Bitcoin : Le BIP-110 est-il une avancée ou un risque pour le réseau ?
Alors que les débats autour de l’utilisation de la blockchain Bitcoin se multiplient, une nouvelle proposition technique ravive les tensions au sein de la communauté. Baptisé BIP-110, ce projet entend limiter temporairement l’inscription de données non financières sur le réseau afin de réduire ce que ses promoteurs considèrent comme du spam, notamment les protocoles Ordinals, BRC-20 et Runes. Si certains y voient une évolution nécessaire pour préserver l’efficacité de Bitcoin, d’autres estiment qu’il s’agit d’une remise en cause de la neutralité du protocole et de ses principes fondateurs. Le BIP-110 représente-t-il une avancée pour Bitcoin ou un risque pour l’avenir du réseau ?

En bref
- Le BIP-110 veut limiter les données non financières sur Bitcoin, notamment les Ordinals, BRC-20 et Runes.
- Son activation repose sur un UASF, mais le soutien des mineurs reste inférieur à 1 %.
- Bitcoin Core et les principaux acteurs du réseau refusent d’adopter cette proposition.
- Le projet soulève un débat majeur sur la neutralité, la décentralisation et la résistance à la censure de Bitcoin.
- Sans consensus, le BIP-110 risque de rester une initiative minoritaire sans impact sur la chaîne principale.
BIP-110 : une proposition controversée pour limiter les données non financières sur Bitcoin
Le BIP-110 (Reduced Data Temporary Softfork ou RDTS) est une proposition de fork présentée comme une amélioration de Bitcoin visant à restreindre, pendant environ un an, l’inscription de données non financières sur la blockchain. Porté par le développeur pseudonyme Dathon Ohm et soutenu par Luke Dashjr, cofondateur et directeur technique du pool de minage Ocean. Le projet, selon eux, cible principalement les inscriptions Ordinals, les jetons BRC-20, le protocole Runes et, plus largement, les données arbitraires que ses défenseurs considèrent comme du spam.
Selon sa présentation, le BIP-110 va introduire sept nouvelles règles de consensus destinées à limiter l’espace utilisé par ces inscriptions. Il réduirait notamment la taille des nouveaux outputs à 34 octets, à l’exception des sorties OP_RETURN, plafonnées à 83 octets, tout en limitant les insertions de données à 256 octets. La proposition impose également plusieurs restrictions sur certaines fonctionnalités de Taproot, notamment les annexes, les control blocks et certains opcodes.
Afin de garantir la compatibilité avec les fonds déjà présents sur le réseau, les UTXO créés avant l’activation du BIP-110 resteraient définitivement exemptés de ces nouvelles règles. Les restrictions ne concerneraient donc que les nouvelles transactions créées après l’entrée en vigueur du soft fork.
Un soft fork qui rompt avec les méthodes d’activation traditionnelles de Bitcoin
Contrairement aux précédentes évolutions majeures de Bitcoin, le BIP-110 repose sur un User-Activated Soft Fork (UASF), un mécanisme qui transfère le pouvoir d’activation des mineurs vers les opérateurs de nœuds. Pour rappel, un soft fork est une mise à jour rétrocompatible qui rend les règles du protocole plus restrictives sans empêcher les anciennes versions du logiciel de continuer à fonctionner.
Dans un déploiement classique, les mineurs signalent leur soutien en modifiant un bit d’information dans les blocs qu’ils produisent, jusqu’à atteindre le seuil requis pour activer la mise à jour. Mais pour l’approche du BIP 110, les nœuds pourront appliquer ses règles, que les mineurs soient d’accord ou non, avec un seuil de signalisation des mineurs fixé à 55 % sur une période de 2 016 blocs au lieu des 95 % traditionnels.
Un verdict des mineurs qui ne laisse plus de doute
Même à ce niveau nettement inférieur, aucun soutien n’est apporté. Depuis le lancement du signalement au printemps 2026, le soutien des mineurs n’a jamais dépassé environ 1 % sur aucune période selon les données du moniteur du BIP-10 et se situe autour de 0,91 % au moment de la rédaction de cet article. Aucun grand pool de minage, comme Foundry USA ou AntPool, n’a rejoint l’initiative, tandis que F2Pool s’y est ouvertement opposé. La quasi-totalité des blocs signalant le BIP-110 provient d’Ocean, le pool cofondé par Luke Dashjr, ainsi que de quelques petits opérateurs indépendants.
Le constat est similaire du côté des utilisateurs. Bitcoin Core, l’implémentation utilisée par l’immense majorité des nœuds du réseau, n’intégrera pas le BIP-110. Seuls les opérateurs utilisant Bitcoin Knots et ayant volontairement configuré leur logiciel pour appliquer ces nouvelles règles seraient susceptibles de participer à son activation.
L’échéance arrive à terme. La période de signalisation actuelle s’étend du bloc 957 600 au bloc 959 615, et une date limite de verrouillage volontaire est fixée au bloc 961 542 lors de la période suivante, prévue début août. Les nœuds exécutant le logiciel BIP 110 pourront donc commencer à rejeter tout bloc ne signalant pas sa prise en charge, l’activation étant prévue aux alentours de septembre. En pratique, une règle appliquée par quelques nœuds et presque aucun mineur ne changerait rien au Bitcoin pour tous, mais entraînerait la séparation d’une chaîne minoritaire.
Pour les utilisateurs ordinaires, les conséquences devraient rester limitées tant que le BIP-110 ne bénéficie pas d’une adoption significative. En revanche, si cette proposition venait à rallier une part importante de la puissance de calcul du réseau — par exemple 20 % ou plus du hashrate —, elle pourrait provoquer une baisse temporaire du hashrate sur la chaîne principale, une augmentation du nombre de blocs orphelins, des perturbations pour les portefeuilles et les plateformes d’échange, avant d’ouvrir un débat sur la chaîne qui pourrait légitimement revendiquer le nom de Bitcoin.
Au-delà des inscriptions, c’est la philosophie même de Bitcoin qui est en jeu
Au-delà de son faible soutien technique, le principal obstacle du BIP-110 réside dans ce qu’il remet en question : les principes fondateurs de Bitcoin. Depuis sa création en 2009, le protocole repose sur une idée simple : être un réseau décentralisé, neutre et résistant à la censure, où personne ne peut décider quelles transactions sont légitimes ou non. Tant qu’une transaction respecte les règles du consensus et que les frais sont acquittés, Bitcoin ne fait aucune distinction sur la nature des données qu’elle transporte.
C’est précisément sur ce point que le BIP-110 suscite une vive opposition. En cherchant à limiter certaines inscriptions, comme les Ordinals, les BRC-20 ou les Runes, la proposition introduit une forme de filtrage des usages de la blockchain. Une telle évolution serait une trahison de l’esprit originel de Bitcoin qui, depuis plus de quinze ans, fonctionne sans autorité centrale capable de sélectionner les transactions acceptables ou non. Modifier les règles du consensus pour exclure certains usages créerait un précédent susceptible d’ouvrir la voie à d’autres formes de censure, à l’opposé de la philosophie qui a permis à Bitcoin de s’imposer comme un protocole ouvert et sans permission.
Cette opposition est notamment portée par deux des figures les plus influentes de l’industrie. Michael Saylor, fondateur de Strategy, a rejeté le BIP-110 en affirmant qu’« il y a 110 choses plus dangereuses pour Bitcoin que le spam ». Selon lui, la proposition ne se limite pas à lutter contre les inscriptions jugées abusives : elle « transforme un différend relatif au spam en une modification du consensus qui invaliderait certaines transactions valides et payantes ». Pour Saylor, le véritable danger réside dans le précédent qu’une telle modification créerait.
Le même constat est partagé par Adam Back, cofondateur de Blockstream et inventeur du système Hashcash, cité dans le livre blanc de Bitcoin. S’adressant aux partisans du BIP-110, il a rappelé que « Bitcoin dit poliment non à ce que vous voulez », estimant que le protocole n’a pas vocation à être modifié pour répondre aux attentes d’un groupe d’utilisateurs. Selon lui, ceux qui souhaitent appliquer de nouvelles règles sont libres de créer leur propre bifurcation, mais « Bitcoin ne se joindra pas à cela », réaffirmant que les règles fondamentales du réseau ne peuvent être imposées par une minorité.
Ainsi, le BIP-110 illustre une nouvelle bataille autour de l’avenir de Bitcoin, entre ceux qui souhaitent limiter certains usages de la blockchain et ceux qui défendent la neutralité du protocole. Malgré ses objectifs techniques, la proposition peine à obtenir le consensus nécessaire auprès des mineurs et des utilisateurs. Son activation pourrait davantage entraîner une séparation de la chaîne Bitcoin qu’apporter une véritable amélioration.
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Journaliste et rédacteur web passionné par l’univers des cryptomonnaies et des technologies Web3. J’y traite les dernières tendances et actualités afin de proposer un contenu de haute qualité à un large public du secteur.
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