IA : Une bulle prête à éclater ? Ken Griffin tire la sonnette d'alarme
Ken Griffin estime que les investisseurs se trouvent « presque certainement » dans une bulle liée à l’IA. Le fondateur de Citadel ne remet pourtant pas en cause la technologie elle-même. Son inquiétude porte surtout sur les sommes engagées, le coût des GPU et la difficulté de nombreuses entreprises à transformer leurs dépenses en gains de productivité. Pour lui, une correction peut éliminer beaucoup d’acteurs tout en laissant émerger les futurs géants du secteur.

En bref
- Ken Griffin estime que le marché de l’IA présente presque certainement les caractéristiques d’une bulle.
- Il alerte notamment sur une possible surcapacité en GPU et sur la rentabilité encore incertaine des investissements.
- Griffin pense malgré tout que les survivants pourraient dominer le marché pendant plusieurs décennies.
Ken Griffin voit presque certainement une bulle dans l’IA
Ken Griffin a livré son diagnostic lors de la conférence Future of Global Markets organisée par Citadel à New York. Le milliardaire rejoint ainsi plusieurs investisseurs qui s’interrogent déjà sur une possible surchauffe des valorisations liées à l’IA.
Sa position reste toutefois plus nuancée qu’un simple appel à vendre. « Toute transformation radicale de notre économie est généralement liée à une bulle », a-t-il expliqué. Griffin cite notamment Internet. À la fin des années 1990, des entreprises sans véritable modèle économique avaient atteint des valorisations difficiles à défendre.
Beaucoup ont disparu après l’éclatement de la bulle Internet. Amazon, elle, est restée. Griffin reconnaît même regretter d’avoir vendu trop tôt ses propres actions Amazon. Pour l’IA, il voit une mécanique comparable. Les marchés anticipent déjà une transformation immense de l’économie alors que toutes les entreprises n’ont pas encore prouvé qu’elles pouvaient générer suffisamment d’argent avec cette technologie.
Les investissements continuent pourtant de grimper. Selon les données LSEG reprises cette semaine, Amazon, CoreWeave, Google, Meta, Microsoft et Oracle avaient déjà émis environ 193 milliards de dollars d’obligations début août pour financer, directement ou indirectement, leurs infrastructures liées à l’IA. En 2024, ce chiffre n’était encore que de 16,7 milliards.
Les GPU pourraient devenir beaucoup moins rentables
Griffin regarde particulièrement le marché des puces. Il compare les GPU aux sièges d’un avion : une fois l’infrastructure achetée, le coût supplémentaire pour utiliser une capacité inutilisée devient relativement faible.
Le problème commence lorsque l’offre dépasse la demande. Griffin rappelle ce qui s’est produit avec la fibre optique au début des années 2000. Les opérateurs télécoms avaient installé énormément de capacités en pensant que la demande suivrait immédiatement.
Elle n’a pas suivi assez vite. Les prix se sont effondrés. Le patron de Citadel se demande aujourd’hui si certaines puces IA pourraient connaître le même scénario. Des GPU âgés de cinq ou six ans continuent encore d’être loués à des prix qu’il juge particulièrement élevés.
Il doute que cette situation puisse durer encore cinq ou six années. Les interrogations ne concernent d’ailleurs plus seulement les investisseurs. En août, des économistes de la BCE jugeaient déjà probable une correction des valeurs technologiques liées à l’IA.
Les entreprises commencent également à regarder leurs factures de plus près. Griffin estime que l’Amérique des entreprises a obtenu des résultats très inégaux avec ses modèles d’IA. Certaines gagnent réellement du temps et de la productivité. D’autres dépensent beaucoup sans encore pouvoir mesurer précisément le retour.
OpenAI et Anthropic facturent des modèles parmi les plus performants du marché. Mais pour certaines tâches, des modèles open source beaucoup moins coûteux peuvent suffire. Cette comparaison devient importante lorsque les factures atteignent des millions de dollars.
Une bulle IA peut éclater sans tuer la technologie
Griffin ne voit donc pas l’existence éventuelle d’une bulle comme une preuve que l’IA est surévaluée dans son ensemble. Son propre groupe utilise déjà largement la technologie. Chez Citadel, certains agents IA peuvent réduire à quelques heures des travaux de recherche qui demandaient auparavant plusieurs semaines. Le gain est très concret.
Griffin pense aussi que l’IA pourrait ouvrir une période particulièrement favorable aux entrepreneurs. De petites entreprises pourront automatiser des fonctions autrefois réservées à des groupes beaucoup plus riches. En revanche, tous les acteurs actuellement valorisés comme futurs gagnants ne survivront probablement pas.
C’est là que son parallèle avec la bulle Internet prend tout son sens. La technologie Internet n’a pas disparu après 2000. Elle est devenue beaucoup plus importante. Mais une grande partie des entreprises considérées comme révolutionnaires à l’époque ont disparu.
Les survivantes ont pris une avance énorme. Griffin pense que le même scénario peut se produire avec l’IA. Les entreprises qui traverseront une éventuelle correction pourraient devenir les leaders de marché des prochaines décennies.
Le risque actuel vient surtout de l’écart entre les investissements et les revenus encore générés. Le débat s’est encore renforcé cette année malgré les résultats impressionnants de Nvidia. En février, ses performances avaient déjà relancé les questions sur la soutenabilité des dépenses massives dans l’IA. Griffin ne donne aucune date pour un éclatement. Il ne conseille pas non plus de sortir des actions liées à l’IA. Son avertissement est plus simple : une technologie peut véritablement transformer le monde et être, en même temps, au centre d’une bulle financière. Internet l’a déjà montré.
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Enseignante et ingénieure IT, Lydie découvre le Bitcoin en 2022 et plonge dans l’univers des cryptomonnaies. Elle vulgarise des sujets complexes, décrypte les enjeux du Web3 et défend une vision d’un futur numérique ouvert, inclusif et décentralisé.
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