Donald Trump presse le Sénat d’adopter le CLARITY Act face à la concurrence chinoise
Donald Trump met la pression sur le Sénat américain. Ce mercredi, le président a réuni à la Maison-Blanche plusieurs figures majeures de l’industrie crypto pour tenter de débloquer le CLARITY Act. Le texte, enlisé au Congrès, cristallise désormais un affrontement qui dépasse la seule régulation des cryptos. Washington joue aussi sa capacité à conserver son avance technologique face à la Chine, sur fond de tensions politiques et de désaccords sur l’encadrement du secteur.

En bref
- Donald Trump réunit les géants de la crypto à la Maison-Blanche pour exiger du Sénat l’adoption du CLARITY Act.
- Les dirigeants du secteur soutiennent une loi capable de sécuriser la régulation américaine sur plusieurs décennies.
- Les parlementaires s’opposent aux exigences de l’Exécutif et dénoncent les risques de conflits d’intérêts de la famille Trump.
- La SEC et la CFTC anticipent les retards du Congrès en publiant leurs propres règles et exemptions pour le secteur.
L’offensive de Donald Trump à la Maison-Blanche pour imposer un cadre réglementaire face à la compétition chinoise
Au cours d’une conférence de presse très médiatisée depuis la Maison-Blanche, le président Donald Trump est monté au créneau aux côtés de figures majeures du secteur Web3, notamment le PDG de Coinbase, Brian Armstrong, et les cofondateurs de Gemini, Cameron et Tyler Winklevoss. Prenant la parole devant un parterre de dirigeants, le chef de l’État a exhorté les sénateurs à adopter « une version équitable » du CLARITY Act dès leur retour à Washington. L’objectif affiché ne souffre d’aucune ambiguïté : imposer une structure de marché claire pour maintenir impérativement les États-Unis devant la Chine.
Ce texte de loi clé, formellement validé par la Chambre des représentants en juillet 2025, est piétiné au Sénat depuis des mois en raison d’âpres blocages portant sur les actions tokenisées, la distribution de rendements via les stablecoins, ainsi que les vives contestations autour de potentiels conflits d’intérêts financiers de la famille Trump avec l’écosystème crypto.
Prenant le relais des allocutions présidentielles et des chefs d’agences de régulation, Brian Armstrong a fermement défendu la portée historique de cette réforme structurelle. Selon le patron de Coinbase, la ratification du texte rendrait la politique américaine en matière de cryptos « durable pour l’avenir, de manière à ce qu’elle puisse survivre pendant des décennies et des décennies à venir ». Confiant dans l’issue des négociations, le dirigeant a estimé que le projet de loi pourrait franchir la barre symbolique des « plus de 60 voix » lors de l’examen de la motion de clôture prévue le 15 septembre prochain au Sénat.
Une projection immédiatement appuyée par Donald Trump, qui a réaffirmé la dimension transpartisane des discussions en déclarant : « c’est très transpartisan, je dirais. Beaucoup de démocrates le soutiennent ». Ce forcing politique s’insère dans le prolongement de la pression exercée dès le mois de juillet par la présidence à la suite du décès du sénateur Lindsey Graham, grand défenseur du CLARITY Act, que Donald Trump avait érigé en symbole pour pousser les parlementaires à voter le texte en son hommage.
Pour mieux appréhender la dynamique de cette mobilisation présidentielle, voici les éléments structurants et les acteurs clés au cœur des déclarations tenues à la Maison-Blanche :
- Un alignement inédit de l’industrie : la présence aux côtés du président de figures comme Brian Armstrong (Coinbase) ou les frères Cameron et Tyler Winklevoss (Gemini) illustre une union sacrée des géants américains de la crypto derrière un texte unique ;
- Un impératif géopolitique explicite : Donald Trump formule ouvertement la régulation des marchés crypto comme une arme de compétition directe visant à préserver l’avance technologique des États-Unis sur la Chine ;
- Une échéance parlementaire fixée au 15 septembre : les dirigeants misent sur le franchissement du seuil critique des 60 voix au Sénat lors de la motion de clôture pour débloquer définitivement la loi.
Les réserves d’une partie du Congrès face aux risques de conflits d’intérêts présidentiels
La réplique des parlementaires aux exigences exécutives ne s’est pas faite attendre, mettant en relief une fracture institutionnelle profonde. S’exprimant depuis le Wyoming Blockchain Symposium, le sénateur démocrate Ruben Gallego a vivement recadré les prétentions présidentielles. Ciblant directement le refus de la Maison-Blanche d’accepter l’intégration de clauses d’éthique contraignantes visant les investissements du clan Trump, le parlementaire a rétorqué : « je pense que, malheureusement, ce que le président entend par là, c’est équitable pour lui ».
Remettant formellement en cause l’autorité de l’Exécutif sur le travail législatif, le sénateur Gallego a fermement rappelé les fondements constitutionnels : « le président accepte certaines limitations. Ce n’est pas à lui d’accepter. C’est le rôle du Congrès, du Sénat, puis de la Maison-Blanche […] le président ne décide pas simplement du niveau de réglementation qu’il obtient ».
Conscientes du piétinement parlementaire et de la vacance d’un mois au Sénat, les autorités de tutelle financière ont pris la décision de devancer le pouvoir législatif. La Commodity Futures Trading Commission (CFTC), sous la houlette de son président Michael Selig, organise ce jeudi une réunion de son comité consultatif sur l’innovation (Innovation Advisory Committee) dédiée à l’élaboration de règles sectorielles directes en l’absence de texte de loi voté.
Parallèlement, la Securities and Exchange Commission (SEC) a dévoilé cette même semaine des propositions réglementaires d’urgence offertes aux entreprises Web3. Celles-ci prévoient la mise en place d’une zone de protection protégeant explicitement certains tokens de la qualification stricte de « contrats d’investissement », assortie de dispenses ciblées pour les émissions de titres numériques.
Vers une recomposition durable des équilibres institutionnels et réglementaires à Washington
Cette accélération conjointe de la SEC et de la CFTC marque une rupture tactique majeure dans l’histoire de la régulation crypto aux États-Unis. En décidant de fixer unilatéralement des règles du jeu temporaires, les agences fédérales cherchent à pallier la paralysie politique du Congrès tout en offrant une visibilité immédiate aux investisseurs.
Toutefois, ce contournement pragmatique du processus parlementaire expose le secteur à une vulnérabilité juridique sous-jacente. L’absence d’une loi fédérale socle votée par les représentants laisse planer le risque perpétuel d’un revirement administratif au gré des futurs changements de majorité ou des recours en justice intentés par des acteurs mécontents.
L’issue du bras de fer ne réside donc plus uniquement dans la capacité d’adaptation des régulateurs, mais dans le verdict du scrutin sénatorial du 15 septembre. Si la motion de clôture venait à échouer sous le poids des désaccords éthiques, le marché des cryptos aux États-Unis devrait durablement composer avec une régulation fragmentée et précaire. À l’inverse, l’adoption du CLARITY Act scellerait l’institutionnalisation définitive de cette classe d’actifs sur le sol américain, gravant dans le marbre un cadre légal unifié capable de servir de modèle mondial face aux ambitions asiatiques.
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Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
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