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Bitcoin (BTC) et CBDC à l'agenda de l'UE et du World Economic Forum

sam 28 Mai 2022 ▪ 17h00 ▪ 12 min de lecture - par Nicolas Teterel

La présidente de la BCE s’est de nouveau payé le bitcoin (BTC) tout en promouvant ce qui s’annonce comme la pire monnaie de tous les temps : la CBDC. Du World Economic Forum à la Commission européenne, tout le monde en parle.

« Le bitcoin ne repose sur rien, contrairement à l’euro numérique... »

L’année dernière, la Commission européenne a lancé une consultation populaire sur l’euro numérique. La consultation s’est terminée par un taux de participation record (47 % pour les Allemands, 15 % pour les Italiens et 11 % pour les Français) et un mandat clair en faveur d’une protection maximale de la vie privée.

Problème : il est bien évidemment impossible de réaliser des paiements numériques anonymes sans compte anonyme.

La Commission européenne le sait. Pour le commissaire européen Paolo Gentiloni chargé des affaires économiques et monétaires, « un euro numérique complètement anonyme n’est pas désirable ».

Le ministre des Finances irlandais Paschal Donohoe qui préside l’Eurogroupe a lui lancé le mois dernier qu’il serait « peut-être possible de permettre plus de confidentialité pour les petites transactions ».

« Plus » de confidentialité… Une transaction est anonyme ou elle ne l’est pas. Il n’y a pas d’entre-deux.

Il est possible de réaliser des transactions anonymes en BTC précisément parce que les wallets privés sont anonymes. Mais il va sans dire que la BCE n’autorisera jamais d’hypothétiques comptes de CBDC anonymes.

Bien au contraire. L’anonymat est l’une des raisons pour lesquelles les puissants honnissent le bitcoin. Christine Lagarde s’est d’ailleurs récemment inquiétée pour les gens qui ne « comprennent pas les risques et qui perdront tout ». « Mon humble avis est qu’il ne vaut rien (bitcoin), qu’il ne repose sur rien ». « Le jour où nous aurons l’euro numérique, la banque centrale sera derrière, et je pense que c’est très différent ».

Mensonges… Le bitcoin repose sur l’énergie, la démocratie et la rareté. A contrario, l’euro est créé de manière illimitée, ex nihilo. Il est de surcroît chapeauté par une femme condamnée par la Cour de Justice de la République…

Regardez Christine Lagarde être interrogée dans l’émission de télévision néerlandaise « College Tour » sur les cryptomonnaies et l’expansion du bilan de la BCE.
« Comment allez-vous le faire redescendre ? »
« Il va redescendre. »
« Mais est-ce que vous dormez la nuit quand vous voyez ça ? »

À quoi ressemblera la CBDC ?

La CBDC aura-t-elle une masse monétaire fixe ? Si créée sur le modèle du bitcoin, qu’est-ce qui nous assure que cette promesse ne sera jamais brisée ?

La CBDC remplacera-t-elle l’argent créé par les banques privées ? Ces dernières finiront-elles par disparaître ? Dans le cas contraire, pourra-t-on échanger nos euros BNP Paribas contre de la CBDC sans aucune limite ?

Sera-t-elle programmable ? Et puis au fond, pourquoi une CBDC ?

Autant de questions auxquelles la Commission européenne a tenté de répondre dans le rapport « Digital Euro : implications politiques et perspectives », publié en début d’année. Un rapport contenant tout de même six fois le mot bitcoin…

La commission y concède notamment que « la monnaie est entrée dans une ère de compétition », et que les « stablecoins vont introduire une concurrence entre les monnaies aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur des frontières ».

Assez cocasse pour être souligné, les auteurs du papier reconnaissent que le bitcoin est une percée technologique : « Le bitcoin est très innovant dans sa méthode de consensus ». « Il est également très sûr […], mais le prix à payer est un débit de transactions très faible », est-il toutefois écrit. « Le bitcoin n’est guère évolutif et se révèle être extrêmement gourmand en énergie. »

Encore un peu de recherches et les technocrates bruxellois comprendront que le « débit de transactions très faible » n’est pas un bug, mais qu’il est essentiel à sa décentralisation.

Le bitcoin peut gérer des millions de transactions par seconde via le Lightning Network :

« Le #LightningNetwork a un débit théorique de 40 millions de transactions par seconde. C’est l’équivalent d’un bloc de 14,4 TB de bloc toutes les 10 minutes. Lightning permet au bitcoin d’être un moyen de paiement décentralisé à l’échelle planétaire. »

D’où l’inutilité des altcoins qui ont su attirer le chaland par la promesse d’un débit de transaction élevé en sacrifiant la décentralisation qui est évidemment cruciale.

En outre, soulignons que le protocole bitcoin est extrêmement évolutif (SegWit, Taproot, etc).

La consommation d’énergie du bitcoin est aussi un faux débat. Près de 60 % de l’énergie utilisée par les mineurs de BTC provient de sources renouvelables. Les mineurs ont besoin d’une énergie peu chère et cette réalité garantit qu’ils finiront tous par consommer des surplus d’énergie autrement gaspillés.

Une CBDC à la place du cash

De manière très intéressante, nous apprenons que la motivation première derrière la CBDC est d’anticiper la fin du cash : « Si l’argent liquide venait à disparaître, le grand public n’aurait plus accès à la monnaie banque centrale ». « La principale raison de développer un euro numérique est donc de préserver le rôle de la monnaie publique. »

Dit autrement, les puissants ont bel et bien l’ambition de faire disparaître le cash. Christine Lagarde nous enfume quand elle clame ne pas vouloir y mettre fin. Elle nous dira un beau jour : « Vous m’avez mal compris, la CBDC EST du cash… »

Soit dit en passant, le bitcoin n’a jamais eu pour vocation de remplacer le cash. Sa raison d’être est liée à sa masse monétaire finie de 21 millions de BTC. Aucun « bailout » n’est prévu dans son protocole…

Une autre question posée en introduction est de savoir si « la technologie permettrait à la banque centrale d’ouvrir directement des comptes à des centaines de millions de citoyens de la zone euro » ?

Cette question suggère que la banque centrale pourrait dans le futur faire office de banque universelle venant remplacer toutes les banques privées. À la manière de la Gosbank à l’époque de l’URSS…

Ceci n’est pas un scénario tiré par les cheveux. Le cocktail dette / guerre mondiale / pic pétrolier a effectivement de bonnes chances de déclencher un Great Reset hyperinflationniste. C’est-à-dire une inflation comprise entre 50 % et 100 % sur un an.

Face aux faillites bancaires, les banques centrales auraient le champ libre pour créer une CBDC programmable. Nous pourrions imaginer que les montants prêtés soient automatiquement décidés en fonction du crédit social des uns et des autres. C’est-à-dire en fonction de la pureté de vos ‘datas‘. La Commission pense en effet que « parmi tous les prestataires de services de paiement, la banque centrale est la seule qui n’a aucun intérêt à exploiter les données personnelles à des fins lucratives »;

Quant à savoir si la CBDC sera programmable, voici l’une des réflexions partagées dans ce rapport :

« La programmation peut affecter directement la nature et donc la valeur de la monnaie. Par exemple, la monnaie peut être émise avec une date d’expiration au-delà de laquelle elle n’est plus valable, comme cela se fait à Hangzhou, en Chine. Elle peut être limitée à un usage particulier, comme des bons d’alimentation. Verser les aides sociales dans une monnaie assortie d’une date d’expiration permettrait de s’assurer qu’elles soient dépensées et non thésaurisées […]. En théorie, les gouvernements à tendance autocratique ou moraliste pourraient limiter l’utilisation de ces aides sociales en interdisant par exemple l’achat d’alcool ou d’objets de loisir, ce qui les rapprocherait des bons d’alimentation. Les possibilités sont presque infinies. »

Cela étant dit, de bonnes questions sont soulevées : « Mais quelle est la valeur d’une monnaie avec une date d’expiration ou un usage limité » ? « Sera-t-elle échangée sous forme de rabais ? »

De manière lucide, nous pouvons aussi lire : « En réalité, la monnaie programmable est un oxymore ». « À proprement parler, ce n’est pas de l’argent. »

Les risques liés à la CBDC

Il est probable que le grand public préférera détenir des CBDC plutôt que de la monnaie privée. La raison étant, une banque lambda peut faire faillite contrairement à la BCE.

« Il ne fait aucun doute qu’une monnaie totalement sûre et liquide est une réserve de valeur extrêmement attrayante, surtout si elle est proposée en quantités illimitées », est-il écrit. « En fonction de sa conception, une portion importante des dépôts pourrait se déplacer vers la CBDC. »

Sans entrer dans les détails du système de réserve fractionnaire, le risque est que les banques privées n’aient plus assez de monnaie centrale pour opérer normalement. Par ailleurs, les « bank run » deviendraient plus faciles puisqu’il suffira de cliquer quelque part sur son app pour échanger ses euros BNP ou Crédit Agricole contre de la CBDC.

C’est l’un des problèmes qui a été soulevé au cours de la première journée du World Economic Forum par Kristalina Georgieva, la présidente du FMI, et François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la banque de France qui a lui martelé que le bitcoin « n’est pas une monnaie » :

« Kristalina Georgieva se penche sur les problèmes techniques plus profonds que posent les monnaies numériques des banques centrales. »

Du coup, les penseurs qui travaillent sur l’usine à gaz de la CBDC envisagent qu’elle soit flanquée d’un taux d’intérêt, positif ou négatif :

« Contrairement à l’argent liquide, il serait techniquement possible d’imposer un taux d’intérêt à une CBDC. De nombreux économistes pensent que cela permettrait d’accroître l’efficacité de la politique monétaire, notamment via un taux d’intérêt négatif. »

En effet, après avoir imprimé des milliers de milliards et volé l’épargne des gens via l’inflation, il faudra bien drainer le trop-plein d’argent pour éviter le risque d’hyperinflation. D’où l’idée du taux négatif…

Ce joli plan a toutefois du plomb dans l’aile maintenant que nous avons le bitcoin, qui est sans conteste la forme la plus aboutie de la monnaie que l’humanité est connue. Le bitcoin est l’échappatoire au Great Reset hyperinflationniste. Hold!

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Nicolas Teterel

Journaliste rapportant sur la révolution Bitcoin. Mes papiers traitent du bitcoin à travers les prismes géopolitiques, économiques et libertaires.

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