L’Europe détient 10 400 milliards aux États-Unis et pourrait bientôt s’en délester
Donald Trump aime se présenter comme l’homme qui a rendu la finance américaine « plus forte que jamais ». Il parle fort, menace souvent, et promet toujours de « faire plier » ceux qui contestent son leadership. Mais cette fois, son ton bravache pourrait bien se retourner contre lui. Car en face, l’Europe ne tremble plus : elle détient des milliers de milliards de dollars investis aux États-Unis et, en cas de besoin, elle peut sortir son fameux « bazooka économique ».

En bref
- Les Européens détiennent 10 400 milliards de dollars d’actifs financiers aux États-Unis.
- Les menaces tarifaires de Trump déclenchent des velléités de retrait progressif des marchés américains.
- L’Union européenne brandit la possibilité d’un « bazooka économique » pour contrer les pressions américaines.
- Les analystes redoutent une contagion sur la finance mondiale, affectant dollar, actions et obligations.
L’arme cachée de l’Europe : 10 400 milliards qui font trembler Wall Street
L’Europe, fort d’une arme secrète, est depuis des années le principal moteur des marchés américains. Ses fonds de pension, compagnies d’assurance et gestionnaires d’actifs détiennent près de 10 400 milliards de dollars d’actions américaines, soit près de la moitié de tous les capitaux étrangers à Wall Street.
C’est un chiffre colossal, et pourtant méconnu. Derrière les records de la bourse américaine se cache une réalité : sans l’argent européen, les indices américains n’auraient jamais atteint ces sommets.
Mais les temps changent. Depuis que Trump menace d’imposer des tarifs à huit nations européennes, un vent de méfiance souffle. Chez Amundi, le plus grand gestionnaire européen, le signal est clair. Son directeur des investissements, Vincent Mortier, confie :
Nous voyons de plus en plus de clients souhaitant se diversifier loin des États-Unis. Nous avons constaté que cette tendance a commencé en avril 2025, mais elle s’est quelque peu accélérée cette semaine.
En clair, les investisseurs qui ont nourri la prospérité américaine pourraient en devenir le talon d’Achille. Les chiffres sont éloquents : l’Europe détient 49 % de toutes les actions américaines détenues par des étrangers, et la moitié vient précisément des pays ciblés par Trump.
C’est une dépendance à double tranchant : Wall Street brille, mais grâce à l’argent d’un continent que le président des États-Unis insulte régulièrement.
Trump, la finance et le jeu dangereux des menaces
Les marchés n’aiment ni l’incertitude ni les ego surdimensionnés. Or, Trump combine les deux. Son récent ton belliqueux envers l’Europe a suffi à faire plier les marchés : le S&P 500 a perdu 2,1 % après ses dernières annonces.
Certes, rien de catastrophique à court terme, mais les signaux de tension se multiplient : les flux de capitaux se stabilisent, les demandes de désengagement augmentent et les gérants parlent ouvertement de « réallocation ».
L’Europe, en plus de ses actions, détient près de 2 000 milliards de dollars de bons du Trésor américain. Une réduction, même marginale, ferait grimper le coût du financement de la dette américaine.
L’économiste Richard Portes (London Business School) rappelle que « l’endettement des États-Unis est aujourd’hui leur plus grande faiblesse ». Le danger est donc clair : Trump joue avec le feu d’une dépendance qu’il ne maîtrise plus.
Et pendant que le président américain promet un doublement des marchés, les investisseurs cherchent la sortie. Le fonds danois AkademikerPension a déjà commencé à vendre ses Treasuries, tandis que Greenland’s SISA Pension envisage de réduire son exposition de 50 % sur les actifs américains.
Les performances récentes renforcent la tendance : en 2025, la bourse sud-coréenne (Kospi) a bondi de 80 %, le Stoxx 600 européen de 32 %, contre seulement 16 % pour le S&P 500.
Résultat : la finance mondiale glisse doucement vers un nouvel équilibre, moins centré sur New York, plus diversifié.
Quand l’Europe redécouvre son poids sur la scène financière mondiale
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse le simple bras de fer diplomatique. Pour la première fois depuis longtemps, l’Union européenne découvre qu’elle peut frapper fort sans tirer un coup de feu. L’épisode du Groenland, où Trump a dû reculer face à la menace européenne d’une réplique économique de 93 milliards de dollars, en est la preuve.
Selon The Guardian, ce ne sont pas les discours politiques mais les marchés eux-mêmes qui ont forcé la Maison-Blanche à calmer le jeu.
À Bruxelles, une idée s’impose : l’argent européen est une arme de dissuasion massive. L’UE travaille sur un nouvel outil, l’Instrument anti-coercition (ACI), capable de répliquer économiquement à toute attaque commerciale américaine.
Certes, l’Europe ne veut pas saboter Wall Street, mais elle sait désormais que la finance peut être politique.
Comme le souligne Lars Christensen, analyste chez Paice :
Il ne s’agit pas pour l’Europe de se dresser contre les États-Unis. Il s’agit d’une question de prudence dans nos investissements — de réduction des risques.
Les analystes de Tikehau Capital et Julius Baer parlent même d’un « nouveau cycle d’investissement », tourné vers l’Asie et l’Europe.
L’Amérique a longtemps dominé la finance mondiale, mais son arrogance politique pourrait bien lui coûter cette hégémonie. La finance, elle, n’a pas de drapeau — seulement des calculs.
Les chiffres qui résument la bataille financière
- L’Europe détient 10 400 milliards $ d’actions américaines, soit 49 % des capitaux étrangers à Wall Street ;
- En 2025, le Stoxx 600 a bondi de 32 %, contre 16 % pour le S&P 500 ;
- Les investisseurs européens possèdent 2 000 milliards $ de dette souveraine US ;
- Le S&P 500 a chuté de 2,1 % après les menaces tarifaires de Trump ;
- Le prix de l’Ethereum s’échange actuellement à 2 931 dollars.
Lorsque l’Europe promet de sortir son bazooka, les marchés mondiaux retiennent leur souffle. La dernière fois, le bitcoin a vacillé et l’or s’est envolé. Cette fois, c’est peut-être Wall Street qui tremblera, si le Vieux Continent décidait de se délester de ses milliards. Trump joue un jeu dangereux, et la finance, elle, ne pardonne pas.
Maximisez votre expérience Cointribune avec notre programme 'Read to Earn' ! Pour chaque article que vous lisez, gagnez des points et accédez à des récompenses exclusives. Inscrivez-vous dès maintenant et commencez à cumuler des avantages.
La révolution blockchain et crypto est en marche ! Et le jour où les impacts se feront ressentir sur l’économie la plus vulnérable de ce Monde, contre toute espérance, je dirai que j’y étais pour quelque chose
Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.