L’Europe durcit le ton contre Polymarket et Kalshi
Dans son rapport risques du 10 septembre 2026, l’ESMA affirme que ni Polymarket ni Kalshi ne disposent de l’agrément requis pour opérer dans l’UE. Le régulateur européen considère les contrats d’évènements proposés par ces deux géants comme étant des produits dérivés financiers. Ils sont donc soumis à une autorisation obligatoire que ces plateformes ne possèdent. Décryptage d’un bras de fer qui pourrait redéfinir l’avenir du marché de prédictions sur le Vieux Continent.

En bref
- L’ESMA affirme que Polymarket et Kalshi n’ont pas l’agrément requis dans l’UE.
- Trois régimes juridiques possibles encadrent le marché de prédiction : options binaires, MiCA, ou jeux d’argent.
- Huit pays européens bloquent déjà ces plateformes, dont la France depuis juillet.
- Le bitcoin a chuté de 35 % au premier semestre, un risque que l’ESMA relie à la bulle IA.
- Le marché de prédiction pourrait peser 1 000 milliards de dollars d’ici 2030.
Pourquoi l’ESMA cible-t-il Polymarket et Kalshi sur le marché de prédiction maintenant ?
Le signal vient du Risk Monitor publié par l’Autorité européenne des marchés financiers. L’institution y observe une accélération spectaculaire du marché de prédiction depuis l’élection présidentielle américaine de 2024. La preuve : Kalshi enregistrait environ 8,8 milliards de dollars de volume au quatrième trimestre 2025, contre 12 milliards de dollars pour Polymarket. Le total atteint donc 20,8 milliards de dollars sur une période de trois mois.
Les deux géants du marché de prédiction ne fonctionnent pourtant pas de la même manière :
- Kalshi est une plateforme centralisée réglementée aux États-Unis par la CFTC, la Commodity Futures Trading Commission.
- Polymarket combine négociation et règlement sur la blockchain avec une gouvernance centralisée. Son architecture rapproche directement le marché de prédiction de la crypto, de la DeFi et des smart contracts.
La composition de leurs volumes révèle également deux clientèles.
- Sur Kalshi, les sports concentrent 73 % de l’activité identifiée.
- Sur Polymarket, la politique représente 29 %, devant les sports à 19 % et les contrats liés aux crypto-actifs à 15 %.
Les risques réglementaires ne dépendent donc pas uniquement de la plateforme. Ils changent selon l’événement et la structure de chaque contrat.
Quelles autorisations manquent à Polymarket et Kalshi ?
Dans son rapport, l’ESMA formule un constat direct :
La commercialisation et la vente de contrats événementiels dans l’Union européenne nécessitent généralement une autorisation européenne, que les principales plateformes de marchés prédictifs ne détiennent pas actuellement.
Concrètement, le régulateur européen distingue trois cas de figure :
- Lorsque le contrat porte sur une variable financière, il est assimilé à une option binaire. Ce produit est interdit à la vente aux particuliers depuis plusieurs années dans l’UE en raison des pertes massives qu’il avait provoquées.
- Lorsqu’il repose sur une technologie blockchain sans constituer un instrument financier, il peut relever du règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets). Ce dernier encadre les crypto-actifs au sein de l’UE.
- Dans tous les autres cas, c’est la législation nationale sur les jeux d’argent qui s’applique. Les règles varient ainsi d’un pays à un autre.
Un même marché de prédiction peut donc changer de statut juridique selon son sous-jacent, sa technologie et le pays de l’utilisateur. Ce qui constitue la difficulté centrale pour la régulation européenne. Le fait est qu’il n’existe pas un passeport unique couvrant automatiquement les paris politiques, sportifs, économiques et crypto.
Bon à savoir : en juillet 2026, la France a ordonné aux fournisseurs d’accès de bloquer Polymarket. L’Espagne, elle aussi, a temporairement visé Polymarket et Kalshi dès mai faute de licences de jeu. Des restrictions existaient même en Suisse, en Pologne, en Belgique et au Portugal.
Un risque systémique qui dépasse le seul marché de prédiction
Pourquoi ce dossier concerne-t-il tout l’écosystème crypto et pas seulement les plateformes de paris ? Parce que l’ESMA le relie à une fragilité plus large.
Le régulateur alerte en effet sur les dépenses massives des géants technologiques dans l’intelligence artificielle financées à crédit. Ces dernières gonflent les valorisations boursières. Et pas que ! Elles font également (et surtout !) planer le risque d’une bulle.
Décryptage : la correction sur les marchés actions pourrait pousser les grands investisseurs à vendre leurs actifs les plus liquides, dont les cryptomonnaies. Le but est de lever des liquidités.
D’ailleurs, les chiffres illustrent déjà cette vulnérabilité :
- Le cours du bitcoin a chuté de 35 % au premier semestre 2026, tandis que certains tokens plus petits ont perdu jusqu’à 61 % de leur valeur.
- Les ETF Bitcoin US ont enregistré plus de 5,5 milliards de dollars de sorties, contre près de 2 milliards de pertes pour les ETF Ethereum.

Marché de prédiction : l’Europe peut-elle freiner un secteur déjà institutionnalisé ?
Le durcissement européen intervient au moment où le marché de prédiction gagne la finance traditionnelle.
- ICE s’est notamment engagé à investir jusqu’à 2 milliards de dollars dans Polymarket et à distribuer ses données événementielles.
- En juin 2026, Cboe a lancé des produits liés au niveau de clôture du S&P 500 tandis que Nasdaq a reçu le feu vert de la SEC pour des options prédictives sur le Nasdaq-100.
- Galaxy Digital propose aussi depuis juin des transactions de gré à gré destinées aux institutions sur des contrats référencés à Polymarket et Kalshi.
L’Europe dispose donc de leviers, mais son architecture fragmentée ralentit leur application. L’ESMA demande donc que chaque contrat évènementiel soit qualifié avant sa commercialisation, au lieu de traiter tout le marché de prédiction comme une catégorie homogène.
Pour Polymarket et Kalshi, l’enjeu dépasse désormais quelques blocages nationaux. Elles devront prouver que leurs licences, leurs contrôles d’identité, leur surveillance des opérations et leurs restrictions géographiques correspondent réellement à chaque pays desservi. À défaut, la croissance du marché de prédiction pourrait se poursuivre hors d’Europe.
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Analyste et rédactrice crypto avec 7 ans d'expérience en journalisme financier numérique. Depuis 2021, j'analyse en profondeur les dynamiques du marché des cryptomonnaies, des ETF et des politiques monétaires qui les impactent. Mon approche combine veille macroéconomique et décryptage des données on-chain pour offrir une perspective factuelle aux investisseurs.
Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.