Le président du Paraguay destitué après la faillite d’une banque
Le Sénat paraguayen a destitué Santiago Peña vendredi 6 novembre, au lendemain de sa démission, après l’effondrement d’Ueno Bank. La banque numérique revendiquait près de 3 millions de clients et détenait environ 800 millions de dollars de dépôts publics.

En bref
- Le 3 novembre, la banque centrale a placé Ueno Bank en résolution après la chute de son ratio de solvabilité sous la moitié du minimum légal.
- Les autorités ont arrêté son fondateur, Miguel Vázquez, et sept autres dirigeants. Par ailleurs, 27 responsables font l’objet de poursuites pour abus de confiance et tentative de fraude.
- Ancien actionnaire du groupe propriétaire d’Ueno jusqu’en avril 2025, Santiago Peña a démissionné avant que le Sénat ne prononce sa destitution. Il perd ainsi son siège à vie et son immunité.
Ueno Bank : Comment une néobanque a concentré une part importante de l’argent public
L’histoire d’Ueno ne date pas d’hier. À l’origine, l’établissement n’était qu’une petite société financière fondée dans les années 1970. Le Grupo Vázquez l’a rachetée en 2021, avant d’obtenir l’autorisation de la banque centrale pour lancer une banque numérique en novembre 2023.
En quelques années, Ueno a changé d’échelle. L’établissement revendiquait jusqu’à 2,94 millions de clients, soit environ 60 % de la population adulte du pays. Ses dépôts atteignaient 800 millions de dollars, dont près d’un quart provenait du secteur public.
Parmi ses principaux clients figurait l’Institut de prévoyance sociale, qui y avait placé 355 millions de dollars, soit près de 9 % de ses investissements. Les opérateurs des grands barrages paraguayens y conservaient également une partie de leurs fonds.
Autrement dit, Ueno ne gérait pas seulement l’épargne de particuliers. La banque occupait aussi une place importante dans les finances publiques d’un pays d’environ 7 millions d’habitants. Un détail qui prend aujourd’hui une tout autre dimension.
Les alertes ignorées avant la faillite
Les difficultés de la banque ne sont pas apparues du jour au lendemain. Dès juin, les inspecteurs avaient identifié des prêts risqués accordés à des personnes proches de ses propriétaires.
Plus précisément, Ueno finançait des sociétés liées à ses actionnaires, en dépassant les plafonds réglementaires et sans obtenir suffisamment de garanties. Le 30 septembre 2025, elle aurait même transféré près de 39 millions de dollars à trois de ces entreprises en une seule journée.
Les enquêteurs ont également découvert des prêts mal documentés et des dépenses enregistrées à tort comme des actifs. Après correction des comptes, le capital de la banque est tombé sous la moitié du seuil réglementaire.
Le 3 novembre, le régulateur a donc décidé de placer l’établissement en résolution. Les applications, les cartes et les virements ont cessé de fonctionner, tandis que les agences ont fermé leurs portes.
La justice a ensuite accéléré les procédures. Huit dirigeants, dont le fondateur Miguel Vázquez et le président Juan Manuel Gustale, ont été arrêtés. Au total, 27 responsables et associés sont poursuivis pour abus de confiance et tentative de fraude.
Les conséquences politiques et bancaires de la crise
La crise bancaire a rapidement rattrapé le pouvoir. Jeudi, Santiago Peña a annoncé sa démission dans une vidéo publiée sur X, invoquant la stabilité du pays.
Mais son départ n’a pas mis fin à la procédure parlementaire. Quelques minutes après son annonce, la Chambre des députés a voté sa mise en accusation par 78 voix contre zéro, y compris parmi les élus du Parti colorado, au pouvoir depuis plusieurs décennies.
Le lendemain, le Sénat a prononcé sa destitution pour manquement à ses fonctions. Cette décision a également des conséquences juridiques : Peña perd le siège à vie réservé aux anciens présidents ainsi que l’immunité qui l’accompagne. Il redevient donc justiciable de droit commun.
Pendant ce temps, les déposants attendent des solutions concrètes. Près de 280 000 clients ne possédaient aucun autre compte bancaire. Les autorités ont ainsi commencé à leur ouvrir des comptes de substitution auprès d’autres établissements.
Cette affaire rappelle une réalité souvent négligée : afficher des millions de clients ou bénéficier de la confiance des autorités ne garantit pas la solidité d’une banque. La qualité des actifs et la transparence financière restent essentielles. Dans la finance traditionnelle comme dans la crypto, la confiance ne remplace pas les contrôles.
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