Euro numérique : L'Allemagne dévoile son plan contre le dollar
L’Europe et les États-Unis, c’est fini tout ça. Le divorce se consomme à petit feu. D’abord les tarifs douaniers, puis les engueulades sur l’Ukraine, et maintenant la monnaie. Washington a sorti le GENIUS Act, un cadre légal pour les stablecoins adossés au dollar. Berlin a compris le message : dans dix ans, si l’Europe ne bouge pas, ses citoyens paieront en dollars sans même y penser. La riposte s’organise.

En bref
- Joachim Nagel, président de la Bundesbank, a appelé à développer l’euro numérique et les stablecoins en euros.
- Le GENIUS Act américain, qui cadre les stablecoins dollar, menace selon lui la souveraineté monétaire européenne.
- Les stablecoins dollar pèsent 310 milliards de dollars fin 2025 contre seulement 650 millions d’euros pour ceux en euros.
- S&P prévoit un marché de 570 à 1 100 milliards d’euros pour les stablecoins en euros d’ici 2030.
La guerre des monnaies crypto a commencé, Nagel sonne l’alarme
Joachim Nagel, le patron de la Bundesbank, n’est pas du genre à s’affoler pour rien, même s’il a appris que l’AFD va développer un projet Bitcoin en Allemangne. Pourtant, son discours du 16 février à Francfort sonne comme un avertissement solennel. Il regarde outre-Atlantique et voit ce qui se prépare. Les États-Unis viennent de finaliser le GENIUS Act, un texte qui offre un cadre légal aux stablecoins adossés au dollar. Conséquence directe : ces actifs crypto vont pouvoir envahir le marché européen sans entrave.
Nagel prévient sans détour. Si ces stablecoins en dollars prennent trop d’ampleur, la politique monétaire de la zone euro deviendra une plaisanterie. Il redoute que « la politique monétaire nationale pourrait être gravement entravée, sans oublier que la souveraineté européenne pourrait être affaiblie ».
Le message est clair. Il ne s’agit pas d’une lubie de technocrate mais d’un sujet de souveraineté pure. L’Allemagne, première économie du continent, refuse que l’avenir des paiements européens s’écrive en dollars. D’autant que le marché crypto est déjà bien engagé. Les stablecoins dollar pèsent 310 milliards de dollars fin 2025.
Ceux en euros ? À peine 650 millions. Le rapport de force est absurde et le temps presse.
La double stratégie de Berlin entre CBDC et stablecoins
Face à cette menace, Nagel ne propose pas une solution unique mais deux, complémentaires. Primo, le secteur public. L’Eurosystème travaille d’arrache-pied sur l’euro numérique, un CBDC de détail. Ce sera, promet-il, « la première solution de paiement numérique pan-européenne, basée uniquement sur des infrastructures européennes ».
Une façon de reprendre la main sur un terrain devenu stratégique.
Secundo, le secteur privé. Et c’est là que le discours devient intéressant. Nagel ne se méfie pas des stablecoins. Au contraire, il les encourage.
Je vois aussi des avantages aux stablecoins libellés en euros, car ils peuvent être utilisés pour les paiements transfrontaliers par les particuliers et les entreprises à faible coût.
La vision est claire. La monnaie centrale pour les paiements programmables et la souveraineté. Les stablecoins privés pour l’innovation et les usages quotidiens. Public et privé main dans la main.
Son ministre des Finances, Lars Klingbeil, renforce le message le jour même en parlant d’un « moment véritablement européen ». Il faut bouger vite et ensemble.
Le pactole des stablecoins : 1 100 milliards d’euros à prendre
Reste une question : pourquoi ce combat en vaut-il la chandelle ? La réponse est dans les chiffres et ils donnent le vertige. Aujourd’hui, le marché des stablecoins en euros pèse 650 millions d’euros. Une goutte d’eau dans l’océan crypto. Mais les projections de S&P Global Ratings changent tout. D’ici 2030, dans un scénario optimiste, ce marché pourrait exploser à 1 100 milliards d’euros. Cela représenterait 4,2 % de tous les dépôts des banques de la zone euro.
Même dans le scénario principal de l’agence, on atteint 570 milliards d’euros, soit 2,2 % des dépôts bancaires. Laisser ce pactole filer vers des acteurs américains serait une double peine. Perte de souveraineté, certes, mais aussi perte de valeur colossale.
Les stablecoins ne sont pas un gadget. Ils sont en train de devenir l’infrastructure des paiements de demain. L’Allemagne l’a compris. Reste à savoir si le reste de l’Europe suivra assez vite pour ne pas rater le train.
La bataille des stablecoins en chiffres
- 650 millions d’euros : la valeur des stablecoins en euros fin 2025 ;
- 310 milliards de dollars : celle des stablecoins adossés au dollar à la même date ;
- 570 milliards d’euros : le marché visé pour 2030 selon le scénario principal de S&P ;
- 1 100 milliards d’euros : le potentiel maximal d’ici 2030 en version optimiste.
Du temps de Joe Biden, l’Europe et les États-Unis filaient le parfait amour. Les déclarations communes, les sourires, les accolades. L’ère Trump a tout changé. Les dirigeants européens regardent désormais Washington avec méfiance. Ils ont compris une chose : sur la monnaie comme sur le reste, il faudra voler de leurs propres ailes. Le divorce est consommé. Reste à savoir qui gardera les enfants. Et les milliards.
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