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Que signifie la croissance inclusive défendue par les BRICS ?

20h00 ▪ 6 min de lecture ▪ par Luc Jose A.
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La croissance inclusive des BRICS pourrait permettre aux pays émergents et à leurs populations de profiter au mieux de l’économie mondiale. Une telle ambition va au-delà de la redistribution des richesses, cependant les engagements adoptés à New Delhi demeurent difficiles à mesurer.

Une gigantesque plateforme mécanique circulaire monte vers le ciel, propulsée par plusieurs engrenages interconnectés aux couleurs des pays des BRICS. Sur la plateforme se trouvent des personnages très différents : une agricultrice avec des récoltes, un ouvrier, une entrepreneuse, un ingénieur avec une puce électronique et un commerçant avec des marchandises. Ils regardent avec étonnement la plateforme entière s’élever, plutôt qu’un seul personnage.

En bref

  • Les BRICS placent la croissance inclusive au cœur de leur stratégie économique.
  • Le bloc veut mieux intégrer les pays émergents à l’économie mondiale.
  • La Nouvelle Banque de développement finance les infrastructures et le développement durable.
  • Les membres souhaitent renforcer l’usage des monnaies nationales dans leurs échanges.
  • Les BRICS réclament une meilleure représentation dans la gouvernance économique mondiale.

Une croissance qui associe davantage de populations

Les dirigeants de l’alliance des BRICS ont mis « la croissance économique mondiale inclusive » au centre de leur sommet des 12 et 13 septembre à New Delhi. Ce concept part d’un constat simple. Une augmentation du produit intérieur brut peut ne pas garantir immédiatement une amélioration du niveau de vie pour toute la population.

La croissance devient donc inclusive lorsque de nombreuses personnes participent directement à la création de valeur. Elle repose alors sur l’emploi productif, l’éducation, la santé, l’accès au crédit et la présence d’infrastructures suffisamment développées.

De multiples éléments permettent de comprendre cette approche :

  • Les emplois créés doivent offrir des revenus durables ;
  • Les petites entreprises doivent accéder plus facilement au financement ;
  • Les populations défavorisées doivent profiter des services publics ;
  • Les territoires éloignés doivent bénéficier des infrastructures ;
  • La croissance ne doit pas reposer sur quelques secteurs ou groupes sociaux.

Narendra Modi a indiqué :

Nous avons essayé de promouvoir une croissance mondiale inclusive.

Il ne s’agit pas d’une notion inventée par les BRICS. La Banque mondiale et d’autres organisations internationales l’utilisent depuis les années 2000. Elles évaluent simultanément le rythme de la croissance et la manière dont ses bénéfices se répartissent.

Les BRICS étendent le principe aux relations entre États

Désormais, l’alliance transpose cette logique à l’échelle mondiale. Une économie internationale inclusive ne doit pas exclusivement produire plus de richesses. Elle doit offrir la possibilité à plus de pays de rejoindre les activités à forte valeur ajoutée et de participer à l’élaboration des règles.

Ainsi, les BRICS exigent un meilleur accès aux technologies, aux financements et aux chaînes mondiales de production. Ils demandent que les pays émergents ne demeurent pas de simples fournisseurs de matières premières ou de main-d’œuvre bon marché.

Une telle revendication concerne également la gouvernance mondiale. Ainsi, la Déclaration de New Delhi réclame une représentation importante des économies en développement au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale.

Le bloc des BRICS constitue environ la moitié de la population mondiale, près de 40 % du PIB et plus d’un quart du commerce international, d’après les données communiquées par la présidence indienne. Son poids consolide sa demande de réforme des institutions fondées à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La Banque des BRICS doit financer cette ambition

La Nouvelle Banque de développement représente le principal instrument financier du bloc. Fondée en 2015, elle procède au financement des infrastructures, des projets énergétiques, des transports, des réseaux d’eau et divers programmes de développement durable.

À la fin du mois de juin, l’institution avait approuvé 141 projets pour une somme cumulée de 44 milliards de dollars. Ce montant représente une moyenne de près de 312 millions de dollars par projet. Néanmoins, il demeure modeste face aux besoins de financement des onze pays membres.

Les pays des BRICS veulent également développer l’utilisation des monnaies nationales dans le commerce et l’investissement. Leur objectif consiste à diminuer les coûts de transaction et leur dépendance envers les circuits dominés par le dollar.

Pourtant, le sommet n’a créé aucune monnaie commune. Les autorités du bloc privilégient l’interconnexion des systèmes de paiement existants. Une telle méthode prend en compte les différences entre les politiques monétaires et évite la création automatique d’une banque centrale supranationale.

Cette déclaration soutient aussi un commerce multilatéral ouvert et basé sur les règles de l’Organisation mondiale du commerce. Parallèlement, elle dénonce les sanctions unilatérales et les barrières commerciales incompatibles avec ces règles.

Les divergences internes limitent les résultats

D’abord, la croissance inclusive des BRICS se heurte aux déséquilibres présents au sein du groupe. En effet, la Chine dispose d’une puissance industrielle et financière nettement supérieure à celle de plusieurs partenaires. L’Inde avait enregistré notamment un déficit commercial de 112 milliards de dollars face à Pékin.

Les pays membres ne partagent pas non plus les mêmes intérêts géopolitiques. Certains ont des relations étroites avec les États-Unis, alors que la Russie et l’Iran subissent d’importantes sanctions occidentales. De telles postures compliquent l’adoption de mécanismes financiers communs.

À New Delhi, la déclaration obtenue révèle cependant que le bloc peut parvenir à un compromis. Les dirigeants ont défendu le multilatéralisme. Ils ont appelé à une retenue maximale au Moyen-Orient, en dépit des désaccords entre l’Iran et les Émirats arabes unis.

Désormais, le principal test pourra venir de l’application des engagements. Les volumes de financement de la Nouvelle Banque de développement, la place des monnaies locales et l’accès réel des sociétés aux chaînes de valeur permettront d’évaluer si cette croissance inclusive dépasse le discours diplomatique.

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Luc Jose A. avatar
Luc Jose A.

Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.

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