Les banques européennes choisissent Fireblocks pour lancer leur stablecoin en euro
L’Europe bancaire accélère sur le terrain du stablecoin. Le consortium Qivalis, désormais présenté comme un groupe de 12 grandes banques européennes, a choisi Fireblocks pour bâtir l’infrastructure d’un stablecoin en euro conforme à MiCA, avec un lancement visé au second semestre 2026 sous supervision néerlandaise.

En bref
- Qivalis transforme l’idée d’un stablecoin bancaire européen en chantier concret.
- L’objectif est d’offrir une alternative crédible à la domination du dollar dans les paiements numériques.
- Le vrai test commencera en 2026, quand il faudra prouver l’utilité réelle de cet actif au-delà du symbole.
Une offensive bancaire qui devient concrète
Le stablecoin en euro n’est plus un simple projet de conférence. Avec Fireblocks, Qivalis passe au concret et se dote d’un partenaire chargé de la tokenisation, de la gestion de trésorerie et du cycle de vie de l’actif. Dit autrement, les banques veulent désormais un outil prêt à fonctionner, pas seulement une promesse réglementaire.
Cette étape compte parce que le projet ne sort pas de nulle part. Dès septembre 2025, plusieurs grandes banques européennes s’étaient regroupées pour lancer un émetteur de stablecoin en euro, avant l’arrivée de BNP Paribas puis l’officialisation de Qivalis à Amsterdam. Le choix d’une structure supervisée comme établissement de monnaie électronique montre une volonté de s’inscrire dans les rails classiques de la finance.
Les banques ne veulent plus regarder le marché depuis le quai. Elles veulent proposer elles-mêmes un stablecoin adossé à l’euro, utilisable pour l’émission, la conservation, les paiements et certains flux de règlement. Le projet vise d’abord les usages institutionnels, là où la vitesse, la traçabilité et la disponibilité permanente comptent vraiment.
Derrière le stablecoin, une bataille monétaire
Ce projet répond à un déséquilibre devenu trop visible. Le marché mondial des stablecoins dépasse désormais 320 milliards de dollars, et la gravité du secteur reste très largement du côté du billet vert. Tether domine à lui seul une grande partie du marché, pendant que les versions en euro restent encore minuscules.
C’est précisément ce que vise Paris. Le 17 avril, Roland Lescure a appelé à davantage de stablecoins indexés sur l’euro pour réduire la dépendance européenne aux infrastructures dominées par les États-Unis. Son message n’était pas décoratif. Il soutenait explicitement l’idée qu’un actif numérique en euro puisse devenir un outil de souveraineté dans les paiements.
Le point intéressant, c’est que cette vision ne s’oppose pas frontalement à l’euro numérique. Denis Beau, à la Banque de France, défend au contraire un empilement plus large : monnaie de banque centrale, dépôts tokenisés et stablecoins en euro émis par des acteurs européens. En clair, l’Europe cherche moins “sa crypto” qu’une architecture monétaire numérique qu’elle peut encore gouverner.
MiCA rassure, mais ne clôt pas le débat
Le cadre MiCA donne au projet une base sérieuse. Qivalis vise une autorisation sous contrôle de la banque centrale néerlandaise, et Fireblocks met en avant des briques de conformité intégrées, comme le KYC, l’AML, le filtrage des sanctions et des mécanismes de gouvernance plus stricts. Pour des banques systémiques, ce n’est pas un détail. C’est la condition d’entrée.
Mais MiCA ne règle pas tout. Denis Beau estime lui-même que le texte ne couvre que partiellement les risques liés à l’essor de stablecoins émis par des acteurs non européens. Il pousse donc pour un durcissement du cadre, notamment afin de limiter l’usage des stablecoins non libellés en euro dans les paiements du quotidien et de réduire les angles morts réglementaires.
La BIS tient un discours tout aussi prudent. Pablo Hernández de Cos a rappelé le 20 avril que des ruées sur les stablecoins pourraient provoquer des tensions de marché, et il a ajouté que certains grands émetteurs ressemblent parfois davantage à des produits d’investissement qu’à de la monnaie. Ce rappel tombe au moment même où l’Europe veut montrer qu’un stablecoin bancaire peut offrir un profil plus prévisible.
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Enseignante et ingénieure IT, Lydie découvre le Bitcoin en 2022 et plonge dans l’univers des cryptomonnaies. Elle vulgarise des sujets complexes, décrypte les enjeux du Web3 et défend une vision d’un futur numérique ouvert, inclusif et décentralisé.
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