Après la Chine, l’Inde prend des mesures contre la messagerie Bitchat
L’Inde a ordonné à GitHub de retirer plusieurs dépôts liés à Bitchat, la messagerie décentralisée créée par Jack Dorsey. Les autorités reprochent à l’application de compliquer l’identification et la surveillance des utilisateurs. Cette décision place Bitcoin et les technologies résistantes à la censure au centre d’un nouveau conflit entre sécurité publique et liberté numérique.

En bref
- L’Inde demande le retrait de trois dépôts GitHub liés à Bitchat.
- La messagerie peut fonctionner hors ligne et relayer des transactions Bitcoin.
- Son architecture décentralisée complique la surveillance et les interceptions légales.
Une application liée à Bitcoin se retrouve dans le viseur indien
Bitchat est une messagerie pair-à-pair capable de fonctionner sans Internet, sans numéro de téléphone et sans serveur central. Jack Dorsey l’avait présentée en 2025 comme une messagerie sécurisée et décentralisée, adaptée aux coupures de réseau et aux zones de crise. L’Indian Cyber Crime Coordination Centre, rattaché au ministère indien de l’Intérieur, a demandé à GitHub de désactiver trois dépôts associés au projet. La notification s’appuie sur la section 79(3)(b) de la loi indienne sur les technologies de l’information.
Les autorités estiment que l’absence d’inscription, de journalisation centralisée et d’identifiants classiques complique les interceptions légales. Bitchat devient ainsi difficile à surveiller avec les outils utilisés pour les plateformes ordinaires. Bitchat n’est pas une application Bitcoin au sens strict. Sa fonction principale reste l’échange de messages chiffrés entre téléphones proches. Cela reste possible grâce au Bluetooth basse consommation et à un système de relais entre appareils.
Son lien avec Bitcoin vient d’une fonction supplémentaire. L’application peut transporter une transaction BTC signée hors ligne, puis la relayer de téléphone en téléphone. Dès qu’un appareil retrouve une connexion, la transaction peut être diffusée vers le réseau Bitcoin.
Ce mécanisme reprend l’un des principes défendus par Jack Dorsey. Celui de permettre aux utilisateurs de communiquer et de transférer de la valeur sans dépendre entièrement d’une infrastructure centrale. Même si Bitchat ne repose pas directement sur la blockchain Bitcoin pour ses messages, son architecture partage la même recherche d’autonomie.
Les manifestations accélèrent l’adoption de Bitchat
La décision indienne intervient dans un contexte de manifestations étudiantes à New Delhi. Des coupures d’Internet auraient été imposées autour de certains rassemblements, poussant des participants vers des outils fonctionnant hors ligne. Bitchat et d’autres messageries Bluetooth permettent aux téléphones de créer un petit réseau local. Chaque appareil peut transmettre un message au suivant. Cela élargit progressivement la zone de communication sans passer par un opérateur mobile.
Ce scénario rappelle l’adoption de Bitchat par des manifestants au Népal et en Indonésie. Plus les autorités coupent les canaux classiques, plus les utilisateurs cherchent des solutions décentralisées. L’ordre adressé à GitHub ne garantit toutefois pas la disparition du logiciel. Le code est open source et peut être copié sur d’autres plateformes. Au moment de l’annonce, l’application restait également téléchargeable sur les principales boutiques mobiles.
Le dossier dépasse le cas de Bitchat. Il pose une question simple : un État peut-il réellement bloquer un outil décentralisé lorsque son code peut être dupliqué et partagé librement ? Une suppression sur GitHub peut réduire la visibilité du projet et ralentir son développement. Elle ne détruit pas les copies déjà téléchargées, ni les versions hébergées ailleurs. Cette limite technique transforme souvent une interdiction en course permanente entre autorités et développeurs.
Pour les gouvernements, ces applications créent un problème réel. Elles peuvent protéger des citoyens pendant une panne ou une crise, mais aussi compliquer les enquêtes contre des activités illégales. La difficulté consiste à encadrer les abus sans imposer une surveillance générale. Jack Dorsey construit depuis plusieurs années une stratégie tournée vers Bitcoin, les paiements décentralisés et les outils résistants à la censure. Son entreprise Block détient elle-même des BTC et prépare des services de paiement liés au bitcoin, comme le montre son développement autour de Block et Bitcoin.
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Enseignante et ingénieure IT, Lydie découvre le Bitcoin en 2022 et plonge dans l’univers des cryptomonnaies. Elle vulgarise des sujets complexes, décrypte les enjeux du Web3 et défend une vision d’un futur numérique ouvert, inclusif et décentralisé.
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