La France pousse l’Europe à riposter avec des stablecoins en euro
L’Europe ne veut plus regarder le marché des stablecoins depuis le banc de touche. À Paris, le ministre français des Finances Roland Lescure a clairement poussé pour davantage de stablecoins indexés sur l’euro, avec une idée simple derrière ce signal : réduire la dépendance du continent aux infrastructures de paiement dominées par le dollar et par des acteurs non européens.

En bref
- La France pousse l’Europe à bâtir ses propres stablecoins en euro.
- Les banques avancent, mais la demande reste encore limitée.
- Le vrai objectif est de reprendre la main sur les paiements numériques.
Une offensive monétaire qui ne dit pas encore son nom
Le message français est limpide. L’Europe doit construire ses propres rails numériques si elle ne veut pas laisser toute l’économie tokenisée de demain se régler en dollars. C’est le fond du discours porté à Paris : les stablecoins en euro ne sont plus présentés comme un gadget crypto, mais comme un outil de souveraineté.
Ce déplacement du débat change tout. Jusqu’ici, les stablecoins étaient surtout vus comme des instruments utiles au trading crypto. Désormais, ils entrent dans une autre catégorie. Ils commencent à être traités comme une brique potentielle des paiements, du règlement d’actifs tokenisés et, plus largement, de la compétition monétaire entre blocs.
La pression vient aussi d’un constat embarrassant. Le marché crypto reste écrasé par les jetons adossés au dollar, notamment Tether, qui revendique plus de 185 milliards de dollars en circulation. À côté, les initiatives en euro restent minuscules. Le stablecoin euro de SG-FORGE affichait seulement 107 millions d’euros en circulation.
Les banques européennes avancent, mais sans emballement
C’est là que le dossier devient plus concret. Un groupe de banques européennes, dont ING, UniCredit et BNP Paribas, a formé une structure pour lancer un stablecoin indexé sur l’euro au second semestre 2026. Le projet veut offrir une réponse bancaire et européenne à une industrie encore dominée par des émetteurs liés au dollar.
Mais il ne faut pas raconter une victoire avant l’heure. La demande reste encore prudente. D’après la note de RBC relayée par Reuters, deux tiers des banques européennes interrogées jugent que l’appétit pour les stablecoins demeure limité. Autrement dit, l’offre se structure plus vite que l’usage réel.
Ce décalage est logique. Les banques avancent parce qu’elles ne veulent pas rater le virage, pas parce que le grand public réclame déjà massivement des stablecoins en euro. Pour l’instant, ces jetons intéressent surtout les institutions, les règlements entre acteurs financiers et les usages liés à la tokenisation, bien plus que les paiements du quotidien.
Le vrai sujet dépasse donc la crypto. La BCE rappelle qu’une large partie des paiements par carte dans la zone euro dépend encore de schémas internationaux, et qu’il n’existe pas aujourd’hui de solution numérique européenne couvrant toute la zone. Dans ce contexte, les stablecoins en euro apparaissent comme une pièce d’un puzzle plus vaste.
Ce puzzle comprend aussi les dépôts tokenisés et l’euro numérique. Le cadre défendu par les autorités monaines européennes est clair : pour les règlements de gros, la monnaie de banque centrale doit rester au cœur du système. À ses côtés, des actifs privés bien conçus, régulés, gouvernés en Europe et libellés en euro peuvent trouver leur place. La France s’inscrit pleinement dans cette logique. Dans le même temps, le gouvernement français a également promis un plan destiné à mieux protéger les investisseurs.
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Fasciné par le bitcoin depuis 2017, Evariste n'a cessé de se documenter sur le sujet. Si son premier intérêt s'est porté sur le trading, il essaie désormais activement d’appréhender toutes les avancées centrées sur les cryptomonnaies. En tant que rédacteur, il aspire à fournir en permanence un travail de haute qualité qui reflète l'état du secteur dans son ensemble.
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