3900 dollars : L’or termine son pire mois d’octobre depuis 2008
L’or a clôturé octobre autour de 3875 dollars l’once après son pire mois d’octobre depuis la crise financière de 2008. Cette baisse ne signifie pas nécessairement que le métal a perdu son statut de valeur refuge : elle montre surtout qu’une protection de long terme peut reculer brutalement lorsque les investisseurs recherchent des liquidités immédiates.

En bref
- L’or a perdu près de 7 % en octobre, enregistrant son pire mois d’octobre depuis 2008.
- La chute du métal jaune fragilise particulièrement les investisseurs ayant acheté récemment.
- Les ventes d’ETF, la hausse des taux d’intérêt et la force du dollar accentuent la pression sur les cours.
- Malgré cette correction, l’or conserve son rôle de valeur refuge à long terme.
- Un retour au-dessus de 4000 dollars pourrait signaler une stabilisation du marché.
La chute de l’or piège surtout les acheteurs récents
L’or a perdu près de 6,9 % en octobre, après une baisse de 6,6 % en septembre. Les contrats à terme ont commencé le mois autour de 4190 dollars, atteint un sommet proche de 4259 dollars le 2 octobre, puis terminé sous 3900 dollars. Plus de 80 % du recul mensuel s’est concentré sur les huit dernières séances.
La séance du 30 octobre a particulièrement fragilisé le marché. Le métal a abandonné environ 3,6 % et cassé plusieurs seuils techniques, dont les 3970 dollars. Il a également clôturé sous son creux d’octobre 2025, situé autour de 3886 dollars.
Plusieurs éléments expliquent pourquoi cette correction pourrait encore peser sur les cours :
- Les investisseurs ont ajouté environ 150 tonnes d’or aux ETF depuis juillet ;
- Une partie importante de ces achats se retrouve désormais en moins-value ;
- Les fonds spéculatifs ont réduit leurs positions haussières pendant neuf semaines consécutives ;
- Seuls 10 % des groupes miniers aurifères évoluent au-dessus de leur moyenne mobile à 200 jours ;
- Le retour au-dessus de 4000 dollars constituerait un premier signal de stabilisation.
Ole Hansen, responsable de la stratégie matières premières chez Saxo Bank, estime :
La pression vendeuse à court terme met à l’épreuve les convictions de long terme.
Les acheteurs récents représentent désormais le principal risque : une nouvelle baisse pourrait les inciter à vendre afin de limiter leurs pertes.
La correction pourrait ainsi s’autoalimenter, même sans détérioration supplémentaire des fondamentaux. Les sorties des ETF feraient baisser les cours, déclencheraient de nouvelles ventes techniques et augmenteraient encore le nombre d’investisseurs en moins-value.
Une valeur refuge ne protège pas contre tous les chocs
La chute simultanée de l’or, des actions technologiques et du bitcoin peut sembler contradictoire. En période de stress, le métal jaune est généralement recherché pour sa stabilité et son absence de risque de crédit. Mais cette fonction ne garantit pas une hausse immédiate lors de chaque crise.
Lorsque les appels de marge augmentent, les investisseurs doivent rapidement trouver des liquidités. Ils ne vendent alors pas seulement les actifs qu’ils jugent fragiles, mais aussi ceux qui disposent encore d’un marché profond. Le commentateur Prem Soni résume ce mécanisme : « lorsque vous êtes trop endetté et que vous n’avez aucune trésorerie, vous ne vendez pas ce que vous voulez vendre. Vous vendez ce que vous pouvez vendre ».
L’environnement actuel ajoute une seconde difficulté. Depuis le début du conflit iranien, le pétrole Brent a gagné environ 10 %, tandis que l’or a perdu près de 4 %, selon l’économiste Robin Brooks. La hausse de l’énergie entretient l’inflation et renforce la possibilité de nouveaux relèvements de taux aux États-Unis.
Or, l’or ne verse aucun intérêt. Des rendements obligataires durablement élevés augmentent donc son coût d’opportunité. Le dollar fort exerce une pression supplémentaire sur les acheteurs utilisant d’autres devises.
Cette situation ne supprime toutefois pas le rôle stratégique du métal. Les banques centrales continuent d’en acheter afin de diversifier leurs réserves, tandis que la demande physique en Inde et en Chine reste un soutien important. Un sondage auprès de 30 analystes et négociants situe la prévision médiane du cours à 4495 dollars en 2026 et à 4650 dollars en 2027.
L’or apparaît donc moins comme une assurance contre chaque séance baissière que comme une couverture contre l’érosion monétaire, les risques budgétaires et la dépréciation des devises sur plusieurs années.
Les données américaines décideront du prochain mouvement
La première semaine de novembre pourrait déterminer si la chute d’octobre marque une capitulation temporaire ou le début d’une correction plus profonde. Les investisseurs surveilleront notamment les indices ISM américains, les élections de mi-mandat et le rapport sur l’emploi attendu le 6 novembre.
Des créations d’emplois et des salaires supérieurs aux prévisions renforceraient le scénario de taux élevés. Cette perspective pourrait soutenir le dollar et maintenir l’or sous pression. À l’inverse, un ralentissement net du marché du travail réduirait les anticipations de resserrement monétaire et redonnerait de l’intérêt au métal.
Sur le plan technique, un retour durable au-dessus de 4000 dollars permettrait de calmer la pression vendeuse. Tant que ce seuil n’est pas reconquis, les investisseurs resteront exposés à de nouveaux dégagements, notamment parmi les détenteurs d’ETF récemment entrés sur le marché.
La chute d’octobre ne prononce donc pas la fin de l’or comme valeur refuge. Elle rappelle plutôt qu’une assurance patrimoniale peut elle-même devenir une source temporaire de liquidités lorsque tous les marchés reculent en même temps.
Maximisez votre expérience Cointribune avec notre programme 'Read to Earn' ! Pour chaque article que vous lisez, gagnez des points et accédez à des récompenses exclusives. Inscrivez-vous dès maintenant et commencez à cumuler des avantages.
Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d'une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j'ai rejoint l'aventure Cointribune en 2019. Convaincu du potentiel de la blockchain pour transformer de nombreux secteurs de l'économie, j'ai pris l'engagement de sensibiliser et d'informer le grand public sur cet écosystème en constante évolution. Mon objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre la blockchain et de saisir les opportunités qu'elle offre. Je m'efforce chaque jour de fournir une analyse objective de l'actualité, de décrypter les tendances du marché, de relayer les dernières innovations technologiques et de mettre en perspective les enjeux économiques et sociétaux de cette révolution en marche.
Les propos et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d'investissement.