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Bitcoin (BTC) se transformera en Etat au 21e siècle

lun 29 Août 2022 ▪ 20h00 ▪ 16 min de lecture - par Yanis A

Balaji Srinivasan, l’ancien CTO de Coinbase est un penseur original qui soutient une thèse décapante dans son dernier livre, « the Network State ». Les États-Nations seraient des organisations dépassées. N’étant plus adaptés à une civilisation qui dispose d’internet, ils deviennent obsolètes et ont vocation à être remplacés par des « États réseaux ». Ce livre est un manuel politique qui donne une méthodologie pratique pour construire ces nouveaux États. Prêts à devenir un citoyen de l’Etat Bitcoin ?

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Qu’est-ce qu’un Etat réseau ?

Un État réseau n’était pas envisageable avant la création d’internet. Il s’agit d’une organisation politique bâtie initialement dans le monde virtuel. Des internautes qui partagent certaines valeurs fortes et cherchent à se doter d’une capacité d’action collective pour agir dans le monde physique. Pour réaliser le passage d’internet vers le monde réel, ces communautés ont recours à des méthodes de financement comme le crowdfunding. L’objectif est de se construire une assise territoriale concrète en achetant des terrains grâce à de l’argent levé sur internet. Ils deviennent officiellement des États réseau, lorsque ces structures finissent par obtenir la reconnaissance diplomatique des États traditionnels. 

État réseau

Alors que les États actuels se définissent d’abord par leur géographie (un territoire fixe et délimité sur la Terre), les États réseau représentent d’abord le corpus idéologique d’une communauté virtuelle.

S’il est nécessaire d’avoir des ancêtres français pour être français, il suffit de se connecter à internet et de rejoindre une communauté qui a des ambitions de croissance pour être « citoyen » d’un État réseau, par nature ouvert et décentralisé.  

Comment construire un Etat réseau ?

A l’origine d’un État réseau, il y a une communauté d’internautes suffisamment nombreuse et qui veut bâtir un projet remarquable fondé sur une innovation morale. Il ne s’agit donc pas uniquement de gens qui discutent sur Twitter, mais de bâtisseurs qui partagent ce désir de construire quelque chose qui les dépasse. 

Ces individus sont tellement proches idéologiquement, qu’ils organisent aussi des évènements dans le monde physique, ce qui alimente la confiance entre les membres de la tribu. L’interaction physique est la clé de la construction de la confiance. Il ne s’agit pas de rester sur Reddit.

Progressivement, la communauté veut exister politiquement et cherche donc à s’implanter sur un territoire décentralisé en finançant des maisons, des villages, des villes… où les membres de la communauté vivent.

Dans cette perspective, la crypto est utile pour contourner les canaux de paiements traditionnels et acquérir une certaine autonomie. Une fois que suffisamment de « nœuds physiques » ont été créés, il convient de relier les différentes tribus au sein de la communauté.

Au fur et à mesure que le réseau acquiert un nombre suffisamment important de territoires physiques, la valeur de l’Etat progresse et l’aboutissement est de faire reconnaître diplomatiquement la structure politique au nom de l’autodétermination des individus. Cette étape finale permet alors de devenir souverains sur son territoire.

Après tout Bitcoin ne regroupait à l’origine que quelques dizaines de cypherpunks et de cryptoanarchistes pour devenir aujourd’hui un objet politique incontournable, qui a un cours légal dans certains États traditionnels comme le Salvador. 

Bitcoin, une machine à enregistrer l’histoire ?

Bitcoin est un métronome probabiliste qui enregistre toutes les dix minutes environ un fragment de l’histoire. Cette « timechain » ne peut pas être falsifiée en raison de son système de gouvernance. Grâce au Proof-of-Work, la chaîne la plus longue « dit la Vérité ». Par conséquent, Bitcoin pourrait lutter contre la falsification historique et les historiens du futur pourraient l’exploiter pour comprendre le passé de manière moins arbitraire qu’en s’appuyant sur des matériaux du 5e siècle par exemple. 

Alors qu’actuellement l’histoire est écrite par les vainqueurs et donc par les gouvernements en place qui peuvent l’exploiter pour en tirer une légitimité, l’histoire cryptographique change la donne. La vérité technologique racontée par la blockchain Bitcoin pourrait écraser définitivement les tentatives de certains politiques de raconter leur propre version de l’histoire pour en tirer des bénéfices. Nous arriverions donc à un stade où la coordination entre les intérêts financiers et technologiques favorise la diffusion de vérités technologiques. 

Le réseau prêt à remplacer le Léviathan ?

L’athéisme pur n’existe quasiment pas. Les gens pensent être athées, mais adoptent rarement la méthodologie exigeante d’une telle conception du monde. Athées dans les mots, religieux dans les faits. Les hommes croient donc quasiment tous en quelque chose : Jésus, Gaïa, la Constitution Américaine, le communisme…

Autrefois, en Occident, les gens croyaient en Dieu. Pour les désinciter à accomplir certaines actions, il suffisait de leur rappeler qu’ils finiraient en enfer s’ils désobéissaient aux commandements divins. Les dix commandements ont façonné les normes sociales et le comportement des individus d’une manière extrêmement efficace.

Mais progressivement, Dieu est mort en Occident. L’État a alors remplacé Dieu. Vous étiez toujours incité à bien vous comporter, car le monstre froid pouvait vous punir grâce à son monopole policier. Les mouvements fascistes et communistes considérés par certains historiens comme des religions séculières ont constitué le parachèvement ultime de l’étatisme. L’individu devait abandonner son individualité pour noyer sa personnalité dans la masse. « Tout dans l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État ! », disait un certain Mussolini.

Il semblerait qu’aujourd’hui, la foi dans l’État est en train de péricliter. Après la mort de Dieu, la mort des États démocratiques modernes ? Qui pour remplacer ces divinités ? L’auteur pense que le réseau est le prochain Léviathan.

Vous n’entraverez pas les normes de la communauté, non pas par crainte de finir en enfer ou en prison, mais parce que le réseau trouvera le moyen de vous punir. Par exemple, si vous tenez à votre réputation, vous craignez par-dessus tout d’être lynché sur Twitter pour un mot déplacé sorti un peu trop rapidement en raison de votre taux d’alcoolémie.

La crypto, plus puissante que l’armée américaine ?

La cryptographie limite considérablement le pouvoir du gouvernement en faisant circuler de l’information hors du contrôle de l’Etat. Les cryptomonnaies et notamment le bitcoin ont une résistance à la censure très importante et les gouvernements devraient mettre en place des moyens colossaux, voire dictatoriaux (comme fermer les exchanges) pour les neutraliser complètement. Ross Ulbricht ou Julian Assange ont bien dérangé l’Etat fédéral Américain avec de faibles moyens… Les technologies P2P peuvent même prouver des faits historiques que les États veulent dissimuler (wikileaks). 

Même si la dynamique de dépérissement des Etats semble évidente pour l’auteur, il n’en reste pas moins que ces organisations conservent un pouvoir exceptionnel et demeurent à ce jour des Léviathans. Tous les États ne sont pas dans la même situation et des régimes totalitaires comme celui du Parti Communiste Chinois existent toujours malgré l’essor d’internet. 

Puisque nous assistons à une phase de transition (des États vers le réseau), des structures hybrides se constituent. Par exemple, la fusion entre Dieu et l’État se matérialise par des exemples positifs comme le Salvador qui adopte le bitcoin ou l’Estonie très en avance sur le numérique. À l’inverse, il y a aussi des fusions démoniaques, comme le PCC, qui contrôlent sa population grâce à l’intelligence artificielle.

Pourquoi les Etats modernes ne sont pas satisfaisants ?

Les Etats actuels sont le fruit de constructions politiques contingentes. Ils ne peuvent certainement pas être transformés radicalement et ils suivent généralement une direction cohérente avec leur histoire passée. La tabula rasa n’est pas la norme et dégénère souvent en révolutions violentes ou en guerres, au moins aussi violentes. La réforme devient par conséquent complexe et limitée.  

Pour le dire autrement, il semble plus facile de construire un nouvel Etat et de faire sécession avec la France, plutôt que d’espérer arriver au pouvoir par des élections traditionnelles pour remplacer la Banque de France (et la Sécurité sociale) par Bitcoin.

Plutôt que d’essayer d’ajouter une nouvelle page dans un livre vieux de plusieurs millénaires, Balaji Srinivasan pense qu’il serait plus raisonnable de repartir d’une page vierge, plutôt que de relier des gens uniquement en raison de leur histoire biologique. Il s’agit de donner plus de pouvoir aux individus. Un français qui naît de parents français devient automatiquement français. En revanche, il peut choisir volontairement et rationnellement d’appartenir à un État réseau qui correspond à ses valeurs. 

Centralisation, décentralisation, centralisation…

La technologie a favorisé la centralisation en Occident à partir du milieu de la première révolution industrielle jusqu’au début de la guerre froide. Depuis, elle favorise la décentralisation. Fait étonnant, les gens se sont plaints de la centralisation et de l’homogénéité pendant la phase de centralisation et se plaignent aujourd’hui du manque d’unité pendant la dynamique de décentralisation.

Une tension existerait donc entre la centralisation et la décentralisation. La technologie serait le principal vecteur faisant passer la société d’une tendance à une autre.

Droite et gauche dans un Etat-réseau

Afin de bâtir un Etat réseau, il est nécessaire de disposer d’une théorie politique solide. La gauche délégitime l’ordre actuel, le déconstruit en montrant son iniquité et en prônant la redistribution des ressources rares à l’origine du conflit. La droite légitime l’ordre actuel et dénonce les activités de la gauche qui pourrait conduire au chaos.

Autrement dit, il est nécessaire de recourir aux techniques de gauche pour faire grandir l’Etat réseau, puis appliquer une stratégie de droite pour pérenniser l’organisation. La gauche incite les gens à se mouvoir et les invite à l’action, tandis que la droite les formate pour qu’ils défendent l’organisation en place.

Les deux pôles s’affrontent pour accéder à des ressources rares et ça ne changera pas dans le cadre des États réseau, même si la décentralisation du territoire réduit la pression sur les ressources et donc la probabilité de conflits. Bref, les communautés virtuelles doivent comprendre cette tension politique et l’exploiter, car elle peut créer de l’émulation : chaque camp insuffle de l’énergie mobilisatrice à l’autre. 

Un exemple intéressant qui illustre la dynamique de la décentralisation dans les clivages politiques. Avant les années 70, la gauche utilisait l’ouvrier comme symbole d’oppression pour accéder au pouvoir et avait un fonctionnement vertical. La gauche de 2022 est décentralisée : sans leader ni manifeste, elle n’aime pas qu’on la représente et qu’on parle en son nom, car justement elle est constituée de milliers de visages différents. Les communistes vénéraient l’Etat, les progressistes sont axés sur le réseau et mènent des actions de dénonciation publiques sur internet.  

Un commandement unique pour construire un Etat réseau

Pour bâtir un État réseau, il est crucial de promouvoir une innovation morale. Un principe fort qui n’est pas adopté par les autres pays, ce qui nécessite d’en construire un nouveau. Voici un exemple :

« le sucre est mauvais pour la santé. Il convient de bâtir un Etat qui interdirait le sucre. Faisons du crowdfunding en BTC, achetons des appartements, des dizaines de salles de sport dans le monde. Rencontrons-nous dans la vraie vie, créons des villes où nous interdirons l’entrée aux produits transformés. ».

Si l’innovation morale séduit des millions de personnes, il se peut bien qu’un archipel physique et virtuel se forme. Sachant que les gens marchent naturellement vers le tribalisme, il est nécessaire d’élever ce principe en quasi-règle religieuse. Il doit devenir notre identité primaire et les gens devront se définir aussi facilement comme « bitcoiner » qu’ils ne font aujourd’hui comme français.

Un monde tripolaire : US, PCC … Bitcoin

En 1990, le monde était unipolaire. Aujourd’hui, il serait tripolaire. Au 20e siècle, la puissance morale était l’URSS, la puissance monétaire était les États-Unis et la puissance martiale était le 3e Reich. Ces trois puissances étaient tous des Etats.

Aujourd’hui, le pouvoir moral est la presse occidentale, le pouvoir monétaire est le bitcoin, et le pouvoir martial est le Parti communiste chinois (depuis l’ère Xi Jinping). Ces pouvoirs sont tous des réseaux. La presse n’en reste plus aux faits et produit des articles teintés de moralisme qui peuvent faire tomber des gouvernements (notamment depuis le Watergate). 

Le PCC contrôle la Chine, mais il n’est pas un État. Le parti compte près de 100 millions de membres et pour y entrer, il est nécessaire d’envoyer une lettre expliquant : pourquoi vous postulez, pourquoi vous croyez en ce parti, pourquoi votre candidature pourrait être rejetée avant de produire des essais sur le marxisme, suivre des cours et passer un examen.

Le bitcoin est un réseau monétaire qui pourrait bien devenir médiatique et moral grâce au Lightning Network. Les créateurs peuvent en effet construire leurs propres médias, en se passant des plateformes traditionnelles et en hébergeant leurs données sur un nœud.

Les trois pôles de puissance s’affrontent, font des alliances, mais sont aussi soumis à des divisions internes. Par exemple, les capitalistes chinois qui aiment la liberté apprécient peu la trajectoire que prend le PCC. Idem pour les Hodlers de BTC qui ne sont pas de purs maximalistes.

L’auteur estime que les États modernes devront choisir entre rejoindre le PCC et le New York Times. Si aucun camp ne les séduit, ils rejoindront alors naturellement le réseau Bitcoin. Il faut s’attendre à ce que les trois réseaux, PCC, New York Times et Bitcoin, finissent par s’affronter. Ce sera violent.

Vers une guerre civile américaine au sujet du BTC ?

L’Amérique doit faire face à des fractures politiques colossales, notamment depuis l’ère Trump. Des villes démocrates et des campagnes républicaines. La prospérité économique stagne et la jalousie augmente à cause des réseaux sociaux. L’ancien CTO de Coinbase pense que cette hyperpolarisation conduira les Etats-Unis vers une guerre civile. 

Les démocrates rejoindront alors le réseau du New York Times tandis que les républicains s’aligneront sur le maximalisme Bitcoin. Ces derniers se rapprocheront alors d’une ligne libertarienne extrême pour faire sécession avec le gouvernement fédéral. 

Quel pourrait être le détonateur d’une telle guerre civile ? Une saisie de BTC par le gouvernement fédéral. 

Dans « The Network State », l’auteur défend une thèse très originale quoique peu probable pour le moment. Bitcoin pourrait alors devenir un Etat-Réseau avec un smart contract social pour gouvernement. Un Etat décentralisé, invisible mais avec une valeur financière et morale colossale. Tourné vers le numérique, cet Etat Bitcoin offrirait les mêmes services à ses citoyens que n’importe quel autre État, mais de meilleurs qualité et avec moins de coercition.

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Yanis A

Le bitcoin change tout ! Issu d’une formation financière, tout me passionne dans cette technologie. Chaque jour, j’essaie d’enrichir mes connaissances sur cette révolution qui permettra à l’humanité d’avancer dans sa conquête de liberté.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.

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