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DeFi : Andre Cronje estime que le modèle a changé de nature

8h00 ▪ 5 min de lecture ▪ par Fenelon L.
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Pour Andre Cronje, une grande partie de ce que l’industrie continue d’appeler « DeFi » n’en est désormais plus vraiment. Le fondateur de Flying Tulip préfère parler de « finance on-chain » lorsque des entreprises, des équipes ou des comités conservent un pouvoir d’intervention sur les protocoles. Que reste-t-il réellement de la promesse de décentralisation ?

La DeFi traditionnelle s’effondre tandis qu’une finance on-chain émerge, portée par la blockchain, les cryptomonnaies et une nouvelle architecture financière.

En bref

  • Andre Cronje réserve le terme DeFi aux protocoles décentralisés, immuables et sans intermédiaire.
  • La valeur totale verrouillée dans la DeFi a reculé de 54,8 % entre le 5 octobre 2025 et le 13 août 2026, selon les données de DefiLlama.
  • Les dispositifs de sécurité protègent les utilisateurs, mais ils réintroduisent des acteurs capables de modifier ou d’arrêter un protocole.

Pour Andre Cronje, la DeFi a perdu son sens premier

La DeFi n’a pas disparu des discours. Andre Cronje estime pourtant qu’elle s’est considérablement réduite. Cette critique rejoint le constat d’une gouvernance DeFi très concentrée déjà documenté par Cointribune. Andre Cronje va encore plus loin : selon lui, très peu de protocoles répondent encore à la définition stricte de la finance décentralisée.

Lors d’un échange diffusé aujourd’hui sur X, il a posé trois critères : un protocole doit être décentralisé, immuable et dépourvu d’intermédiaire. L’immuabilité signifie ici que ses règles ne peuvent pas être changées unilatéralement après son lancement. Or, son intervention insiste sur la place prise par les sociétés, les équipes chargées du risque et les personnes qui sélectionnent les actifs.

Je ne pense pas que la DeFi existe encore en dehors de quelques niches très réduites.

Cronje propose donc un autre nom : la finance on-chain, ou finance ouverte. Les opérations restent enregistrées sur une blockchain et peuvent être consultées publiquement, sans que toute l’organisation soit pour autant décentralisée. Un protocole peut ainsi exécuter des transactions on-chain tout en dépendant d’un groupe humain pour ses paramètres essentiels.

La sécurité remet des intermédiaires dans la boucle

Le problème est que cette centralisation partielle ne vient pas forcément d’une volonté de reprendre le pouvoir aux utilisateurs.

Elle répond aussi à une réalité très concrète : les protocoles gèrent parfois plusieurs milliards de dollars et peuvent être confrontés à une faille, une manipulation de prix ou un comportement inattendu du marché. Dans ces moments-là, attendre une longue procédure de gouvernance peut coûter cher.

Les équipes ont donc ajouté des garde-fous. Pause d’urgence, plafond de dépôt, limitation de certains actifs, modification des paramètres de risque : ces outils peuvent éviter qu’un incident ne dégénère. Lorsqu’une faille menace de vider un protocole en quelques minutes, pouvoir réagir rapidement n’a rien d’anecdotique.

Mais ce filet de sécurité pose une autre question : qui tient les commandes ? Si une poignée de personnes peut suspendre les retraits, changer un paramètre ou décider quels actifs sont acceptés, l’absence d’intermédiaire devient plus difficile à défendre.

Le vote contesté chez Aave a déjà montré que la frontière entre communauté, fondateurs et équipes opérationnelles reste difficile à tracer.

Le document de travail publié par la BCE en mars apporte un élément mesurable. Sur Aave, MakerDAO, Ampleforth et Uniswap, les 100 principales adresses détenaient plus de 80 % des jetons de gouvernance observés. Cette étude repose toutefois sur des relevés de novembre 2022 et mai 2023. Elle mesure surtout la concentration de la gouvernance, pas à elle seule la décentralisation technique actuelle de chaque protocole.

Une crise de marché qui rend le débat plus concret

La discussion intervient aussi dans un contexte beaucoup moins favorable à la DeFi. D’après l’historique de DefiLlama, la valeur totale verrouillée dans les protocoles est passée de 165,71 milliards de dollars le 5 octobre 2025 à 74,96 milliards le 13 août 2026.

En un peu plus de dix mois, près de 90,75 milliards de dollars ont ainsi quitté le secteur, soit une baisse d’environ 54,8 %.

Cette chute ne peut évidemment pas être attribuée à la centralisation des protocoles. En revanche, une période de forte pression financière rend le dilemme soulevé par Cronje beaucoup plus visible.

Quand les marchés se retournent ou qu’un protocole est menacé, les équipes privilégient souvent la rapidité. Un comité capable de modifier un paramètre en quelques minutes devient alors plus efficace qu’un vote décentralisé pouvant prendre plusieurs jours.

Le propos de Cronje reste une définition exigeante, pas la preuve que toute innovation a disparu. Il reconnaît lui-même l’existence de petites poches de « vraie DeFi ». Pour l’utilisateur, le bon réflexe consiste désormais à regarder au-delà de l’étiquette : qui peut modifier le code, suspendre les retraits ou changer les paramètres ? Les projets qui prétendent fonctionner sans intermédiaire devront montrer que cette promesse résiste aussi aux crises.

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Fenelon L.

Passionné par le Bitcoin, j'aime explorer les méandres de la blockchain et des cryptos et je partage mes découvertes avec la communauté. Mon rêve est de vivre dans un monde où la vie privée et la liberté financière sont garanties pour tous, et je crois fermement que Bitcoin est l'outil qui peut rendre cela possible.

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