources disponibles au moment même où les acteurs chinois doivent financer des investissements lourds et rattraper leur retard dans certaines puces avancées.
Les ménages paient le prix d’un marché devenu dépendant de la tech
L’ampleur du recul s’explique aussi par la concentration du marché autour d’un seul thème. Lorsque les valeurs liées à l’IA représentent 42 % de la capitalisation et plus de la moitié des échanges, leur correction entraîne mécaniquement le reste de la Bourse.
Les investisseurs particuliers occupent une place importante sur les marchés chinois. Beaucoup ont rejoint le mouvement en pensant que le soutien de Pékin aux secteurs stratégiques réduisait leur risque. L’introduction en Bourse d’Unitree avait ainsi reçu des demandes représentant 8000 fois le nombre d’actions proposées.
Le soutien de l’État à une technologie ne garantit pourtant pas la rentabilité de chaque entreprise. La Chine, membre influent de l’alliance des BRICS, peut financer la recherche, favoriser les puces nationales et encourager l’adoption des robots sans empêcher les sociétés cotées de subir une concurrence intense ou une baisse de leurs marges.
Dong Baozhen, gestionnaire de fonds à Pékin, observe :
Le marché boursier a ensuite évolué vers une hausse spéculative folle. Et maintenant, nous voyons la bulle éclater.
Les restrictions américaines aggravent cette fragilité. Washington limite l’accès de la Chine à certaines technologies et envisage d’exclure des composants optiques chinois des centres de données américains. Les entreprises concernées perdent alors une partie de leurs débouchés potentiels au moment où la consommation intérieure reste faible.
Des valorisations encore trop élevées retardent le retour des capitaux
La baisse de 40 % du STAR 50 pourrait donner l’impression que les excès ont déjà été corrigés. Pourtant, l’indice se négocie encore autour de 100 fois les bénéfices réalisés sur les douze derniers mois, contre près de 30 fois pour le Nasdaq 100 américain.
Ce niveau signifie que les investisseurs paient toujours très cher des profits actuels encore limités. Au sommet, le multiple du STAR 50 approchait 250. La correction a donc réduit l’excès sans ramener les valorisations aux standards des grands indices technologiques internationaux.
Le problème ne vient pas nécessairement d’un manque d’innovation. DeepSeek a montré qu’une entreprise chinoise pouvait développer un modèle performant avec des coûts inférieurs à ceux de plusieurs concurrents occidentaux. Des laboratoires affirment également pouvoir entraîner leurs modèles avec des puces Huawei.
La difficulté consiste désormais à transformer ces avancées en revenus durables. Une guerre des prix entre fabricants de puces, développeurs de modèles et constructeurs de robots pourrait stimuler l’adoption tout en comprimant les bénéfices.
La perte de 2400 milliards de dollars ne signifie donc pas que l’IA chinoise a échoué. Elle montre que Pékin ne pourra pas financer indéfiniment sa stratégie technologique par l’enthousiasme boursier. Pour attirer de nouveau l’épargne des ménages, les entreprises devront démontrer leur capacité à générer des bénéfices, et non simplement leur importance dans la rivalité avec les États-Unis.
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Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
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