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Bitcoin (BTC) et prémices hyper-inflationnistes

mer 13 Avr 2022 ▪ 17h00 ▪ 10 min de lecture - par Nicolas Teterel

Nous allons au devant d’une grave crise économique. Peu semblent s’y préparer si l’on en croit l’atonie du bitcoin. Et pourtant, le great reset (hyperinflation) est passé à la vitesse supérieure depuis l’invasion de l’Ukraine.

Résumé hebdomadaire du rapport On-chain de GlassNode

Avant toute chose, rappelons que l’on ne peut pas prédire le futur à partir d’anciennes courbes de prix passées. Seule l’analyse fondamentale permet de savoir s’il faut être « long » ou « short » sur quoi que ce soit.

L’analyse On-chain n’est pas non plus une boule de cristal, même si certaines informations sont bonnes à prendre. Dans cette édition, GlassNode s’est penché sur ces métriques :

  • Activité On-chain
  • Le Hashrate
  • La quantité de BTC affichant une perte ou un gain latent

L’activité On-chain est une expression regroupant plusieurs métriques comme l’utilisation de l’espace des blocs (1Mo), le nombre de transactions par personne ou encore les frais de transaction qui augmentent quand les blocs sont remplis, et vice versa.

Dans l’ensemble, GN estime qu’il est « difficile de trouver beaucoup d’observations suggérant que le nombre d’utilisateurs du bitcoin serait en train de croître fortement ».

La courbe du nombre de personnes effectuant des transactions reste dans une zone (canal rouge) typique des marchés baissiers pour BTC/USD. Cela dit, GN note que « le nombre actuel d’entités actives de 296 000/jour se situe à l’extrémité supérieure de ce canal, et qu’une expansion soutenue à la hausse serait constructive ».

Bitcoin : Number of active Entities
Courbe orange : moyenne sur deux semaines du nombre de personnes ayant réalisé une transaction on-Chain

GN note toutefois que le plancher du nombre d’entités actives et de transactions ne cesse de s’élever, preuve que le réseau bitcoin a toujours le vent en poupe.

L’autre métrique phare de l’activité On-chain est le faible remplissage des blocs BTC qui se traduit par des frais de transaction très bas. Rien d’étonnant puisque le nombre de paiements a doublé en l’espace d’un an sur le Lightning Network.

Tout se passe donc comme prévu et la baisse des frais de transaction ne doit plus être perçue comme un signe avant-coureur d’une baisse du BTC.

Dans un autre registre, GN souligne que les mineurs restent très enthousiastes au vu du hashrate qui bat des records. « Chaque bloc demande actuellement de générer 122 zettahashes », peut-on lire dans le rapport. « Cela équivaudrait à ce que les 7,938 milliards de personnes sur terre devinent chacune un hash SHA256, 15 500 milliards de fois, toutes les 10 minutes ».

« Le hashrate estimé se situe entre 190 et 215 Exahash par seconde. Soit environ 20 % de plus que le précédent record établi juste avant l’interdiction du mining de BTC en Chine », fait également remarquer GlassNode.

Les mineurs sont clairement bullish, ce qui n’est pas une surprise étant donné que leurs revenus (en dollar) sont « 150 % plus élevés qu’immédiatement après le dernier halving (mai 2020) ». « Les mineurs gagnent approximativement 207 $ par Exahash qu’ils fournissent pour sécuriser le réseau bitcoin ».

[Il faut trois heures pour qu’un seul S19 pro génère un exahash, pour mettre les choses en perspective]

Bitcoin : Mining difficulty
Hashrate du Bitcoin

Dernière métrique intéressante du rapport : les gains et pertes latentes. Le graphique suivant montre le nombre de BTC qui ont été achetés à un prix supérieur au cours actuel.

Courbe rose : pourcentage d’adresses en profit
Courbe verte : pourcentage d’entités en profit (une entité peut contrôler plusieurs adresses)
Courbe bleue : pourcentage de BTC en profit

Nous pouvons constater que l’on a vu pire. 70-75 % des BTC s’affiche pour le moment un gain latent. Nous sommes sur des niveaux qui pourraient suggérer des conditions favorables à l’amorce tranquille d’un marché haussier.

Bitcoin supply, entities and addresses in profit
Pourcentage de BTC en profit (entre 70 % et 75 % des BTC sont actuellement dans le vert)

Mais comme le souligne GlassNode, les rebonds sont pour l’instant surtout l’occasion de prendre des profits, d’où la récente échappée avortée et le trou d’air concomitant. L’afflux convaincant de nouveaux utilisateurs venant alimenter la demande n’est pas encore là.

Faudra-t-il vraiment attendre le prochain halving, ou bien est-ce que l’inflation à deux chiffres finira par convaincre ceux qui hésitent encore ?

Inflation, NASDAQ, Bitcoin

Les prix continuent de grimper aux États-Unis, en hausse de 8.5 % d’une année sur l’autre. Nous sommes au plus haut depuis 40 ans. À ce rythme, les prix auront augmenté de 50 % d’ici à quatre ans.

Évidemment, ces 8.5 % sont très loin du compte. Comment cela se peut-il, alors que l’essence est au plus haut historique, en hausse de 48 % sur un an ? Sans des loyers et l’immobilier qui s’affichent en hausse de plus de 20 %.

C’est très simple. Il suffit de jouer sur le panier de biens moyen pris en compte dans le calcul. Par exemple, les dépenses de transport ne pèsent que 3.9 % dans le panier. Ce qui est suspect quand on sait que d’après la Consumer Expenditure Survey, le transport est en réalité le deuxième poste de dépense d’un Américain moyen.

D’innombrables artifices comptables permettent de nous faire prendre les vessies pour des lanternes. Le plus emblématique étant l’effet « qualité ». Par exemple, plus les processeurs des ordinateurs sont performants et plus le prix des ordinateurs baisse dans le monde imaginaire du calcul d’inflation.

L’inflation est en réalité à 12 % si l’on utilise la méthodologie des années 1990. Voire 17 % avec la méthodologie des années 1980 :

USA real inflation
Les vrais chiffres d’inflation aux États-Unis (en pourcentage annuel)

Le seul actif permettant de se protéger de l’inflation est un actif liquide et disponible en quantité absolument limitée. Le seul qui coche ces deux cases est le bitcoin. Et non pas l’or qui est lent et dont la quantité augmentera à mesure que le prix monte puisque les mineurs seront incités à creuser davantage.

Même constat pour les actions des grands monopoles technologiques tels que Microsoft, Apple, Google, etc. Il est vrai que le NASDAQ s’apprécie beaucoup, mais là encore, le nombre d’actions Apple ou Google n’est pas limitée. Il existait par exemple 640 millions d’actions Tesla en 2010 contre 1.1 milliard d’actions aujourd’hui…

En parlant du NASDAQ, sa corrélation avec le bitcoin est très étroite, ce qui est logique vu que les actions des grandes multinationales sont effectivement des actifs liquides et désirables. NÉANMOINS, il ne faut pas croire que le bitcoin devrait suivre le NASDAQ si ce dernier plonge.

Or c’est ce qui pourrait bientôt arriver. Le monde se dirige tout droit vers un remake de 2008, lorsque le prix du baril était à 150 $ et que le taux directeur de la FED à 5 %.

À l’époque, la bourse avait chuté de plus de 50 % en 18 mois. A contrario, l’or s’appréciera de près de 200 % entre juin 2007 et juin 2011. Il a fallu attendre 2022 pour que le S&P engrange 200 %…

L’économie a fini par repartir grâce à la révolution du pétrole de Schiste US. Sauf que cette manne pétrolière inespérée a probablement déjà passé son pic, sans parler du fait que la Russie ferme lentement le robinet.

L’OPEP a déclaré lundi à l’Union européenne que les sanctions actuelles et futures à l’encontre de la Russie pourraient créer l’un des pires chocs pétroliers jamais enregistrés et qu’il serait impossible de remplacer les volumes russes.

Vladimir Poutine, en déplacement au cosmodrome biélorusse, a déclaré que les sanctions allaient provoquer une inflation « incroyable » :

« Si nos partenaires aggravent la situation dans les domaines financier, des assurances, des transports, y compris des transports maritimes, alors la situation se détériorera également pour eux. Les pénuries alimentaires ou des prix incroyablement élevés sur les marchés mondiaux entraîneront des famines dans les régions du monde entier. C’est inévitable, et l’étape suivante sera une nouvelle vague de migration, y compris vers les pays occidentaux. »

Tout cela pour dire que nous sommes en train de somnambuler vers une crise pire que celle de 2008, et qu’il n’y aura cette fois-ci pas de « révolution du pétrole de Schiste » pour faire redémarrer la machine. Comme l’a récemment déclaré le CIO de BlackRock : « Un nouvel ordre mondial arrive pour les marchés boursiers »…

Un crash boursier est à notre porte est seules les valeurs technologiques ou essentielles pourront tirer leur épingle du jeu. Nous entrons dans une ère de décroissance. L’économie est avant tout une affaire de flux physiques, que la décrue subie des combustibles fossiles va nécessairement contraindre, que nous le voulions, ou non.

La croissance n’est pas une affaire d’envie ou de « y’a qu’à faut qu’on ». Elle est fonction de la disponibilité de ressources physiques, au premier rang desquelles se trouve le pétrole dont dépend 95 % du transport mondial.

L’inflation s’annonce terrible, et ce serait une grave erreur de spéculer à la baisse sur le bitcoin en croyant à un lien indéfectible avec le NASDAQ. Le BTC de 2022 est l’or de 2008 et le système monétaire du XXI siècle.

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Nicolas Teterel

Journaliste rapportant sur la révolution Bitcoin. Mes papiers traitent du bitcoin à travers les prismes géopolitiques, économiques et libertaires.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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