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« L'inflation est venue de nulle part » C. Lagarde

mer 02 Nov 2022 ▪ 7h00 ▪ 9 min de lecture - par Nicolas Teterel

Pour Christine Lagarde, « l’inflation est venue de nulle part »… Allons bon.

inflation

D’où vient l’inflation ?

Elle provient d’un déséquilibre entre l’offre et la demande.

L’offre est tout ce qui se vend. C’est-à-dire essentiellement des ressources naturelles transformées grâce au génie humain.

La demande peut être représentée par la quantité d’argent en circulation.

Toutes choses égales par ailleurs, augmenter la quantité d’argent dans une économie aura pour effet de créer de l’inflation. Illustration avec la parabole de l’île :

« Trois naufragés sur une petite île s’organisent pour survivre. Chaque jour, l’un d’eux pêche du poisson, un autre rapporte des portions d’eau douce et le troisième des bananes. Et pour que chacun fasse autant d’efforts que les autres, il est décidé d’instaurer une monnaie.

Ils choisissent un coquillage rare sur l’île et se retrouvent avec 24 coquillages, soit 8 chacun. Chaque jour, les naufragés s’échangent toutes leurs victuailles. Au vu de la quantité de travail nécessaire pour obtenir chaque denrée, les prix s’établissent à 2 coquillages pour un poisson, 1 coquillage pour une banane et 2 coquillages pour une ration d’eau. Avec 24 coquillages, il y a assez d’argent pour acheter l’ensemble des denrées que les naufragés ont coutume de ramasser chaque jour.

Un beau jour, le naufragé responsable de l’eau douce tombe par hasard sur un tas de 4 coquillages. Excité par sa découverte, il décide de s’acheter une ration de poisson supplémentaire le soir même…

Mais le pêcheur n’a pas pêché davantage de poissons que d’habitude. Par ailleurs, le ramasseur de bananes veut sa portion habituelle. Si bien que le porteur d’eau propose 6 coquillages pour convaincre l’un d’eux de faire une croix sur sa portion de poisson et la lui donner. »

En définitive, la même quantité de denrée s’est vendue pour 28 coquillages, contre 24 coquillages auparavant. Soit une inflation de 16 %. Les nouveaux prix seront en vigueur dès le lendemain sans jamais rebaisser.

Mais pas pour Christine Lagarde, la présidente la banque centrale européenne :

« L’inflation dans la zone euro a atteint un niveau record aujourd’hui.
Voici la présidente de la Banque centrale européenne qui dit que l’inflation est venue de nulle part. »

Énergie et inflation

Personne ne peut nier que la quantité d’argent ne cesse de croître.

Dans le système fiat, chaque dollar, chaque euro, chaque yuan provient d’une dette. Il suffit donc de suivre l’évolution de la dette pour connaître exactement la quantité d’argent en circulation.

La dette du gouvernement américain est par exemple passée de 17 milliards de dollars en 1929, à 30 000 milliards aujourd’hui.

Nous sommes même à 91 000 milliards si l’on ajoute la dette des entreprises et des particuliers. Les ordres de grandeur sont similaires pour l’ensemble des pays avancés.

Cela dit, créer de l’argent ne génère pas forcément de l’inflation. Le « toutes choses égales par ailleurs » écrit plus haut est important.

Les possibilités sont réduites sur une petite île. Mais les choses sont différentes lorsque l’on jouit de ressources illimitées (énergie, matières premières).

Créer de l’argent pour construire de nouveaux moyens de production permet in fine de faire baisser les prix. De même qu’investir dans la recherche pour trouver des astuces technologiques visant à démultiplier la productivité. Un tracteur par exemple.

Ainsi, même si la quantité d’argent augmente, la taille du gâteau aussi. Et ma foi, dans l’abondance, les salaires suivent et la classe moyenne s’épaissit.

Tout ceci a bien été résumé par Milton Friedman :

« L’inflation est toujours un phénomène monétaire en ce sens qu’elle est et qu’elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production ».

Les humains n’ont cessé de se rendre la vie plus facile. Surtout depuis la révolution industrielle et la combustion du charbon, pétrole et gaz. Ces énergies fossiles représentent encore aujourd’hui 80 % du mix énergétique mondial.

L’alliance de l’énergie et des machines (technologie) nous a offert des gains de productivité (production par personne) immenses. Mais ce confort (pouvoir d’achat) dépend de notre capacité à extraire l’énergie nécessaire à l’alimentation de ces machines. Sans pétrole, 95 % du transport mondial cesse…

Le déséquilibre

Le constat est implacable. La production n’augmente plus aussi vite que la quantité d’argent injectée dans l’économie. Entre 2008 et aujourd’hui, la dette globale a augmenté de près de 100 % alors que le PIB (qui mesure la production) n’a augmenté que de 50 %.

Cette décorrélation est flagrante depuis les années 1970 et s’est encore accélérée depuis 2008.

Pourquoi tant d’écart ? Parce que nous avons atteint en 2007 le pic de pétrole conventionnel. C’est-à-dire que nous produisons depuis 2007 de moins en moins de pétrole conventionnel (le pétrole qui ne coûte pas très cher à sortir du sol).

Cela dit, depuis le pic, l’exploitation du pétrole non-conventionnel a pris le relais. On parle de pétrole de schiste (ou de roche mère). Il s’agit pour faire simple des fonds de tiroir :

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Production mondiale de pétrole conventionnel en millions de barils par jour (le pétrole qui coûte peu cher à sortir de terre) / Source : ourfiniteworld.com

Ces fonds de tiroir étant plus chers à sortir de terre, le prix du baril, qui oscillait entre 10 et 40 dollars avant 2007, évolue désormais entre 70 et 100 dollars.

Ce n’est pas rien quand on sait que le pétrole représente 30 % de toute l’énergie que nous consommons. Énergie qui, encore une fois, détermine directement notre capacité de production.

Dit autrement, depuis 2008, les pays qui consomment beaucoup de pétrole font de la dette pour compenser l’argent qu’ils n’ont pas. Cet argent frais entretient la spirale inflationniste qui est préférée à la destruction d’une partie de notre confort.

Je tiens à insister sur un point. C’est bien la raréfaction énergétique qui met l’économie sous pression et pousse à la fuite en avant de la dette. La raréfaction énergétique est comme qui dirait l’œuf, et la dette la poule.

Il y aurait beaucoup moins d’inflation si nous ne faisions pas tant de dettes. Mais nous produirions également moins, ce qui revient au même. Sauf pour ceux qui gardent leur épargne en monnaie fiat. D’où l’utilité du bitcoin, la meilleure réserve de valeur au monde.

L’inflation ne vient pas de nulle part

Christine Lagarde n’a pas complètement tort lorsqu’elle pointe du doigt les tensions géopolitiques avec la Russie. Se couper soi-même du plus grand exportateur d’énergie fossile au monde allait bien entendu exacerber l’inflation liée aux coûts naturellement croissants de l’extraction d’énergie fossile.

L’Agence internationale de l’énergie prédit même dans son dernier rapport annuel qu’en 2025, la production de pétrole russe sera 2 millions de barils en dessous de ce qu’elle prévoyait un an plus tôt.

Cependant, tout mettre sur le dos de l’abominable Poutine des neiges est loin d’être une explication sincère. L’inflation provient avant tout des limites physiques à la croissance. Notre planète n’est pas extensible. Ses ressources sont limitées.

Maintenant que l’on a dit ça, il faut aussi dire qu’imprimer (faire de la dette) sans vergogne est l’autre face de cette pièce inflationniste. Les gouvernements préfèrent imprimer, sachant très bien qu’ils choisissent une politique inflationniste plutôt qu’une augmentation du chômage. C’est un choix assumé par Christine Lagarde.

Enfin, rappelons que s’endetter pour acheter l’énergie et les matières premières de ses voisins ne pourra pas durer éternellement. Si vous n’avez rien à offrir en échange, arrive tôt ou tard un moment où votre monnaie s’écroule. L’Euro a perdu près de 30 % depuis 2014 face au billet vert…

Rapidement, les pays exportateurs d’énergie ne voudront plus d’une monnaie de singe, et c’est probablement pour cette raison que l’OPEP vient d’annoncer réduire sa production de deux millions de barils par jour.

Cette baisse de l’offre maintiendra l’inflation élevée en Europe. Protégez votre épargne en vous octroyant des bitcoins.

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Nicolas Teterel

Journaliste rapportant sur la révolution Bitcoin. Mes papiers traitent du bitcoin à travers les prismes géopolitiques, économiques et libertaires.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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