Bitcoin pourrait profiter du chèque de 5 000 dollars promis par Trump
Donald Trump promet 5 000 dollars à chaque adulte américain si les républicains remportent la Chambre et le Sénat aux élections de mi-mandat. Anthony Pompliano y voit déjà du carburant pour le bitcoin, l’or et la terre. Le marché, lui, n’a guère applaudi : le BTC a peu réagi après l’annonce. Derrière cette promesse très politique se cache surtout une addition supérieure à 1 200 milliards de dollars, avec une question beaucoup moins spectaculaire : qui paiera ?

En bref
- Trump promet 5 000 dollars à chaque adulte américain si les républicains remportent les deux chambres du Congrès lors des élections de mi-mandat.
- Un versement universel coûterait plus de 1 200 milliards de dollars, tandis que les recettes tarifaires nettes estimées pour 2027 atteignent seulement 125 milliards.
- Pompliano estime que davantage d’argent distribué pourrait faire monter bitcoin, l’or et la terre, mais le BTC a peu réagi initialement sur les marchés.
- Tax Foundation avertit qu’un financement par le déficit pourrait accentuer les pressions inflationnistes et pousser les taux d’intérêt américains encore plus haut dans les mois suivants.
5 000 dollars après les midterms : la promesse secoue même les républicains
À Dallas, Trump, président enrichi par les cryptos, n’a pas seulement promis un chèque. Il lui a fixé une condition : les républicains doivent conserver le contrôle des deux chambres du Congrès. La Maison-Blanche a ensuite baptisé l’opération « Trump Dividend », comparant le mécanisme à une entreprise qui redistribue une partie de ses résultats à ses actionnaires.
Le parallèle a vite trouvé ses limites dans le débat public. Le représentant républicain Chip Roy a demandé comment Washington financerait la mesure. Bob Good, ancien président du Freedom Caucus, l’a qualifiée de dispositif socialiste destiné à acheter des voix. Joe Lonsdale, donateur républicain et cofondateur de Palantir, s’est lui aussi opposé à cette idée.
Des questions juridiques accompagnent également la promesse puisque le paiement annoncé dépend explicitement du résultat électoral. CNBC rappelle que la législation fédérale interdit de proposer de l’argent afin d’inciter quelqu’un à voter ou à voter pour un candidat.
Pour l’instant, aucun chèque n’est donc prêt à partir. Le projet nécessiterait une autorisation du Congrès et ses critères restent flous. JD Vance a notamment évoqué des versements destinés à la classe moyenne, alors que Trump avait parlé de chaque adulte américain.
Un chèque à 1 200 milliards face à une dette de 40 000 milliards
À raison de 5 000 dollars pour environ 245 millions d’adultes américains, l’addition dépasserait 1 200 milliards de dollars. Une estimation légèrement plus large de la Tax Foundation, fondée sur 250 millions de bénéficiaires, porte la facture à 1 250 milliards.
Voilà un gros morceau pour des finances fédérales déjà sous pression. La dette américaine a dépassé 40 000 milliards de dollars et les projections budgétaires montrent des déficits élevés. Financer le dividende par de nouveaux emprunts augmenterait encore les besoins de financement du gouvernement.
L’inflation complique l’histoire. Injecter de l’argent ne signifie pas que chaque dollar sera immédiatement dépensé : certains ménages pourraient épargner, rembourser des dettes ou investir. Une partie seulement reviendrait rapidement dans l’économie.
La Tax Foundation prévient néanmoins qu’un programme financé par le déficit pourrait pousser les taux d’intérêt et les pressions inflationnistes à la hausse.
Un paiement de dividendes de cette ampleur financé par le déficit signalerait aux marchés que les États-Unis ne prennent pas au sérieux le rétablissement de leurs finances publiques. Il risquerait de faire encore monter les taux d’intérêt et d’accentuer les pressions inflationnistes.
Pour le bitcoin, cette discussion compte : Pompliano construit précisément son scénario autour d’une monnaie plus abondante face à des actifs dont l’offre reste contrainte.
Les tarifs doivent payer l’addition… sauf qu’il manque près de 90 %
JD Vance avance une piste : les droits de douane. Les nouveaux tarifs rapportent davantage à Washington et l’administration Trump veut présenter ces recettes comme une source possible du dividende.
Le problème tient dans deux nombres : 125 milliards contre environ 1 250 milliards.
La Tax Foundation estime que les nouveaux tarifs pourraient produire quelque 125 milliards de dollars de recettes nettes en 2027 si les politiques restent en place. Cela couvrirait environ un dixième d’un versement universel de 5 000 dollars. À ce rythme, presque dix années de recettes seraient nécessaires pour financer une seule distribution.
La mécanique comporte une autre subtilité. Les tarifs sont prélevés sur les importations. Leur coût peut ensuite se retrouver, totalement ou partiellement, dans les prix supportés par les entreprises et les consommateurs. Augmenter les droits pour financer un chèque peut donc reprendre indirectement une partie du pouvoir d’achat que ce même chèque cherche à donner.
Les recettes ne constituent pas davantage un pactole immobile. La Tax Foundation rappelle qu’elles ont récemment diminué, voire basculé en territoire négatif certains mois, lorsque le gouvernement a remboursé des droits de douane invalidés par la Cour suprême.
Le mot « dividende » sonne agréablement. L’arithmétique, elle, demande encore quelques lignes de calcul.
Obligations, or, bitcoin : où pourrait partir l’argent du dividende ?
Imaginons désormais que le Congrès donne son feu vert. Le chèque arrive. Que devient-il ?
Une partie pourrait servir à consommer, une autre à épargner ou à réduire des dettes. Les marchés financiers pourraient également récupérer une fraction de cette manne. C’est là que le bitcoin entre vraiment dans l’histoire.
L’expérience des paiements distribués pendant la pandémie nourrit cette hypothèse sans la prouver. En avril 2020, Brian Armstrong avait montré une hausse des dépôts de 1 200 dollars sur Coinbase, montant identique au premier chèque de relance. Binance US avait observé un phénomène comparable. Impossible pourtant d’établir que tous ces dépôts provenaient directement des aides ou qu’ils avaient ensuite servi à acheter des cryptos.
Le marché obligataire regarderait plutôt l’autre côté du bilan. Si le programme augmente les emprunts publics, davantage de dette devrait être absorbée par les investisseurs, avec un risque de pression supplémentaire sur les rendements.
L’or disposerait de son propre argument : les inquiétudes liées aux déficits, à l’inflation et au pouvoir d’achat peuvent renforcer l’intérêt pour les actifs de réserve. Le bitcoin joue en partie sur cette même corde, avec une volatilité autrement plus généreuse.
Ainsi, un même chèque pourrait soutenir la consommation, inquiéter les obligations et nourrir l’intérêt pour des actifs rares. Rien n’oblige pourtant ces mouvements à se produire simultanément.
Pompliano parie sur la rareté pendant que le marché attend
Anthony Pompliano ne s’embarrasse pas d’un modèle à plusieurs étages. Pour le patron de Procap Financial, davantage d’argent distribué signifie simplement davantage de potentiel pour certains actifs.
Trump a annoncé hier qu’il allait distribuer des chèques de relance de 5 000 dollars. Plus il distribue d’argent, plus le bitcoin, l’or et la terre monteront.
Anthony Pompliano, X
La formule voyage bien sur les réseaux sociaux. Le marché lui oppose pour l’instant une réponse plus terne. Après l’annonce, le bitcoin évoluait encore autour de 78 000 dollars, sans emballement immédiat.
Pompliano raisonne surtout sur ce qui pourrait arriver si les paiements devenaient réalité. Entre le discours de Trump et l’arrivée de 5 000 dollars sur les comptes bancaires américains, plusieurs portes restent fermées : victoire républicaine, vote du Congrès, définition des bénéficiaires et surtout financement.
L’investisseur fait aussi un pari sur la destination finale de l’argent. Rien ne garantit que les bénéficiaires achèteraient des actifs. Encore moins qu’ils choisiraient massivement le bitcoin.
La promesse crée donc un récit favorable aux actifs rares. Elle ne crée pas encore les flux qui permettraient de le vérifier.
Les chiffres à retenir
- Prix du BTC : 76 770 dollars au moment de la rédaction.
- 5 000 dollars promis à chaque adulte américain.
- Plus de 1 200 milliards pour financer un versement universel.
- 125 milliards de recettes tarifaires nettes estimées pour 2027.
- Plus de 40 000 milliards de dette fédérale américaine.
Pompliano voit dans une distribution massive d’argent un possible accélérateur pour le bitcoin. CryptoQuant regarde un autre thermomètre : le prix. Son scénario exige une clôture au-dessus de 81 700 dollars, niveau de la moyenne mobile à 365 jours, pour confirmer un nouveau marché haussier. Entre le récit monétaire de Trump et cette validation technique, le BTC doit encore gagner plusieurs milliers de dollars. Le chèque peut alimenter l’histoire ; le graphique, lui, réclame des preuves.
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