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Les cryptos servent-elles vraiment à financer le terrorisme ?

dim 15 Oct 2023 ▪ 8 min de lecture ▪ par Luc Jose A.
Regulation Crypto

L’utilisation des cryptos en tant que moyen de financement du terrorisme suscite les préoccupations de la communauté internationale et des organismes de régulation financière. Le sujet est au cœur des débats. Notamment depuis que les États-Unis ont publiquement déclaré que des actifs comme le XRP ou le bitcoin (BTC) ont servi à financer l’attaque du Hamas contre Israël. L’État hébreu ayant dans la foulée gelé des avoirs cryptos soupçonnés d’avoir des liens avec ce groupe terroriste. Évidemment, le but de ces lignes n’est pas de se positionner sur la légitimité ou non des actions d’un camp ou de l’autre dans le cadre de ce conflit meurtrier. Ce qui est intéressant à voir ici, c’est la mesure dans laquelle les cryptos serviraient à financer des actes de terrorismes. La question est d’autant pertinente qu’elle est régulièrement perçue dans l’opinion publique comme le moyen par excellence de financement du terrorisme. Ce qui, comme nous le verrons, est simpliste.

Une explosion de bombe liée au terrorisme et des cryptos

Crypto et financement du terrorisme : quels liens ?

Récemment, l’industrie crypto a vivement réagi aux accusations selon lesquelles le bitcoin (BTC) et le XRP de Ripple auraient servi à financer l’offensive du Hamas contre Israël. Ces allégations du gouvernement américain émanent en fait d’une enquête criminelle ouverte déjà depuis trois ans et qui se poursuit aujourd’hui encore.

L’investigation révèle que l’organisation palestinienne a mobilisé près de 10 millions de dollars en don cryptos. Bien évidemment, les donateurs sont anonymes. Même si, comme le montrent les enquêtes, le Hamas a fait des appels au don sur les réseaux sociaux, notamment Facebook et Twitter (X). Ce, en mentionnant des adresses de portefeuilles cryptos destinés à recevoir les fonds sollicités.

Vu ainsi, l’on est automatiquement porté à croire que les cryptos sont du pain béni pour le financement des activités terroristes. Comment en serait-il autrement, peut-on penser, puisque la blockchain, la technologie sur laquelle elles sont basées, offre l’anonymat nécessaire à la réalisation de ce genre d’opérations clandestines ? D’autant plus qu’il y a eu des antécédents.

On se rappelle des cas d’Al-Qaïda et de l’Islamic State of Iraq and ash-Sham (ISIS). Selon certaines sources, ces deux organisations terroristes ont profité de l’anonymat qu’offrent les cryptos pour lever les fonds nécessaires à leurs activités. Peut-on, sur la base de ces éléments, conclure que ces actifs sont la panacée pour financer les groupes terroristes ?

La crypto dans le financement du terrorisme : une question pas si simple

Conclure, sur les bases des éléments mentionnés précédemment, que les cryptos servent au financement du terrorisme serait une gageure. La vérité, c’est que la question de l’utilisation des cryptos pour financer le terrorisme est complexe. Cette complexité est en lien avec l’amalgame entre ces deux activités alors qu’une nuance existe entre elles.

Il y a ainsi une distinction entre l’emploi des cryptos et d’autres usages de financement du terrorisme. On a tendance à oublier que c’est à cela que sert une partie des revenus tirés du trafic de drogues. La contrefaçon, l’extorsion et le blanchiment d’argent sont également d’autres moyens utilisés depuis des lustres par les organisations terroristes pour mobiliser les fonds dont ils ont besoin. De ce point de vue, il apparaît que les cryptos ne sont qu’un outil parmi d’autres dans la palette de méthodes de financement de ces opérations.

C’est d’ailleurs l’idée exprimée Yaya Fanusie, ancien analyste de la CIA, aujourd’hui chercheur associé au Centre pour une nouvelle sécurité américaine. « Il n’y a pas une seule méthode de financement pour le Hamas ou d’autres organisations terroristes. Ils sont opportunistes et s’adaptent », a déclaré l’expert.

Il faut également nuancer la notion de l’anonymat des cryptos. Une de leurs caractéristiques tant vendues comme l’atout les mettant en tête de liste des moyens de financement du terrorisme. Il est vrai que les cryptos offrent un certain degré d’anonymat qui les rend attractives pour des opérations secrètes, voire clandestines. Mais cet anonymat n’a rien d’absolu. Au fond, les transactions cryptos sont traçables, d’autant plus qu’elles sont enregistrées sur une blockchain qui est elle-même publique.

Il est inutile de rappeler que les autorités de régulation des activités cryptos s’arment de plus en plus technologiquement pour retracer des transactions et en identifier les auteurs. Surtout lorsque des soupçons de financement du terrorisme pèsent contre eux. Ceci, c’est sans compter que l’anonymat des cryptos en lui-même se réduit considérablement, d’autant plus que les échanges cryptographiques sont de plus en plus soumis à des réglementations. Des normes exigeant l’identification des utilisateurs. Dès lors, exécuter impunément des activités terroristes est aujourd’hui beaucoup plus difficile en raison des restrictions sur l’anonymat.

Le terrorisme serait mort, si la crypto était son seul mode de financement

Comme l’a fait remarquer Yaya Fanusie, « les efforts pour les arrêter [les terroristes, Ndlr] sont un jeu constant du chat et de la souris ». En fait, il aurait été beaucoup plus simple de mettre la main sur eux s’ils ne misaient que la crypto pour se financer. Pour les différentes raisons que nous avons évoquées plus haut.

Si les activités terroristes sont bien présentes, c’est bien parce que les cryptos ne sont pas leurs seules options de financement. Aujourd’hui, c’est surtout la monnaie fiduciaire, mobilisée via divers trafics puis blanchie, qui est leur principale source de financement.

Toutefois, il existe un réel défi à l’utilisation des cryptos dans le financement du terrorisme. D’aucuns estiment que les progrès technologiques offriraient aux terroristes de nouvelles opportunités d’échapper à la détection. De ce fait, la surveillance des opérations illicites pourrait s’en trouver compliquée. Notamment en raison des plateformes de financement participatif et des échanges décentralisés (DEX) permettant des levées de fonds anonymes.

La régulation des cryptos devra jouer un rôle crucial dans la prévention du financement du terrorisme. D’où l’obligation pour les gouvernements de collaborer à l’échelle internationale pour élaborer des normes et des réglementations cohérentes à cet effet.

Conclusion

L’affirmation selon laquelle les cryptomonnaies servent à financer le terrorisme est un sujet complexe qu’il faut nuancer. Il est vrai que des allégations d’utilisation de cryptos pour soutenir les opérations des groupes terroristes sont avancées. Toutefois, il semble essentiel de ne pas généraliser et de reconnaître que d’autres méthodes traditionnelles de financement du terrorisme restent prédominantes. Par ailleurs, l’anonymat apparent des cryptos souvent mis en avant pour ternir l’image de ces dernières, n’exclut pas la traçabilité des transactions. De plus, des efforts sont constamment fournis pour renforcer cette dernière, réduisant ainsi l’anonymat. Pour autant, une régulation internationale cohérente est nécessaire pour soutenir cette dynamique.

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Luc Jose A.

Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.

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