la crypto pour tous
Rejoindre
A
A

Deux mois après MiCA, Binance vise un retour en France via l'AMF

12h00 ▪ 6 min de lecture ▪ par Sebastien L.
S'informer Regulation Crypto
Résumer cet article avec :

Depuis le 1er juillet 2026, Binance ne peut plus proposer de services sur crypto-actifs en France faute d’agrément MiCA. Deux mois après cette bascule, l’Autorité des marchés financiers n’a pourtant ni bloqué l’accès à la plateforme, ni empêché l’ouverture de nouveaux comptes depuis l’Hexagone. Les fonds retirés par les clients français sont partis, mais rarement vers les concurrents agréés qu’on attendait. Et l’exchange, loin d’avoir tourné la page européenne, prépare déjà son retour, par la France cette fois.

Deux mois après MiCA, Binance vise un retour en France via l'AMF

En bref

  • Depuis le 1er juillet 2026, Binance a suspendu son offre de services crypto en France ; les retraits en crypto et en euros restent maintenus, sans échéance annoncée.
  • Selon Richard Teng, co-CEO de Binance, 70 % des fonds retirés par les utilisateurs européens sont partis en auto-conservation, contre 30 % seulement vers des plateformes agréées MiCA (Reuters NEXT Asia, 9 juillet).
  • Le 1er octobre 2026, les positions sur marge et les prêts encore ouverts seront liquidés automatiquement.

Ce qui a changé, et ce qui n’a pas bougé

Retour sur les faits. Le 24 juin, Binance annonçait par e-mail à ses clients français qu’aucune entité du groupe n’obtiendrait l’agrément CASP avant la fin de la période transitoire, une échéance que l’AMF avait rappelée officiellement dès le printemps. Le dossier déposé en janvier en Grèce, via une filiale locale, venait d’être retiré plutôt que d’essuyer un refus attendu. Depuis le 1er juillet, les comptes français fonctionnent en mode dégradé : plus d’ouverture de compte ni de dépôt en euros, arrêt du trading au comptant, du staking et des produits d’épargne, mais retraits maintenus en crypto comme en euros.

Sur le papier, la sortie est « ordonnée », comme l’exigeait l’AMF, qui a rappelé qu’exercer sans agrément expose à deux ans de prison et 30 000 € d’amende. Dans les faits, Cointribune a documenté le 20 août que des tests menés la veille par le cabinet Sandmark avaient permis d’ouvrir, de vérifier et d’alimenter un compte Binance depuis cinq pays de l’Union, France comprise, sans le moindre avertissement sur l’absence de licence. Deux comptes ont même passé un KYC complet. Interrogée, la plateforme s’est bornée à assurer que la disponibilité de ses services en Europe restait « alignée sur les cadres légaux et réglementaires applicables ».

Les concurrents agréés n’ont pas récupéré la mise

Le scénario écrit avant l’été semblait limpide : Coinbase, Kraken, Coinhouse, Bitpanda ou Bitvavo se partageraient les comptes abandonnés. Coinhouse avait même lancé une prime de transfert allant jusqu’à 1 000 € entre le 25 juin et le 10 juillet.

La réalité est plus rugueuse. Le 9 juillet, lors du sommet Reuters NEXT Asia à Singapour, Richard Teng a livré une répartition qui a fait grincer des dents côté régulateurs : 70 % des fonds retirés par les Européens sont partis vers des portefeuilles auto-hébergés, contre 30 % vers des plateformes agréées MiCA. Il en tire une conclusion sans détour : ces fonds échappent désormais à tout contrôle KYC et anti-blanchiment, ce qui interroge sur l’efficacité réelle du dispositif.

Les chiffres viennent de Binance et méritent d’être lus comme tels, l’entreprise a intérêt à souligner les limites de MiCA. Ils ne sont pas isolés pour autant : le marché a bien enregistré une fuite de capitaux au moment de l’échéance, avec 1,23 milliard de dollars de sorties nettes hebdomadaires début juillet (+207 % sur une semaine), et un solde mensuel négatif de 2,35 milliards de dollars sur juin selon CoinMarketCap, la plus forte sortie nette du secteur ce mois-là. À l’échelle du groupe, cette hémorragie européenne reste toutefois marginale : Binance conservait en juin près de 40 % de part de marché sur le volume total des exchanges suivis.

Un retour par la France ? Le vrai match commence maintenant

La plateforme exclue du marché français pourrait pourtant y revenir par la même voie qu’elle a perdue en Grèce : celle d’un régulateur national. Dès fin juin, plusieurs médias rapportaient que Binance visait un nouveau dépôt MiCA auprès de l’AMF, en s’appuyant sur son ancien statut PSAN obtenu en 2022, un atout que la Grèce, où l’entreprise partait de zéro réglementairement, ne pouvait pas offrir. Changpeng Zhao, le fondateur, a de son côté attribué l’échec grec à des « forces politiques » qu’il n’a jamais identifiées, évoquant une rivalité entre deux pays candidats avant qu’un blocage extérieur n’intervienne, une version qu’il présente lui-même comme non confirmée.

Pour Paris, l’équation reste délicate. L’AMF a passé dix-huit mois à expliquer que MiCA servirait de filtre et que la France ne serait pas le maillon faible de l’Union, un discours difficile à concilier avec l’octroi d’un agrément à l’acteur que la Grèce n’a pas voulu valider, alors qu’une information judiciaire pour blanchiment reste ouverte à Paris contre Binance et son fondateur. Refuser, à l’inverse, revient à laisser durablement deux millions de comptes dans une zone grise et, si l’on suit le raisonnement de Binance, à pousser une partie des fonds hors de tout contrôle.

Le 1er octobre fermera le dernier compartiment encore actif pour les clients français, celui de la marge et des prêts. D’ici là, l’AMF devra se prononcer sur le nouveau dossier attendu de Binance, une décision qui arbitrera, dans un sens ou dans l’autre, l’accès des deux millions de comptes français encore suspendus, dont une partie reste aussi exposée aux suites judiciaires en cours contre l’exchange.

Maximisez votre expérience Cointribune avec notre programme 'Read to Earn' ! Pour chaque article que vous lisez, gagnez des points et accédez à des récompenses exclusives. Inscrivez-vous dès maintenant et commencez à cumuler des avantages.



Rejoindre le programme
A
A
Sebastien L. avatar
Sebastien L.

Spécialisé dans le mining et le Proof of Work, les altcoins, les marchés crypto et la couverture d'événements du secteur (salons, conférences Web3). Passionné par l'adoption de la blockchain et la réglementation, je m''attache à décrypter ce que chaque actualité change concrètement pour le lecteur, avec un regard technique et précis sur le matériel comme sur les marchés.

DISCLAIMER

Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.