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Bitcoin (BTC) : Pour l’instant, c’est un échec

jeu 16 Juin 2022 ▪ 9h30 ▪ 14 min de lecture - par Yanis A

Bitcoin a longtemps été présenté comme un actif refuge face aux largesses des banques centrales. Il devait protéger notre épargne de l’inflation, ce qu’il n’a manifestement pas réussi à faire pour l’instant. Lorsque les taux augmentent, la fragilité revient et le BTC a montré sa grande précarité. Quel narratif pourrait susciter un nouvel engouement dans les années à venir et envoyer le prix vers de nouveaux sommets ?

bitcoin cryptomonnaies

Le bitcoin (BTC) n’est pas une couverture contre l’inflation, pour l’instant

Retour sur l’évolution des narratifs

Même si nous reconnaissons tous les qualités intrinsèques de Bitcoin, l’honnêteté nous oblige à reconnaître que le BTC n’a pas réussi pour l’instant à transformer l’essai. Le premier narratif véhiculé dans les sphères cryptos était celui d’une monnaie « du marché noir » permettant de contourner les systèmes de paiements réglementés comme Mastercard ou Visa. 

Un système de paiement qui devait permettre à chaque être humain volontaire de participer à un échange économique avec une autre partie, sans tiers de confiance qui impose sa morale privée. Même si aujourd’hui le BTC est moins utilisé sur le dark web (on préfère l’anonymat qu’apporte Monero), son utilisation sur Silk Road a été assez efficace. 

En fait, il semblerait que cette utilisation de bitcoin comme « monnaie de la drogue » ait été le plus grand triomphe accompli par le protocole durant ce laps de temps. 

Progressivement, les bitcoiners ont insisté sur un tout autre narratif. Ils ont sans doute compris qu’il n’y aurait pas d’adoption de masse si le BTC restait cette monnaie pseudonyme du dark web. Désormais, acheter du BTC devait nous protéger des maux financiers organisés par les gouvernements et leurs enfants, les banques centrales. L’histoire nous montrait qu’on ne pouvait jamais faire confiance à ces entités pour gérer la monnaie. La tentation d’en augmenter la quantité plutôt que d’augmenter les impôts était trop grande. 

Quoi de mieux qu’une monnaie avec une masse monétaire limitée à 21 millions d’unités et dont la règle est immuable grâce à une gouvernance non dictatoriale et non démocratique ?

Une occasion manquée

Malheureusement, le BTC se montre pour l’instant incapable de maintenir le pouvoir d’achat des gens entre deux transactions économiques. En prenant des périodes de temps très longs (4/5 ans), le BTC a tendance à s’apprécier, certes. Toutefois, cela implique un sacrifice trop important du présent que seuls les fanatiques du protocole pourraient assumer sans renâcler.

On aurait pu penser que les pays en développement préféreraient (et ils auraient raison) détenir du BTC plutôt que du bolivar vénézuélien ou du peso argentin. Dans les faits, l’expérience du Salvador montre que les gens préfèrent convertir immédiatement leurs BTC en dollar. Eh oui, le dollar est encore le Roi et ceux qui nous vendent l’effondrement de l’Empire américain en raison de l’hyperinflation font du sensationnaliste peu raisonnable. 

Un dollar irrésistible face à la volatilité du BTC

La Fed qui vient d’annoncer une hausse de 75 points montre bien qu’elle n’est pas prête à perdre sa crédibilité et qu’elle mettra tout en œuvre pour éradiquer l’inflation. Or, la meilleure assurance vie du BTC, c’est la planche à billets. Dans un pays traumatisé par l’inflation et déçu de la présidence Biden, il est bien possible que les Républicains en profitent pour défendre une plus grande orthodoxie monétaire. Et le dollar sera encore plus désirable.

Bref, bitcoin avait l’opportunité de montrer au monde qu’il était la meilleure protection contre l’inflation, mais ce mythe s’est effondré. L’inflation n’a jamais été aussi élevée depuis des décennies et le BTC n’apparaît toujours pas comme une alternative.

Le BTC n’est pas un or numérique (l’or n’est d’ailleurs plus une couverture efficace contre l’inflation). Honnêtement, qui accepterait d’utiliser une monnaie qui connaît tous les 4/5 ans une hyperinflation puis une hyperdéflation ? En 2022, mieux vaut détenir du dollar que du BTC pour protéger son épargne de l’inflation.

Ce ne sont pas les soldes

Si vous pensez que ce krach est positif, détrompez-vous. Une chute aussi importante du BTC n’est absolument pas souhaitable. A chaque bear market, les gens renforcent un peu plus leurs croyances. Dans le cadre du bitcoin, le prix reste la seule information dont nous disposons pour mesurer sa pertinence (en le comparant aux autres monnaies fiat).

Le récent krach du BTC pourrait donc entacher son image du « Only goes up » dans l’esprit des investisseurs.  Si l’on continue sur cette dynamique cyclique, ils seront convaincus que BTC a vocation ad vitam aeternam à retomber à son niveau précédent et ne l’utiliseront pas comme monnaie.

Bitcoin, cette « action » de la tech

Bitcoin a eu tendance ces derniers mois à se comporter comme une action technologique. La corrélation avec les valeurs de la tech est de plus en plus importante. Netflix, sans les dividendes. Peloton, sans les vélos. Walmart, sans les boutiques. 

Il y a quelques années, le BTC semblait imparfaitement corrélé avec d’autres actifs, si bien que certains investisseurs étaient intéressés par son potentiel en termes de diversification de portefeuille. Cet argument est donc en train de s’affaiblir. Aujourd’hui, la corrélation du BTC avec le NASDAQ est de 0,8.

Pourquoi c’est dramatique ?

« Ceux qui font des révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau. Ce qui constitue une république, c’est la destruction de tout ce qui s’oppose à elle. » disait Saint-Just. 

Ce que le révolutionnaire voulait dire, c’est que lorsque deux régimes s’affrontent, le nouveau régime, jeune et donc instable perdra. Lorsque Satoshi a lancé le protocole il y a plus d’une décennie, il a annoncé une lutte à mort avec les banques centrales pour anéantir leur monopole monétaire. C’est d’ailleurs ce geste insolent lancé solitairement à la face du monde qui contribue à la mythologie.

Pendant plusieurs années, le protocole a pu se développer et grandir, sans que l’État ne s’y intéresse. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas et les banquiers centraux ont compris que les bitcoiners leur avaient annoncé la guerre totale. 

Bitcoin sera une monnaie ou ne sera pas

Or, toute action antigouvernementale informelle malgré sa légalité finira asphyxiée par le régime, si celui-ci est toujours en place. Les bitcoiners n’ont jamais caché leurs objectifs maximalistes : remplacer les banques centrales. Si d’ici quelques années on se rend compte que le bitcoin n’est toujours pas une protection contre l’inflation, le groupe, la tribu des bitcoiners sera victime d’aboulie. Il n’y aura plus d’énergie conquérante concentrée sur la création d’une monnaie saine avant des décennies. La sinistrose remplacera l’espoir.

Surtout, le gouvernement aura intégré l’information et renforcera son système de défense, notamment sur le terrain monétaire (un domaine qu’il pensait contrôler de manière totale, sans concurrence possible). Lorsque le régime éteint une révolution, il devient encore plus puissant et la probabilité que survienne rapidement une nouvelle révolution devient scandaleusement faible.

Si BTC échoue à devenir une monnaie de transaction, il se peut bien que ce soit la dernière des cryptomonnaies. Ce serait alors dramatique pour l’humanité de ne plus avoir d’alternative au système fiat… 

Les institutionnels vont-ils sauver le bitcoin ?

Comme on l’a vu, BTC a urgemment besoin d’une adoption (vraiment) massive. Les institutionnels pourraient-ils changer la donne ?

Durant ces dernières années, on a vu les institutionnels entrer timidement dans le protocole, freinés notamment par le manque de régulation de l’industrie. Par exemple, il y a environ deux mois, Fidelity Investments a annoncé qu’elle autoriserait les entreprises à permettre aux employés de choisir d’allouer une partie de leur épargne retraite à bitcoin. On a observé d’autres initiatives comme celle de Harvard et de Yale. En effet, les prestigieuses universités investissent dans le bitcoin depuis 2019. 

Surtout, si les fonds de pension, les compagnies d’assurance, les hedge funds décident d’investir des centaines de milliards sur le BTC, on pourrait alors espérer des jours plus heureux que ceux décrits juste avant. Cette vague d’adoption par les institutionnels est-elle réellement crédible ?

Certains d’entre eux pourraient croire à l’histoire selon laquelle le bitcoin ou une autre cryptomonnaie finira par remplacer fiat comme monnaie du pays. Ça reste toutefois assez peu crédible en Occident. Ils peuvent aussi admettre que les cryptos représentent une innovation qui montrera son potentiel dans les années à venir et qu’il peut être intéressant d’investir une partie de leurs ressources dans le leader de l’écosystème. Des phénomènes moutonniers pourraient alors se dessiner.

Il est possible que les institutionnels entrent un jour massivement sur le BTC. Nous n’en savons rien. Si cela devait arriver, ça prendra néanmoins des mois, voire des années. Ces acteurs prennent des décisions d’une décennie. Dans tous les cas, cette entrée ne se fera que si une réglementation claire le permet. Espérons que celle-ci arrive le plus rapidement possible et qu’elle soit la moins coercitive.

D’autres pays s’inspireront-ils de Nayib Bukele ?

Si la volatilité du BTC est inacceptable en Occident (en tant que monnaie transactionnelle), ceci est différent dans les pays en développement. D’autres Etats dans le sillage du Salvador pourraient adopter le BTC. Un tel projet s’inscrirait sans doute dans un double objectif : celui de s’affranchir du dollar et d’avoir un actif moins volatile que leur monnaie nationale. 

Une telle dynamique est possible. Toutefois, il semblerait que nous en revenions toujours au billet vert. Que ce soit à travers des solutions comme Strike qui assurent la convertibilité immédiate ou grâce à des stablecoins.

Jack Mallers a sans doute raison, il est bien plus probable d’observer une adoption de Bitcoin en tant que rail de paiement plutôt qu’en tant qu’unité monétaire dans un premier temps. Des initiatives de construction de stablecoins natifs au Lightning Network comme celle de Taro vont donc dans le bon sens en attirant des capitaux sur le protocole.

Les dictateurs au service de Bitcoin ?

Poutine, le Salvador, la Centrafrique

Ne soyons pas naïfs, des dictatures comme la Russie ou la Chine pourraient jouer un rôle dans l’adoption du BTC afin de déstabiliser leur rival américain (et européen). 

Nayib Bukele s’est d’ailleurs illustré ces derniers mois, comme un parfait laquais du tsar en refusant de condamner l’invasion de l’Ukraine. De même, Faustin-Archange Touadéré, président de la Centrafrique est un proche de Poutine. Peu étonnant lorsqu’on sait que la Russie assure l’instruction militaire, protège les mines et surtout la présidence.

Bitcoin a beau être acéphale, nous vivons dans un monde anarchique et où chaque Nation tente de défendre son pré carré.

Les parias accumuleront-ils du BTC contre les sanctions financières ?

Les États-Unis et l’Europe ont démontré cette année le pouvoir des sanctions financières contre la Russie. Que peut donc faire un paria économique condamné par la communauté internationale ? Commencer à commercer en dehors du système financier traditionnel.

Certains pays (surtout des dictatures du pétrole et du gaz) voudront naturellement se prémunir contre une attaque similaire. D’ailleurs, le CEO de Mastercard pense que le système SWIFT n’existera plus d’ici 5 ans.

Or, il n’y a pas deux pôles antagonistes. Malgré l’apparente amitié entre la Chine et la Russie, les deux Nations ont de nombreux intérêts divergents. Pensez-vous que Poutine qui se rêvait en nouveau tsar d’une Russie ressuscitée finira par être le laquais de Xi Jinping en intégrant le système du yuan numérique ? 

Dans ce cadre, détenir du BTC pourrait être une façon de s’affranchir du système dollar, sans avoir à tomber dans les bras de la Chine. Les États voyous détiendraient alors des bitcoins comme assurance contre les sanctions occidentales. Une monnaie décentralisée, non censurable dans un monde multipolaire où les tensions militaires se multiplient. 

BTC, la monnaie des dictateurs ?

Tenter de séduire les banquiers centraux de divers pays en développement et États voyous dans le giron russe ou chinois pourrait donc favoriser une plus grande adoption du bitcoin. En revanche, l’image serait terrible … 

Après avoir été « la monnaie de la drogue », le BTC serait donc condamné à être la monnaie des criminels de guerre et de leurs amis ? Misère, ça ne fait pas rêver !

Les banques centrales des pays en développement et des États voyous semblent être les sauveurs les plus probables du BTC à court terme. Paradoxal, pour un actif qui apporte un message de paix et de liberté. Même si BTC n’a toujours pas prouvé son caractère de résistance à l’inflation, il lui reste encore quelques années pour le faire. Au final, le plus important reste le narratif. Nous croyons ce que nous voulons croire, et une fois que nous croyons quelque chose, nous ne pouvons plus nous en passer. Le narratif de Bitcoin est tellement puissant, sa mythologie si séduisante, qu’on ne peut rester qu’optimiste.

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Yanis A

Le bitcoin change tout ! Issu d’une formation financière, tout me passionne dans cette technologie. Chaque jour, j’essaie d’enrichir mes connaissances sur cette révolution qui permettra à l’humanité d’avancer dans sa conquête de liberté.

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