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Crypto : Bybit poursuit la Corée du Nord en justice après le piratage de 1,5 milliard de dollars

12h30 ▪ 6 min de lecture ▪ par Luc Jose A.
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Le piratage de 1,4 milliard de dollars subi par Bybit ne se joue plus uniquement sur le terrain technique. En effet, la plateforme d’échange vient d’engager une procédure judiciaire contre la Corée du Nord et le groupe de hackers Lazarus, accusés d’être à l’origine de l’attaque. Il s’agit d’une initiative inédite qui pourrait redéfinir la manière dont les acteurs du Web3 répondent aux cyberattaques attribuées à des États et ouvrir un nouveau chapitre dans la protection juridique des cryptos.

Un représentant de Bybit pointe du doigt Lazarus et la Corée du Nord.

En bref

  • Bybit attaque la Corée du Nord, le groupe Lazarus et le renseignement nord-coréen (RGB) devant un tribunal fédéral américain.
  • La justice américaine accorde une injonction ordonnant le gel immédiat des actifs volés à travers le monde.
  • Environ 48,4 millions de dollars ont été récupérés et plus de 30,5 millions sont gelés sur 28 plateformes partenaires.
  • Le CEO Ben Zhou réaffirme la priorité absolue de protéger les utilisateurs et de traduire les responsables en justice.

L’offensive judiciaire de Bybit devant les tribunaux américains

L’exchange Bybit a déposé une plainte fédérale d’une portée exceptionnelle auprès du tribunal fédéral des États-Unis pour le district de Columbia. Cette action en justice cible directement plusieurs acteurs clés de la menace étatique et a rapidement débouché sur des mesures conservatoires fermes :

  • Les entités poursuivies : la plainte vise nommément la République populaire démocratique de Corée (RPDC), son service de renseignement extérieur, le Bureau général de reconnaissance (RGB), le collectif de hackers Lazarus Group, ainsi que des accusés anonymes désignés sous le terme juridique de « John Doe defendants » ;
  • La décision de la cour : le tribunal fédéral a accordé une injonction préliminaire ordonnant le gel des actifs volés identifiés, affirmant expressément que « Bybit a démontré une probabilité de succès sur le fond ».

Cette offensive légale fait suite à l’attaque dévastatrice essuyée par la plateforme le 21 février 2025, considérée par les magistrats comme « l’un des plus grands vols de cryptos de l’histoire ». Ce jour-là, les pirates avaient compromis un portefeuille froid Ethereum en manipulant l’interface utilisateur Safe UI via une technique d’usurpation d’adresse et de phishing ciblé.

Les pirates s’étaient emparés d’un pactole colossal estimé à près de 1,5 milliard de dollars, composé précisément de 401 347 ETH, 90 375 stETH, 15 000 cmETH et 8 000 mETH. En choisissant d’engager une action civile autonome aux États-Unis parallèlement aux enquêtes criminelles menées par les forces de l’ordre comme le FBI, Bybit active un levier juridique contraignant permettant d’enjoindre légalement les intermédiaires financiers du monde entier à bloquer les flux suspects.

Le bilan comptable et la riposte officielle du leadership de Bybit

Sur le plan comptable et opérationnel, la traque internationale menée conjointement avec les sociétés d’analyse blockchain commence à porter ses fruits malgré la complexité du blanchiment. À ce jour, environ 48,4 millions de dollars sur le total dérobé ont pu être physiquement récupérés, tandis que plus de 30,5 millions de dollars supplémentaires sont actuellement gelés sur un réseau de plus de 28 plateformes d’échange et organismes de conservation tiers. Ces saisies conservatoires démontrent l’efficacité de la coordination technique immédiate entre les acteurs majeurs de la finance numérique lors d’un incident critique.

Réagissant à ces avancées, Ben Zhou, cofondateur et président-directeur général de Bybit, a réaffirmé la priorité absolue de son groupe : « notre objectif n’a jamais changé : protéger nos utilisateurs d’abord, récupérer ce que nous pouvons, et veiller à ce que les personnes derrière ces attaques soient tenues pour responsables ».

Il a également insisté sur la portée globale de cette bataille en soulignant que « l’attaque de Lazarus n’était pas seulement une attaque contre Bybit. C’était une attaque contre la confiance dans notre industrie. C’est pourquoi nous avons travaillé en étroite collaboration avec les enquêteurs, les plateformes d’échange, les régulateurs, les forces de l’ordre et maintenant les tribunaux. Nous espérons que cela marque une nouvelle étape pour faire de la crypto un secteur beaucoup plus difficile pour les criminels et un écosystème beaucoup plus sûr pour tous les autres ». Le dirigeant a conclu sur la rigueur requise dans la gestion d’un tel traumatisme financier : « le vrai test vient après la crise. C’est là que vous montrez si votre engagement est réel ».

L’étau se resserre sur le financement nord-coréen

L’ampleur de ce dossier s’insère dans un contexte sécuritaire mondial où les avoirs numériques sont devenus des cibles géopolitiques majeures. Les données on-chain publiées par Chainalysis indiquent que les hackers nord-coréens ont dérobé environ 2,02 milliards de dollars en cryptos sur l’ensemble de l’année 2025, portant le bilan cumulé attribué au régime de Pyongyang à environ 6,75 milliards de dollars destinés en grande partie au financement de ses programmes d’armement.

Toutefois, le volume sans précédent du casse subi par Bybit a saturé les protocoles de mixage habituels de Lazarus, forçant les cybercriminels à tenter de convertir d’imposantes quantités d’Ether en Bitcoin via des marchés de gré à gré (OTC). Cette contrainte technique a laissé des empreintes numériques exploitables sur les registres publics, permettant d’identifier et d’isoler les adresses de destination.

À l’avenir, cette jonction inédite entre la traçabilité de la blockchain, la coopération inter-entreprises et le droit civil américain pourrait transformer la gestion des risques pour l’ensemble du secteur. Même si la souveraineté de la Corée du Nord rend l’exécution directe des jugements juridiquement complexe, la capacité d’obtenir des injonctions de gel internationales verrouille l’accès des pirates aux rampes de sortie en devises fiat. Si cette jurisprudence se consolide, le coût d’opportunité et la difficulté opérationnelle du recyclage des fonds volés pourraient réduire l’attractivité des attaques étatiques contre les infrastructures Web3.

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Luc Jose A.

Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.

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